Réseaux sociaux et spécialisés en ligne : degrés de séparation

By 2 July 2013

3.2.2. Les réseaux sociaux et spécialisés

« é Les opportunités viennent toujours par contact et par proximit» Olivier Fécherolle, Directeur général de Viadeo

a) Les réseaux sociaux

Aujourd’hui, la notion de réseaux sociaux s’impose donc de plus en plus dans nos schémas de pensée et dans notre vie de tous les jours55 ; et leur puissance en matière de recherche d’informations, qu’il s’agisse d’accéder à un emploi, à un stage, ou à un logement, n’est donc plus à prouver ; mais à l’heure actuelle, ce potentiel a été décuplé par les réseaux sociaux en ligne.

En effet, depuis une dizaine d’années, les réseaux sociaux prennent une place plus que conséquente sur Internet, leur popularité actuelle, et la vision majoritairement optimiste de la notion de réseaux est sans nul doute liée au fulgurant développement d’Internet, et à sa pénétration dans nos vies professionnelles et quotidiennes. Comme nous l’avons évoqué précédemment, les jeunes d’aujourd’hui ont grandi dans un univers technologique extrêmement développé, les internautes actuels sont des natifs du numérique, c’est donc généralement par ces moyens familiers (ordinateurs, téléphones portables) qu’ils communiquent entre eux, qu’ils « construisent » leur réseau relationnel. Une enquête à l’Espace Multimédia de Ploemeur56, déclarait il y a peu que « les réseaux sociaux sur Internet sont plus socialisant que désocialisant ; en fait ils modifient leur sociabilité : chez les jeunes, le réseau social est vécu comme un point de rencontre ». Cette idée rejoint celle de Pierre Mercklé, et c’est bel et bien là que se situe la base de cette recherche : aujourd’hui les jeunes pensent autrement, les jeunes pensent « réseau ».

A l’heure actuelle les réseaux sociaux en ligne sont très « cotés », avec en tête de file Facebook et Myspace, qui avaient respectivement 300 et 500 millions de membres à travers le monde en juillet 201057 ; alors que tous deux ont moins d’une dizaine d’années d’existence ; et sans surprise notre sondage confirme la popularité de Facebook avec près de 90% des suffrages. Ce site, au même titre que les autres réseaux sociaux en ligne, objective notre capital social. En effet, le réseau social en ligne n’est pas là uniquement pour relayer le face à face avec des personnes connues, il donne aussi accès à un réseau « par procuration », rejoignant ainsi la théorie de la force des liens faibles de Mark Granovetter (1973).

Comme nous l’avons évoqué précédemment le capital social n’est pas inné, mais s’acquiert, et bien que chaque individu possède un nombre relativement restreint « d’amis » à proprement parler dans la « vraie vie », des gens qui correspondraient à la définition que Mark Granovetter fait des liens forts, donc côtoyés régulièrement, de confiance… « proches » en un mot. Il n’en va pas de même sur les réseaux sociaux, où la liste « d’amis » possède une capacité d’extension considérable. Le mot « ami » en lui-même à une signification différente lorsqu’il est employé sur ces réseaux sociaux et dans la vie courante ; les amis virtuels ne sont en fait pour la plupart envisagés qu’en tant que « connaissances » ou « relations » au sens large : le résultat d’une extension de notre capital social. Dans cette perspective « traîner » sur Facebook devient alors un moyen comme un autre d’entretenir, voire d’étendre, son capital social. Et là on ne peut s’empêcher de citer une jolie réflexion de Denis Colombi (2007) :

« Quand votre mère / copine / père / copain / mari / femme / colocataire / autre vous reprochera de perdre votre temps sur Facebook, vous pourrez lui répondre, triomphant : pas du tout ! je bosse mon capital social !».

b) Les réseaux spécialisés

Le potentiel de ce capital social dans la recherche d’emploi/formation a été décuplé par des sites internet spécialisés : ils se nomment Viadeo, LinkedIn, ou encore 6nergies… ce sont des réseaux sociaux professionnels. Pour s’y inscrire il suffit de posséder une adresse électronique, puis de créer un profil dit « professionnel », c’est un peu comme un cumul d’un Curriculum Vitae et d’une lettre de motivation, on y inscrit ses expériences, ses qualifications, ses diplômes, ses centres d’intérêt etc. Ces sites sont des espaces de communication, gratuits ou payants, qui permettent, après création d’un profil personnel, de retrouver des collègues de travail, ou de discuter avec des clients ou employeurs potentiels.

C’est l’atout majeur que ces réseaux présentent : ils permettent une mise en relation bilatérale ; c’est un peu comme un outil de gestion de son réseau professionnel qui vise à l’augmentation d’opportunités d’affaires, que l’on soit en recherche d’emploi ou que l’on gère une société, un commerce, un organisme… Les atouts relatés par les utilisateurs de ces réseaux professionnels sont d’ailleurs en majorité la rapidité et l’interactivité qu’ils présentent. Cette rapidité vient en partie du fait que les contacts sont plus ciblés que sur de simples sites de petites annonces puisqu’on les choisit en fonction de leur profil professionnel58.

« J’ai créé des comptes sur cadreemploi, Viadeo, Facebook, cadreo nline

… On entend de plus en plus que les entreprises et autres préfèrent main – tenant démarcher eux-mêmes, trouver les gens « biens » plutôt que de de- voir prendre d’office les proposés du pôle emploi. Les avantages de faire appel aux réseaux sociaux, c’est de pouvoir gérer les informations à donner, on met en avant soit même ses qualités. Qui vous connais mieux que vous-même… ?» Lisa, 23 ans, Étudiante

Ces constats nous font prendre conscience que nous assistons aujourd’hui à un paradoxe troublant : les liens faibles apparaissent comme indispensables dans l’accès à des informations utiles pour l’intégration sociale tandis que les liens forts, comme nous l’avons évoqué précédemment, sont des agents socialisateurs qui engendrent la cohésion sociale. C’est ce que Laurence Saquer, auto proclamée « web optimiste convaincue » nomme : « La fragmentation de l’ensemble social59 ».

Au-delà de la théorie de Mark Granovetter sur la force des liens faibles, il en existe une que l’on peut aujourd’hui largement associer au domaine de l’internet, il s’agit de la théorie des degrés de séparation.

c) « Les degrés de séparation »

Élaborée par Frigyes Karinthy en 1929, donc encore bien avant celle de Mark Granovetter, cette théorie n’a décidément pas pris une ride. Elle évoque la possibilité que toutes les personnes du monde peuvent être reliées entre elles, au travers une chaîne de relations comprenant au plus cinq autres « maillons » . Il s’agit en fait là d’exposer le fait que nous soyons tous inscrits dans des réseaux de connaissances, qui peuvent s’avérer bien plus larges que ce que l’on imagine.

Cette théorie explique que nous n’envisageons spontanément que notre réseau proche : les amis que l’on fréquente régulièrement, notre cellule familiale etc., tandis qu’avec le développement des réseaux sociaux en ligne il apparaît clairement que nous sommes inscrits dans beaucoup plus de réseaux relationnels que nous ne l’imaginons, et ces relations oubliées sont de très grandes sources d’informations, qui peuvent donc être un atout majeur dans la recherche d’un stage ou d’un emploi60. C’est une théorie qui est encore plus que vérifiable de nos jours avec le développement des réseaux en ligne car les sites tels que Facebook ou Viadeo, indiquent les contacts indirects de ses membres. Sur Facebook, les liens que nous avons par procuration (les amis de nos amis) sont mis en évidence dans une marge, surplombé d’une inscription « vous connaissez peut être cette personne ». Viadeo quant à lui, vous indique vos contacts directs, vos contacts de second niveau, vos contacts de troisième niveau, et ceux du quatrième niveau, dont le nombre augmente donc au prorata du niveau. Et cette théorie des degrés de séparation est encore plus manifeste sur LinkedIn, qui vous signale l’échelle d’éloignement entre les individus ainsi que les “chemins” possibles qui les relient les uns aux autres à travers leurs réseaux relationnels respectifs. Il ne fait alors plus aucun doute que les sites de réseaux sociaux, qu’il s’agisse de réseaux « grand public » ou de réseaux spécialisés, développent nos relations de façon exponentielle.

Nous émettions l’hypothèse au début de cette étude que les jeunes qui utilisent internet principalement pour communiquer avec la famille et les amis ou participer à des réseaux sociaux auraient tendance à mobiliser ces moyens dans leurs recherches ; c’est un élément qui se vérifie, mais tout comme pour la fréquence de connexion corrélée à l’usage d’internet dans les recherches, cette hypothèse ne se restreint pas à cette catégorie de jeunes : nous n’avons pas observé de réelle différence entre les utilisations « ludiques » d’internet, liées à la communication avec les pairs, et une plus grande mobilisation du capital social, comme l’illustre le tableau en tris croisés ci-après :

Tableau 10 : Tableau croisé des usages d’Internet et des méthodes de recherche d’emploi/formation/logement
Tableau croisé des usages d'Internet et des méthodes de recherche d'emploi/formation/logement

Tableau 11 : Test du Khi deux sur le croisement des usages d’Internet et des méthodes de recherche d’emploi/formation/logement
Test du Khi deux sur le croisement des usages d'Internet et des méthodes de recherche d'emploi/formation/logement

Le chiffre 0,316 indique que la probabilité de se tromper en affirmant qu’il y a corrélation entre l’utilisation d’internet et les méthodes de recherche est trop forte puisqu’elle atteint presque 32% tandis qu’elle devrait être en dessous de 5% pour qu’on puisse suggérer une corrélation. Il y a donc indépendance entre le caractère ludique ou pratique de la recherche et les méthodes de recherche.

Au regard de tous les éléments évoqués dans cette partie, il est facile de voir en Internet l’avenir de nos modes relationnels ou encore de nos stratégies de recherches, cependant, bien que les différents éléments exposés démontrent que l’Internet, et notamment la participation à des réseaux sociaux, aient un effet positif sur le capital social, ce qui du même coup aurait un effet positif dans les recherches d’emploi, de stage et de logement chez les jeunes, il nous faut préciser qu’il n’y a rien de systématique à ce constat. Dans le rappo rt de Thierry Pénard et Nicolas Poussing (2006) sur l’Usage de l’Internet et l’investissement en capital social, est citée une étude de Kraut et al.61 (2002) qui nous informe que l’usage fréquent d’Internet a tendance à accroître les interactions sociales avec les amis et la famille ; en revanche pour les internautes ne disposant pas d’un capital social significatif à la base, l’usage d’Internet augmenterait l’isolement. Cette étude précise également que bien que ce capital ait tendance à se renforcer avec l’usage, il peut se déprécier lorsque l’individu connaît une mobilité ou une rupture dans sa vie (chômage, divorce, migration géographique). Nous allons donc voir à présent les avantages que peuvent présenter le relationnel direct avec un organisme.

Lire le mémoire complet ==> (Usage des technologies de l’information et de la communication dans la recherche d’emploi et de logement chez les jeunes)
Master 2 GLECOP – Mémoire Recherche – Action
Université de Toulouse Le Mirail