L’interprète comme filtre du discours – la langue des signes

By 23 July 2013

1-3 La neutralité, la fidélité et la déverbalisation en interprétation

1-3-1 L’interprète comme filtre du discours

La déverbalisation est une phase qui se situe au cœur du processus interprétatif. C’est par définition l’oubli de la forme signifiante (les mots) pour ne garder que le sens. D’ailleurs, « on oublie les mots qu’on a prononcés mais on sait le sens de ce qu’on a dit. Le sens marque la mémoire de façon relativement durable ».16

D’un point de vue technique, le travail de l’interprète se décompose principalement en trois temps. En effet, comme le décrit Seleskovitch. D :

« interpréter c’est comprendre, et exprimer le sens, l’interprète s’éloigne des mots de l’original, « s’élève » vers le sens qu’il en dégage et qu’il fait sien, pour ensuite le ré exprimer dans sa langue »17.

Ce processus se décompose donc en trois temps : compréhension du sens, phase de déverbalisation et expression du sens d’origine dans la langue cible.

Dans l’expression « qu’il fait sien », nous comprenons que l’interprète s’approprie le discours et, de ce fait, utilise ses propres filtres dans la traduction. L’interprète met toute sa sensibilité au service de l’interprétation et c’est d’ailleurs pour cela que nous pouvons observer sur un même discours des interprétations différentes. Ces différences ne concernent pas le sens du message mais portent sur le choix des mots ou des signes, des structures syntaxiques, des expressions faciales et corporelles, etc.

L’interprète va donc produire une interprétation qui sera marquée par ses propres choix linguistiques mais dans le cadre du respect de la neutralité objective et dans une vigilance éthique quant à la neutralité subjective.

L’AFILS fait référence à la notion de neutralité subjective et reprend l’idée que l’interprète s’approprie le discours qu’il « fait sien » avec sa propre expérience, son propre vécu :

« être neutre pour l’interprète ne signifie pas qu’il renonce à sa subjectivité. Bien au contraire, il se sert de toute sa sensibilité pour restituer au mieux ce qu’il perçoit »18.

Dans l’ouvrage intitulé « L’interprétation en langue des signes »19 Bernard. A & al proposent de décomposer le travail d’interprétation en six étapes.

De la langue des signes vers le français et du français vers la langue des signes :
1) voir/regarder ou écouter
2) comprendre et analyser le sens
3) retenir le sens
4) visualiser des images mentales, ébaucher une première interprétation mentale
5) interpréter vers le français
6) contrôler mentalement la bonne qualité de la traduction.

Toutes ces étapes sont indispensables pour produire une interprétation qui sera axée sur le sens et le vouloir-dire du locuteur. Au travers de toutes ces phases, l’interprète se fait une représentation mentale de ce qu’il voit ou de ce qu’il entend. « Voir mentalement un objet ou imaginer les aspects d’un évènement dont on entend parler, c’est entendre le sens. L’image que les étudiants se feront des évènements narrés dans le discours leur permettra de moins écouter les mots et de s’exprimer à partir de ce qu’ils se sont représenté en imagination » 20

A ce moment-là, l’interprète fait appel à ses propres représentations. Celles-ci doivent être au service du « vouloir-dire » du locuteur original mais ne seront pas vierges du vécu de l’interprète.

Ainsi, deux interprètes visualiseront des images mentales différentes, ils auront donc des représentations différentes mais ils seront fidèles au « vouloir-dire » du locuteur. Le sens de leur travail d’interprétation sera identique. Au moment de traduire, l’interprète s’imprègne d’un message par une représentation mentale et il le restitue par un discours qui sera marqué de son empreinte personnelle.

Lire le mémoire complet ==> (La gestion de l’affect chez l’interprète en langue des signes française/français)
Mémoire Professionnel en vue de l’obtention du Master “Arts, Lettres, Langues et Communication”
Mention “Sciences du Langage” – Spécialité ‘Interprétariat Langue des signes française <=> français’
Université Lille III – SERAC- Formation