Pauvreté des ménages et accès aux soins de santé au Congo

By 25 July 2013

“…l’accessibilité des ménages aux soins de santé requiert une analyse approfondie. C’est ainsi que la présente étude se préoccupe d’appréhender, d’une manière cohérente, les effets de la pauvreté sur l’accès aux soins de santé en RDC. Cette dernière préoccupation constitue sans doute le fil conducteur de la présente réflexion…”

Conférence Des Institutions D’enseignement Et De Recherche
Economiques Et De Gestion En Afrique – CIEREA

Nouveau Programme De Troisième Cycle Interuniversitaire NPTCI – En Economie

Université De Kinshasa
Faculté Des Sciences Economiques Et De Gestion
B.P. 832 KINSHASA XI

Option : Economie des Ressources Humaines

Mémoire présenté et défendu en vue de l’obtention du titre de Diplômé d’Etudes Approfondies en Economie.

Pauvreté des ménages et accès aux soins de santé en république démocratique du Congo
Une approche par la méthode d’Analyse Factorielle des Correspondances

Par KANA KIWE Junior

Directeur : Professeur SEKIMONYO WA MAGANGO
Co-Directeur Professeur MVUDI MATINGU

Année Académique 2011

Epigraphe
Car l’Eternel donne la sagesse ; de sa bouche sortent la connaissance et l’intelligence ; il tient en réserve le salut pour les hommes droits, un bouclier pour ceux qui marchent dans l’intégrité.
Proverbe 2 :6-7

Dédicace
Au Seigneur Jésus-Christ, pour sa grâce insondable,
A mes Parents Emile KANA et Gertrude MULOPO pour leur soutien,
/>A mes frères et sœurs de la famille Kana pour leur affection,
Et à mes frères et sœurs en Christ pour leurs prières.
Junior Kana

Remerciements
Ce travail sur la pauvreté des ménages et l’accès aux soins de santé en République Démocratique du Congo, consacre notre formation de troisième cycle en Sciences Economique et de gestion (Option : Economie des Ressources humaines. Il est réalisé avec le concours des éminents Professeurs et chercheurs de l’Université de Kinshasa.

Son orientation et la production de sa version finale, ont été arrêtées à la suite d’une série de corrections et lectures soutenues sous la direction des Professeur SEKIMONYO WA MAGANGO et MVUDI MATINGU.

Le document a également bénéficié de la compétence technique des chercheurs qui travaillent dans le domaine de la santé et de la population, qui ont collaboré avec l’auteur depuis conception de l’étude jusqu’à son développement. Ainsi, nous remercions tout particulièrement Monsieur Guy SHOMBA.

Que soient remerciés ici très sincèrement l’université de Kinshasa, à travers la faculté des Sciences Economiques et de gestion et le programme « NPTCI » ainsi que tous les professeurs qui contribuent à son bon fonctionnement.

Nous remercions aussi très sincèrement nos parents, frères et sœurs ainsi que nos amis, qui n’ont cessé de nous prêter main forte lors de la réalisation de ce travail. Ainsi, nous remercions très particulièrement notre sœur et amie Nicka Lemo Seka pour son aide et ses prières.

Tenant compte de toutes ces contributions, nous tenons à exprimer par ces écrits, notre profonde gratitude à tous ceux qui, de près ou de loin, ont travaillé à la réalisation de cette étude.

Junior Kana

0. INTRODUCTION

La santé occupe aujourd’hui un rang plus élevé que jamais dans les priorités de la communauté tant nationale qu’internationale, et celle des pauvres devient un axe essentiel de l’action en faveur de la croissance et du développement. Les pays sont d’avis que bénéficier des meilleures conditions de santé possibles est un droit fondamental pour chaque être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses convictions politiques et sa situation économique et sociale. Abstraction faite de sa valeur intrinsèque pour chaque individu, la santé est essentielle pour le développement humain en général et pour la réduction de la pauvreté en particulier. Or, les populations pauvres sont les plus vulnérables à la maladie.

Pour améliorer l’état de santé des pauvres, il est nécessaire d’adopter une approche de la santé soutenue par les gouvernements. La nature de ce soutien et la définition des priorités dépendent du contexte de chaque pays concerné. Il faut en priorité augmenter les ressources financières en faveur de la santé, que ce soit dans les budgets des pays ou dans les aides extérieures reçues. Les pays doivent aussi s’engager plus résolument à améliorer leur gestion et mieux axer leurs politiques sur le problème de la pauvreté.

En effet, les pauvres sont en moins bonne santé et voient leur espérance de vie à la naissance se réduire d’année en année; leur taux de mortalité infantile et maternelle ainsi que l’incidence de la maladie sont en moyenne plus élevés que dans d’autres catégories des populations; l’accès aux soins de santé et aux dispositifs de protection sociale est plus limité.

La santé constitue un atout d’une importance capitale pour les pauvres, la clé de leur survie. Elle demeure la préoccupation majeure des gouvernements dans n’importe quelle circonstance car, il est prouvé qu’il existe une relations directe entre la santé et la productivité et, l’état de santé s’améliore avec la croissance économique. Améliorer les conditions de santé des populations permet de perdre moins de journées de travail et d’allonger la durée de la vie active. Ainsi, l’offre de travail se trouve accrue en volume et en qualité.

Le présent travail s’efforce d’étudier les conséquences de la pauvreté des ménages sur l’accès aux soins de santé de qualité en RDC. La problématique de base est centrée sur l’impact de la dégradation des conditions socio-économiques sur le développement du capital humain dont la santé constitue l’une des principales composantes.

0.1. Problématique

Le contexte économique, politique et social des pays de l’Afrique au Sud du Sahara s’est caractérisé au cours de cette dernière décennie, par une dégradation constante. Des causes aussi bien internes qu’externes ont présidé à cette situation précaire. Sur le plan interne, les conditions politiques défavorables, la mauvaise gouvernance et la faiblesse du cadre administratif et institutionnel ainsi que l’étroitesse du marché intérieur, ont créé un environnement préjudiciable au processus de développement de ces pays en général, et de la République Démocratique du Congo en particulier.

En effet, pays très vaste (surface de 2.345.350 km2) et riche en ressources du sol et du sous-sol, la RDC figure paradoxalement parmi les pays les plus pauvres de la planète et, est constamment soumise à des chocs endogènes et exogènes, caractérisés par les difficultés que connaissent la population à accéder de façon convenable et durable aux biens et services publics. Les conséquences actuelles de ces différents chocs se traduisent sur le terrain par des crises socio-politiques graves, devenues des menaces permanentes pour la stabilité du pays.

La RDC est un Etat fragile, en dépit de son potentiel immense en ressources naturelles. Le Produit Intérieur Brut par habitant représente moins de 140 dollars Usd, près de 71% de la population (soit 7 ménages sur 10) vivent en dessous du seuil de pauvreté et, dans certaines régions du pays, le niveau de pauvreté dépasse 80%. Le pays a vu sa position se dégrader dans le classement par rapport au développement humain et occupe désormais la dernière place sur une échelle de 187 pays en 2011, avec un IDH situé à 0,286, une espérance de vie à la naissance de 48 ans et une durée moyenne de scolarisation de 3 ans et demi (PNUD, 2011).

A l’instar d’autres pays du monde, la RDC a, en 2000, souscrit aux OMD et, en 2005, adopté son Document de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP) dont les principaux piliers étaient en phase avec les OMD. En vue de mesurer de façon précise les progrès accomplis, sur le plan social, vers l’atteinte des OMD à l’horizon 2015 et alimenter la base de données socioéconomiques susceptible de fournir des indicateurs fiables et à jour pour l’élaboration du DSCRP de deuxième génération, le Gouvernement de la RDC a réalisé en 2010, sa troisième enquête par grappes à indicateurs multiples (INS et UNICEF, MICS-RDC 2010).

Malgré ces initiatives louables, les progrès sociaux demeurent toujours lents, et le pays risque de ne pas être en mesure d’atteindre la plupart des OMD à l’horizon 20151. En effet, la grande majorité de la population n’a pas accès aux services sociaux les plus élémentaires : seulement 40 à 50% de la population a accès aux soins de santé, on note une moyenne de 11 médecins pour 100.000 habitants, le taux de mortalité infantile est estimé à 97 pour mille naissances vivantes, alors que la probabilité pour un enfant de décéder avant d’atteindre son cinquième anniversaire est de 158 pour mille et, 24% d’enfants souffrent d’insuffisance pondérale modérée ou sévère2, 4 enfants sur 10 ne sont pas scolarisés, plus de 3 personnes sur 5 n’ont pas accès à l’eau potable (seulement 47% de la population consomment l’eau issue d’une source améliorée) et 4 personnes sur 5 n’ont pas accès à l’électricité (PNUD, 2011).

1 Selon le Country Economic Memorandum, CEM de la Banque Mondiale (2011), la croissance en RDC est ra lentie par : (i) la faiblesse des institutions et de la gouvernance ayant résulté en la vulnérabilité de l’économie congolaise, le manque de diversification et les échecs du marché, (ii) le manque d’infrastructures d’énergie et de transport et (iii) le fai ble niveau d’investissements dans le capital humain et la protection sociale. Il faut aussi rajouter la faiblesse de l’investissement qu i ne représente que 4 pourcent du PIB, largement en deçà de 27% requis pour atteindre une croissance à deux chiffres. En conséquence, le rapport recommande la mise en place d’institutions solides, la levée des contraintes par des politiques volontaristes et la diversification de l’économie.
2 Les indicateurs clés couramment utilisés pour l’évaluation de l’état nutritionnel des enfants de moins de 5 ans sont : (i) l’insuffisance pondérale (exprimé par l’indice poids-pour-âge) ; (ii) le retards de croissance ou malnutrition chronique (exprimé par l’indice taille-pour-âge) ; (iii) l’émaciation ou malnutrition aiguë (exprimé par l’indice poids-pour-taille).

Par ailleurs, l’utilisation des toilettes améliorées (celles qui séparent d’une manière hygiénique les excréments humains du contact humain) est réduite en RDC où elle ne concerne que 14% des ménages. A l’opposé, 72% utilisent des installations sanitaires non améliorées, tandis que 14% n’utilisent pas de toilettes et pratiquent la défécation à l’air libre. En ce qui concerne le degré de promiscuité, 14% aussi des ménages ont en moyenne une chambre à coucher par personne et 43% dorment à 4 ou plus par chambre à coucher3(INS et UNICEF, MICS-RDC 2010).

La situation de pauvreté a été aggravée par les différents conflits qui ont émaillé la vie politique du pays au cours de ces dernières années. Ces conflits ont causé et continuent à causer au pays un désastre humain, auquel s’ajoute un désastre écologique qui a des conséquences économiques; ce qui contraint encore aujourd’hui de nombreuses populations à vivre dans des conditions précaires. Ces conflits se sont également traduits par des déplacements massifs des populations (près de 2,6 millions de personnes selon les Nations Unies). Cet état des choses prouve à suffisance que la situation socioéconomique de la majorité des populations congolaises demeure précaire avec plusieurs facettes dont : la faiblesse du revenu, la non satisfaction des besoins alimentaires, et l’accès difficile aux soins de santé, à la scolarisation et à un logement décent.

En matière de la santé, la RDC accuse un retard considérable. Dans l’opinion publique internationale, l’image de la RDC reste associée à des guerres et des catastrophes. Un système de santé en pleine dégradation ne peut faire face à une démographie galopante et à une urbanisation encore plus rapide. Les maux de la RDC sont multiples, depuis le Sida jusqu’à la Trypanosomiase, que la médecine coloniales se vantait d’avoir vaincue et qui néanmoins réapparaît. Enfin, l’épidémie d’Ebola ravive toute les peurs, même si elle est moins dévastatrice que celle, plus fréquente, de la Poliomyélite, la Rougeole ou la Méningite. Cette image de la RDC efface progressivement une autre, qui fut très présente dans les milieux universitaires et chez les professionnels de la santé : dans les années 70 et 80, la RDC était considérée comme un des pays africains les plus avancés dans le domaine de la santé publique.

3 dans un ménage est défini par le nombre de personnes par chambre à coucher. Il montre l’encombrement des personnes dans ces chambres. Dans ce rapport, on considère qu’il y a une grande promiscuité lorsqu’il y a 4 personnes ou plus par chambre à coucher.

La baisse de la qualité de service de santé, le faible revenu des ménages ainsi que l’insuffisance des centres de santé constituent la toile de fonds d’un accès difficile de la population aux soins de santé. En effet, la pauvreté et la mauvaise santé vont de pair. En matière de santé, le pays tend à réaliser de moins bons résultats et, à l’intérieur on remarque que les pauvres se portent moins bien que les riches. Cette association révèle un lien de causalité à double sens : la pauvreté engendre la mauvaise santé et la mauvaise santé entretient la pauvreté. La mauvaise santé peut influer profondément sur le revenu des ménages et même faire toute la différence entre être au-dessus ou en dessous du seuil de pauvreté. Les pauvres souffrent d’une multitude de privations qui se traduisent par des niveaux élevés de mauvaise santé. Ils se trouvent donc piégés dans un cercle vicieux : la pauvreté engendre la mauvaise santé et la mauvaise santé entretient la pauvreté.

Au regard de ce qui précède, il apparaît clairement impérieux, à travers ces écrits, d’attirer l’attention des pouvoirs publics congolais pour qu’ils s’orientent dans une démarche de développement économique en vue d’améliorer les conditions de vie des populations. Mais la mise en œuvre d’un développement économique et social durable requiert un programme de lutte contre la pauvreté centré sur le développement des ressources humaines. En fait, l’investissement dans le capital humain en vue d’améliorer l’offre des services est une composante majeure des actions de développement. L’importance de l’investissement dans le capital humain tient principalement aux effets irréversibles qu’engendre l’absence de tel investissement.

En effet, lorsqu’une génération d’enfants ne bénéficie pas de soins de santé adéquats et d’une bonne nutrition, ou qu’elle n’est pas correctement ou pas du tout scolarisée, aucune autre mesure ne saurait remédier aux dégâts constatés qui se manifestent lorsque ces enfants atteignent l’âge adulte (Kacou Kouamela et Tano Kouadio, 2008).

Vu l’importance de la santé dans le processus de la croissance et du développement ainsi que dans l’amélioration des conditions de vie des populations en RDC, la maîtrise des facteurs de l’accessibilité des ménages aux soins de santé requiert une analyse approfondie. C’est ainsi que la présente étude se préoccupe d’appréhender, d’une manière cohérente, les effets de la pauvreté sur l’accès aux soins de santé en RDC. Cette dernière préoccupation constitue sans doute le fil conducteur de la présente réflexion.

Ainsi, nous essayerons, en suivant une méthodologie appropriée, de proposer certaines pistes de solution dans le but d’améliorer l’accès des populations congolaises aux soins de santé de qualité car, la santé est l’un des moteurs de la croissance et du développement d’un pays.

0.2. Hypothèses

L’analyse est fondée sur deux hypothèses à savoir :
1° La situation de pauvreté dans laquelle vit la majorité des ménages congolais réduit leurs possibilités d’accéder aux soins de santé de qualité ;
2° L’intervention considérable de l’Etat dans certains secteurs porteurs de la croissance améliore la situation sociale et économique des populations et permet par ricochet, leur accès aux soins de santé de qualité.

0.3. Objectifs

L’objectif principal de cette étude est d’analyser le lien qui existe entre la pauvreté et l’accès aux soins de santé.

Les objectifs spécifiques assignés à l’étude sont :
1. Evaluer l’ampleur de la pauvreté et de la mauvaise santé au sein des ménages congolais ;
2. Analyser les déterminants de l’accessibilité des ménages aux soins de santé de qualité ;
3. Dégager des mesures de politique économique à l’attention des pouvoirs publics en vue d’améliorer l’accès des pauvres aux soins de santé.
4. Formuler des recommandations permettant d’augmenter l’accès de la population aux soins de santé de qualité.

0.4. Méthodologie

Pour rendre effectif le présent travail, plusieurs techniques de collectes des données ont été utilisées. La technique documentaire nous a permis de consulter les ouvrages qui ont traité du lien entre la santé et la pauvreté des ménages, l’interview et l’observation ont permis de cerner le fonctionnement du secteur de la santé ainsi que la situation de la pauvreté en RDC.

Ce travail a fait aussi appel à la technique descriptive à travers la méthode d’Analyse Factorielle des Correspondances, une méthode appropriée pour réduire les dimensions lorsque nous sommes en présences des données multidimensionnelles de type catégoriel ou nominal (qualitatif). Les analyses empiriques ont été faites en utilisant la base des données d’une enquête nationale à savoir, MICS-RDC 2010.

0.5. Subdivision du travail

Outre l’introduction générale et la conclusion générale, le présent travail se subdivise en trois chapitres. Le premier traite des généralités conceptuelles, le deuxième aborde la situation de la pauvreté et de la santé en RDC et enfin, le troisième dégage le lien qui existe entre la pauvreté et l’accès des ménages congolais aux soins de santé.

1. REVUE DE LA LITTERATURE

2. De la pauvreté

2.1. Approches quantitatives

Ces approches appréhendent la pauvreté essentiellement en termes d’insuffisance des ressources. On peut noter les pauvretés dites « absolue » et « relative ».

2.1.1. Pauvreté absolue

Historiquement, le concept de la pauvreté absolue, le premier à être utilisé, se fonde sur la détermination des lignes ou seuils de pauvreté représentant la dépense de consommation minimale en deçà de laquelle un individu ou un ménage est considéré comme pauvre. Il fixe un seuil absolu de pauvreté, qui distingue catégoriquement les pauvres et les non pauvres d’une population, sur la base d’une approche nutritionnelle. Celle-ci consiste, à partir de la table de conversion des nutriments en calories, à comparer la structure de consommation des individus ou des ménages, à la norme calorifique de consommation alimentaire requise.

En RDC, les estimations de la ligne de pauvreté alimentaire, sur base des données de l’enquête 1-2-3, évaluent à 123.070 Fc (soit 133,77 $Usd) par personne et par an en milieu urbain et à 82.755 Fc (89,95 $Usd) par personne et par an en milieu rural. La construction de cette ligne de pauvreté a été obtenue en faisant l’évaluation de la valeur du panier de la ménagère de biens les plus consommés représentant environ 90% de la dépense alimentaire totale des ménages (Min. Plan, DSCRP-final, 2006)

2.1.2. Pauvreté relative

Sur base des revenus ou dépenses de consommations moyennes annuelles par adulte, qui sont supposés représenter le niveau de vie, l’on peut déterminer par la méthode des quintiles, des seuils relatifs de pauvreté. Les deux premiers quintiles désignant les 40% des ménages ou individus ayant les dépenses de consommation les plus basses représentent les pauvres (les pauvres extrêmes étant ceux du premier quintile, soit le 20% les plus pauvres), et le cinquième quintile, les 20% des ménages ou individus les plus riches (Souleymane Sikirou, 2008).

Pour le cas de la RDC, l’enquête 1-2-3 de 2005 relève que sept ménages sur dix sont pauvres avec une disparité entre milieu rural où environ huit ménages sur dix sont pauvres, et milieu urbain, où moins de sept ménages sur dix sont pauvres. L’alimentation représente 62,3% des dépenses totales des ménages congolais. Cette structure de la dépense du ménage congolais révèle que toute inflation affectant les produits alimentaires diminuerait leurs revenus réels, augmentant, toute chose restant égale par ailleurs, le nombre des pauvres et des vulnérables (Min. Plan, DSCRP-2, 2011).

Suivant, la structure des dépenses des ménages congolais, un ménage représentatif pauvre de la RDC, mettra en moyenne au minimum 3,5 ans pour sortir de sa situation de pauvreté s’il enregistre un accroissement annuel moyen de 20% de ses dépenses, toute chose restant égale par ailleurs. Il en mettra en moyenne 70 ans si l’accroissement annuel de ses dépenses n’est que de 1% et 23 ans quand il ne sera que de 3%4. (Min, Plan, DSCRP-2, 2011).

4 Il importe de préciser que cette analyse du profil de pauvreté faite dans ce document est basée sur les données de l’enquête 1-2-3 de 2005, en l’absence de nouvelles enquêtes.

Ainsi, contrairement à l’approche absolue, la méthode des quintiles de niveau de vie n’introduit pas de séparation rigide entre les pauvres et les non pauvres, ce qui permet d’apprécier le comportement des individus selon leur niveau de vie.

2.2. Approches qualitatives

La précarité, caractéristique de ce qui n’est pas assuré, de ce qui est éphémère, a pour attribut essentiel la non-durabilité. Il s’agit d’une définition retenue par les organisations humanitaires pour prendre en compte la situation des personnes disposant à priori d’un minimum vital mais qui se révèle aléatoire. Retenir la précarité comme attribut essentiel de la pauvreté permet de prendre en compte la situation de certaines populations très déshéritées mais non recensées comme pauvre. Ainsi, par exemple beaucoup d’étudiants non boursiers, contraints d’exécuter des petites tâches épisodiques pour joindre les deux bouts sont à coup sûre pauvres. Or, ils ne sont pas considérés comme tels parce que leur statut est provisoire ; et comme l’affirme si bien Petonnet (1987), la véritable pauvreté est celle qui dure. En définitive, la précarité peut être définie comme la conjonction de risques face aux quels les individus sont mal armés et qui pourraient les faire basculer dans la pauvreté, à plus ou moins brève échéance (Atkinson A.B. et Cazes S. ; 1990). Selon les mêmes auteurs, ce concept pourrait être mesuré par cinq indicateurs principaux : le travail, le niveau de vie (revenu et patrimoine), le logement, la santé et la formation.

La précarité est souvent confondue avec le concept de vulnérabilité, qui correspond aussi, selon Stoleru (1974), à une menace de pauvreté mais plus éloignée dans le temps. En effet, la vulnérabilité ou précarité potentielle de certaines catégories de personnes vivant dans l’incertitude du lendemain (comme les ouvriers d’une industrie menacée de restructuration) se distingue de la précarité vécue, immédiate (d’un chômeur par exemple).

Liste des Acronymes

CP Analyse en Composantes Principales

AFC Analyse Factorielle des Correspondances

BCZS Bureau Central des Zones de Santé

CSR Centres de Santé de Référence

DSCRP Document de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté

ECZS Equipe Cadre de la Zone de Santé

EDS Enquête Démographique et de Santé

FDSS Fonds de Développement du Système de Santé

FONAMES Fonds National Médico-Sanitaire

IDH Indice de Développement Humain

INS Institut National de la Statistique

IPH Indicateur de Pauvreté Humain

I-PPTE Initiative Pays Pauvres Très Endettés

IRA Infections Respiratoires Aigües

IST Infection Sexuellement Transmissible

MICS Multiple Indicator Cluster Survey

OMD Objectifs du Millénaire pour le Développement

OMS Organisation Mondiale de la Santé

ONU Organisation des Nations Unies

PAS Programme d’Ajustement Structurel

PEV Programme Elargi de Vaccination

PMA Paquet Minimum d’Activités

PNUD Programme des Nations-Unies pour le développement

PS Postes de santé

PS9FED Programme Santé du 9ème Fonds Européen de Développement

RDC République Démocratique du Congo

SANRU Santé en Milieu Rural

SIDA Syndrome de l’Immunodéficience Acquise

UNESCO Programme des Nations Unies pour l’Education, la Science et la culture

UNFPA Fonds des Nations Unies pour les activités de population

UNICEF Fonds des Nations Unies pour l’Enfance

USAID Agence des Etats-Unis pour le Développement International

VIH Virus de l’Immunodéficience Humaine

ZS Zone de Santé

Sommaire :
Chapitre I Généralités conceptuelles
Section 1. Définition des concepts de pauvreté et de sante
1.1. Concept de pauvreté
1.1.1. Définitions de la pauvreté
1.1.2. Formes de pauvreté
1.1.3. Causes de la pauvreté
1.1.4. Indicateurs de pauvreté
1.2. Concept de Santé
1.2.1. Définition de la santé
1.2.2. concept de santé publique
1.2.3. Bref historique
1.2.4. Santé selon les organismes officiels
1.2.5. Multiples définitions de la santé
1.2.6. Différentes façons de concevoir le concept santé
1.2.7. Education à la santé
Section 2. Macroéconomie de la santé
2.1. Contours de la macroéconomie de la santé
Chapitre II Situation de la pauvreté et de la sante en RDC
Section 1. Situation de la pauvreté en RDC
1.1. Profil de pauvreté monétaire
1.2. Orientation des dépenses publiques en RDC
Section 2. Situation de la sante en RDC
2.1. Historique du système de santé en RDC
2.2. Caractéristiques du système de santé congolais
2.3. Problèmes du système de santé congolais
2.4. Objectifs du Millénaire pour le Développement et le système de santé en RDC
2.5. Accès aux Services de Santé
Chapitre III lien entre la pauvreté et l’accès aux soins de santé en RDC
Section1. Cadre conceptuel de l’analyse
1.1. Analyse exploratoire des données
Section 2. Dépendance entre les variables
Section 3. Analyse factorielle des correspondances
3.1. Présentation de l’analyse factorielle des correspondances (AFC)
3.2. Présentation et interprétation des résultats de l’analyse
Suggestions
Conclusion

  1. La santé comme facteur de développement
  2. L’accès aux soins de santé, la relation entre pauvreté et santé
  3. Concept de pauvreté, Définitions de la pauvreté
  4. Les formes de la pauvreté : absolue, relative et catégorisation
  5. Les causes de la pauvreté : naturelles, humaines et économiques
  6. Indicateurs de la pauvreté et Axes de lutte contre la pauvreté
  7. La santé publique : Définition, Concept et Organismes officiels
  8. Façons de concevoir le concept santé – de l’éducation à la santé
  9. Macroéconomie de la santé : Effets de la croissance économique
  10. La situation de la pauvreté au Congo (en RDC)
  11. La situation de la santé en RDC (Congo)
  12. Les problèmes du système de santé congolais
  13. Objectifs du Millénaire : le Développement et le système de santé en RDC
  14. Le lien entre la pauvreté et l’accès aux soins de santé en RDC