Les recherches de logement et d’emploi : des jeunes acrobates

By 2 July 2013

3.4. Des jeunes « acrobates »

Nous avons évoqué tour à tour les recherches sur Internet, via le réseau social, via les réseaux Web, sociaux ou spécialisés, et en contact direct dans les structures, mais en réalité, toutes ces méthodes ne sont pas cloisonnées et les jeunes se retrouvent souvent à multiplier les démarches, soit pour augmenter leurs chances de trouver un emploi, un stage ou un logement rapidement, soit pour pouvoir comparer les offres qui pourraient leur correspondre, ou bien simplement par déception d’une méthode précédemment employée. Mais alors, comment choisissent-ils la méthode la plus adaptée, s’agit-il de recherches effectuées en parallèle les unes des autres ou d’un véritable cheminement ?

3.4.1. Les recherches d’emploi et de logement : juxtaposition de méthodes ou véritable parcours séquentiel ?

Dans ce type de recherches, il semble que nul ne mise sur une seule méthode, on retrouve des démarches vers des organismes d’aide, des agences intérim, le réseau social, les sites internet etc. Cependant il nous faut souligner un détail : bien que nombreux soient les jeunes qui déclarent multiplier les démarches et les modes de recherches, souvent leur discours débute par « j’ai commencé par faire mes recherches sur Internet… », tel que l’illustrent les citations suivantes :

« Ma première recherche se fait sur le web, en tapant par exemple « job d’été » ou « job étudiant », pour le reste un abonnement au site pôle emploi, pour recevoir les newsletters dans le domaine choisis. Pour finir inscription dans diverses agences d’intérim. Tout ceci en parallèle pour maximiser mes chances » Raphaël, 23 ans, Étudiant

« J’ai fait en parallèle : vivastreet, leboncoin, crijj, agences… » Jack, 25 ans, Salarié

« Pour mes recherches actuelles je vais sur les Sites web (jobrapido, tro- vitemploi, monster, jeunedip.com etc.) et je me suis isncrite sur Viadéo (réseau social), plus les candidatures spontanées sur les sites web des s o- ciétés qui m’intéressent, plus l’entourage.(…) je ne suis pas encore inscrite à l’ANPE pour chercher de l’emploi. Si je ne trouve rien d’ici fin septembre, cela sera le cas.» Caroline, 23 ans, Salariée

« J’ai cherché sur des sites internet en postulant à plusieurs petites an- nonces en ligne. (…) J’ai alors commencé à chercher dans mon entourage pour avoir des contacts, des relations. C’est comme ça que j’ai trou- vé un poste (…) Je me suis inscrite au Pôle Emploi, ainsi que dans des associations sociales. » Jessica, 20 ans, Étudiante

Nous avons évoqué auparavant les « avantages Web », il est donc relativement aisé de penser que cette solution est choisie en premier lieu par facilité : les recherches sur Internet sont les moins contraignantes et souvent les moins coûteuses en temps aussi bien qu’en argent, elles arrivent donc en tête de liste dans les « réflexes » des jeunes.

Pour autant ce n’est pas toujours via ce moyen qu’ils trouvent un travail ou un stage, ils ont pour beaucoup déclaré qu’il s’agissait plus là d’un « tour d’horizon », d’une phase de repérage d’information ou bien même d’une sorte d’ « état des lieux » des offres disponibles, des at- tentes qu’ils peuvent avoir quant-à leur salaire, à leurs fonctions selon le poste etc. plutôt que d’une véritable conviction de recherche ; ce n’est qu’ensuite qu’ils mobilisent les organismes d’aide. Il semble alors que la mobilisation du réseau s’effectue en parallèle de ces recherches exploratrices sur Internet mais que la prise de contact avec les organismes ne s’effectue qu’a posteriori. Les méthodes de recherches ne seraient donc pas effectuées de façon concomitante, elles ne se « nourrissent » pas réciproquement, mais fonctionnent sur un principe d’étapes, de successions.

3.4.2. La recherche de logement : une méthode un peu à part

Concernant le logement les choses sont un peu différentes. Effectivement les méthodes de recherche des jeunes concernant le logement s’entrecroisent, tout comme pour l’emploi, mais les recherches sur Internet sont quant-à elles belle et bien une réelle source d’annonces pour les jeunes, qui l’entremêle souvent dans les discours aux agences immobilières. C’est ce qu’illustre bien notre sondage qui fait apparaître les sites divers de petites annonces comme la première des méthodes employées par les jeunes dans leurs recherches de logement, suivie par les agences immobilières :

Tableau 14 : Les méthodes employées dans la recherche de logement [Classement 1]
Les méthodes employées dans la recherche de logement

Graphique 15 : Les méthodes employées dans la recherche de logement [Classement 1]
Les méthodes employées dans la recherche de logement

Les entretiens ont également appuyé sur cette dualité entre agences et sites d’annonces Internet, soulignant ainsi un élément qui apparaît comme nodal chez les jeunes : le coût. En effet les agences engendrent des frais ; on en revient donc à l’idée d’une logique de consommation.

« Sur le bon coin, les démarches sont plus faciles et moins onéreuses que par agence » Laeticia, 24 ans, Salariée

« Le bon coin a une bonne réputation, et pour esquiver les frais d’escrocs, pardon, d’agence ! » Lisa, 23 ans, Étudiante

« j’ai utilisé surtout les sites du type “bon coin” ou “se loger” car on y trouve quasiment toutes les annonces des diverses agences ainsi que des particuliers. ». Répondant anonyme du questionnaire

« Nous avons utilisé principalement le site du Bon coin et le journal et site internet Paru vendu. Nous avons voulu nous adresser directement aux propriétaires pour ne pas avoir de frais d’agence à payer (…) Nous l’avons trouvé sans passer par agence, via les sites internet traditionnels (CRIJ, le Bon coin, Paru vendu, Vivastreet, etc.). » Sarah, 23 ans, Étudiante

3.4.3. Étudiants v/s Salariés : des pratiques réellement différentes ?

Au commencement de cette étude, nous émettions l’hypothèse que les logiques d’acteurs étaient différentes selon le statut du jeune : les étudiants et les salariés ne recherchent pas le même type d’emploi et de logement, ils vont donc raisonner différemment dans leurs recherches. C’est un élément qui s’avère exact dans les entretiens : les étudiants sont généralement en recherche de logement étudiant, d’une colocation, ou bien de petits boulots pour l’été par exemple ; tandis que les salariés affichent plus des recherches de type T3.

« J’ai recherché 5 logements différents. Je suis étudiante, il s’agissait donc à chaque fois de logement étudiant. » Sarah, 23 ans, Étudiante

« Paris : un appartement pour un stage de 6 mois ; Espagne : une colocation pour une année universitaire ; Bordeaux : une colocation pour deux années universitaires » Alexandra, 22 ans, Étudiante

Qu’est-ce que tu cherchais au CRIJ?

« Un emploi saisonnier » Daisy, 19 ans, Étudiante
« sept 2005 : chambre universitaire Nantes
sept 2006 : recherche d’appartement pour une colocation à trois, Nantes.
Sept 2008 : recherche de colocation à Toulouse
Sept 2009 : recherche d’une colocation pour 4 personnes à Toulouse
Avril 2011 : Recherche d’une maison en colocation à 4-5 personnes à Toulouse. » Valérie, 23 ans, Étudiante

« J’ai plutôt recherché des petits boulots pendant mes études ou durant les périodes de vacances scolaires : inventaires, animations, garde d’enfants, périscolaires, emplois agricoles saisonniers… » Valérie, 23 ans, Étudiante

« T3-T4 : recherche via les sites web seloger.com et leboncoin.fr. Ca a abouti avec seloger.com et il y a eu un passage rapide chez les agences immobilières » Caroline, 23 ans, Salariée

Les agences d’intérim semblent également appuyer sur cette dissonance entre recherches étudiantes et recherches salariées. Prisée pour des jobs ponctuels, rapides et faciles d’accès, bien payés et avec des horaires flexibles, cette méthode semble être un recours typiquement étudiant, tel que le montrent les extraits suivants :

« Les agences d’intérim proposent en général des missions ponctuelles et de courtes durée, qui dans le cas d’une recherche de stabilité financière est inutile mais qui dans le cadre d’un job étudiant se trouve être une bonne solution. » Raphaël, 23 ans, Étudiant

« On sait (…) que l’on pourra avoir des missions de courtes ou moins longue durée, dans en secteur commun mais dans des structures différentes, permettant de varier un peu l’activité. » Jessica, 20 ans, Étudiante

« Pour l’intérim, je suis allée directement m’inscrire à Adecco, j’ai choisi cette option parce que je n’avais pas pris le temps de chercher autre chose (…) Le travail intérimaire a plusieurs avantages lorsque l’on re- cherche un travail d’été. Le principal étant bien sûr un salaire supérieur dû aux indemnités de précarité, aux congés payés, etc. en plus on peut plus facilement prendre des jours quand on le souhaite, l’inscription dans une agence est relativement simple et rapide, et l’on peut obtenir du tra- vail très vite ensuite.(…) » Sarah, 23 ans, Étudiante

Les recherches sont donc généralement différentes sur de nombreux critères, bien que l’on puisse dire que la multiplication des méthodes concerne tous les jeunes, qu’ils soient étudiants, salariés ou sans emploi.

Après un tris croisé du statut des jeunes avec les méthodes regroupées de recherche : capital social (réseaux sociaux et professionnels, amis et famille et réseau éloigné) et les organismes (réseau d’information jeunesse, agences immobilières ou d’intérim, organismes d’accompagnement et services spécifiques), on pourrait à la limite déclarer que le statut présentant une tendance vers un certain mode de recherche est celui des sans-emplois, qui préfèrent généralement s’en remettre à des organismes : le résidu standardisé est significatif à 1,96 et à -1,96, c’est donc le seul statut dont le résidu significatif se rapproche de celui d’une corrélation, on peut donc dire que les sans-emplois montrent une certaine « attraction » vers les organismes.

Tableau 15 : Tableau croisé des méthodes de recherche et du statut
Tableau croisé des méthodes de recherche et du statut

3.4.5. « On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même »

La prise d’autonomie des jeunes ce n’est pas seulement trouver une stabilité financière ou résidentielle à travers un emploi ou un logement qui nous convienne ; c’est également une question d’accomplissement personnel, et sur ce point, les jeunes ont une idée très précise de ce qu’ils veulent et de ce qu’ils ne veulent pas. Finalement, les recherches sur Internet, bien qu’ils admettent que c’est parfois par fainéantise, par manque de temps ou de moyens, ou même par déception passée des structures d’aide, leur permettent également de ne se fier qu’à eux même : il y a une forme de quête d’autonomie dans leurs recherches, comme le précisait une revue sur la jeunesse et l’éducation en 200963 : « Par son appropriation au service d’une décision ou d’une action, l’information constitue un levier pour rendre les jeunes acteurs dans leur parcours personnel mais aussi dans leur bassin de vie ». C’est ce qu’illustrent de nombreuses citations de nos jeunes enquêtés :

« Sur le net toutes les informations sont présentes, il s’agit de com- prendre et de savoir où aller chercher. Ce qui n’est pas à la portée de tous.(…) mais on se heurte le plus souvent à l’erreur humaine dans les strucures, par manque de moyen ou d’information récente. (…) Je préfère en général faire confiance à mes recherches personnelles même si celles- ci peuvent comporter des failles. » Raphaël, 23 ans, Étudiant

« Je préfère me déplacer et remettre en mains propres un CV ou une lettre de motivation pour pouvoir me « vendre » au passage plutôt que passer par un organisme » Alexandra, 22 ans, Étudiante

« Je fais mes recherches en grande partie par moi-même car si j’attends après pôle emploi ou mission locale ce n’est pas dans ma branche. » Lae- ticia, 24 ans, Salariée

« j’ai été faire des candidatures spontanées dans quelques supermarché près de chez moi.(…) » Sarah, 23 ans, Étudiante

« j’aime débrouille soit grâce à quelques contacts et coups de pouce, soit je démarche directement les entreprises dans lesquelles je souhaite faire un stage, à chaque fois ça a marché comme ça » Alexandra, 22 ans, Étu- diante

« j’ai fait appel à des aides de l’état (…) Voyant que rien ne se passait je me suis encore débrouillée seule, par internet , le bon coin … ou par pro- priétaire à propriétaire ! J’ai trouvé solo ! Et encore une fois, les amis, les connaissances ont aidé …» Lisa, 23 ans, Étudiante

Ces jeunes tendent donc à multiplier les démarches de leur propre chef, en faisant appel à leurs connaissances, à leur réseau ou encore, et bien souvent, à leur savoir-faire sur le Web. Et pour les aider dans cette tâche, les sites internet redoublent d’efforts pour se montrer clairs mais également attractifs. Alors, qu’est-ce qui fait d’un site d’annonces, d’information, ou d’aide à la recherche un « bon site web » ? C’est ce que nous allons aborder dans le quatrième volet de cette étude.

Lire le mémoire complet ==> (Usage des technologies de l’information et de la communication dans la recherche d’emploi et de logement chez les jeunes)
Master 2 GLECOP – Mémoire Recherche – Action
Université de Toulouse Le Mirail