Les politiques des TICEs en France : le cas des universités

By 26 July 2013

2.2. LES POLITIQUES DES TICES EN FRANCE

Les politiques éducatives sont les reflets des conceptions de l’homme qu’en font les sociétés.81 Dans cette perspective, le milieu éducatif comme toutes autres institutions de la société française a subit des répercussions dues à « la société de l’information » issue de l’idéologie de la communication. Dans le discours des instances politiques, les TICs sont synonymes de nouveaux modes d’accès au savoir et d’apprentissage.

Même sur la toile le pouvoir institutionnel instaure sa visibilité au profit de ses idées. Parmi les nombreux sites du gouvernement, le portail de la société de l’information montre à quel point les orientations politiques globales sont inscrites dans l’utilisation et le développement des TICs en France. Dans cette perspective, le ministère de l’Education nationale a créé en août 1998 le site Educnet « pour aider à impulser, puis à généraliser l’usage des “TICE” ».82 L’agence des usages des TICEs83 propose ses services à l’ensemble de la communauté éducative (enseignants, conseillers, parents d’élèves, etc.). Elle est implantée au sein du centre national de documentation pédagogique (CNDP) et fonctionne en concertation avec la sous -direction des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (SDTICE) du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

G-L Baron indique que l’intérêt du système éducatif français pour les technologies de l’information date de la seconde guerre mondiale.84 A chaque vague d’innovation des TICs correspondent des enjeux politiques, industriels et commerciaux, mais aussi culturels et éducatifs.85 Les responsables les perçoivent comme porteuse de changement.86 B. Ollivier – F. Thibault font remarquer que quasiment toutes les techniques de communication ont fait l’objet de politiques d’implantation.87 Par conséquent, l’histoire des technologies de communication est reliée de près à celle de l’éducation.88

A l’heure actuelle, l’introduction de la technologie est supposée corriger les inégalités sociales et permettre une forme d’enseignement plus favorable aux élèves les plus en difficulté. Ils sont censés avoir des qualités intrinsèques telles que l’accessibilité, l’adaptabilité…89 Qualités qui sont d’autant plus appréciées, que nos sociétés sont en mutation permanente. Il est présupposé que l’adaptabilité s’applique à l’individu plus qu’à la technologique, d’où la nécessiter de former les personnes et ainsi leur permette d’assimiler au cours de leur vie des techniques et des savoirs nouveaux.90 Cette adaptabilité peut avoir des effets négatifs sur les nouvelles générations, en les rendants plus passifs vis-à-vis de leur environnement.91

C’est pourquoi l’Education Nationale est au centre de ce nouveau défi. Les enjeux sont clairement définis, ils sont d’ordre :

Pédagogiques en utilisant de manière performante les nouvelles possibilités des TIC dans l’enseignement Technologiques en maîtrisant ces nouveaux environnements dans une perspective professionnelle Sociétal en donnant aux élèves et aux enseignants les moyens de comprendre les enjeux de société, les enjeux économiques et stratégiques liés à ces technologies.92

A titre d’exemple, G-L. Baron met en exergue la circulaire aux recteurs du 21 mai 1970, dans laquelle l’informatique est définit comme :

« “un outil scientifique, technique et intellectuel unique” en train de “bouleverser profondément les pays industrialisés”, et qu’il faut s’approprier sous peine d’être “infirme”. Sous aucun prétexte il convient alors de rester « à l’écart de cette révolution ».93

Ce discours est révélateur des attentes et espérances de l’époque. 1970 fût aussi l’année où commença l’« expérience dite des 58 lycées » au cours de laquelle furent implanter des mini-ordinateurs, dont les activités étaient animer par des professeurs ayant suivi un stage lourd d’un an.94 A ce titre, «l’histoire de l’informatique à l’école est très récente. »95

En 1998 fût mis en place le «programme d’action gouvernemental pour la société de l’information (PAGSI) ». Il contenait trois buts : l’enseignement par les TICs dans une démarche éducative globale, l’équipement des établissements, et le développement des contenus et outils des TICs.96 Toujours en 1998, dans le cadre du programme d’action gouvernemental « Préparer l’entrée de la France dans la société de l’information », l’Education nationale avait entrepris de généraliser les usages des TICs, pour les enseignants et les élèves.

Plus récemment, en 2006, le Ministère de l’éducation a lancé le « plan de développement des technologies de l’information appliquées à l’éducation ». Les lignes directrices sont :

Le développement des espaces numériques de travail [ENT] ; L’utilisation des TICE pour l’accompagnement scolaire ;

La mise à disposition d’une clé USB pour chaque professeur qui sort de l’IUFM97.

Dès 2002 les TICs figurent officiellement dans le programme des écoles primaires.98 Il était prévu pour la rentrée 2007 de systématiser dans les écoles et les collèges, l’introduction dans les programmes de pratiques pédagogiques fondées sur l’usage des TICs.99 Ainsi :

« La maîtrise des Tic fait désormais partie du cursus scolaire obligatoire. Elle est reconnue comme une compétence clé du socle commun des connaissances et des compétences prévu par la loi du 23 avril 2005 d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école ».100

Dans ce cadre, les compétences des élèves dans le domaine des TICs sont attestées par le brevet informatique et internet [B2i] au niveau école (niveau 1) et au niveau collège, lycée (niveau 2). L’élève devra pouvoir : s’approprier un environnement informatique de travail ; adopter une attitude responsable ; créer, produire, traiter, exploiter des données, s’informer, se documenter et enfin communiquer, échanger.101 Il est prévu que le B2i devienne obligatoire au brevet des collèges dès 2008 et que le B2i lycée soit pris en compte au baccalauréat.102

En France, l’enseignement des TICs est transversal. Les élèves apprennent à utiliser les TICs au travers des matières scolaires ou via des projets pluridisciplinaires plutôt que par le biais d’une formation spécifique.

« Le B2i n’est donc pas un examen, mais une évaluation conduite tout au long de l’année dans divers contextes d’enseignement. »103

Le certificat Informatique et Internet [C2i] élargie ce dispositif aux étudiants (niveau 1) et aux enseignants stagiaires des IUFM (niveau 2). Définit en 2002, il a été généralisé sur l’ensemble des établissements de l’enseignement supérieur en 2005.104

Une des politiques en matière d’équipement de technologie a été celle du « cartable électronique ». Mis en place en 1996 à l’occasion d’une expérimentation dans trois établissements scolaires, chaque élève d’une classe s’est vu remettre un ordinateur portable. Le « cartable électronique » réfère soit à un ordinateur portable ou un PDA remplaçant le cartable traditionnel, soit à un espace personnel de l’élève sur internet sur lequel il retrouve ses ressources numérique (ENT, extranet d’établissement, bureau virtuel…).105

Par ailleurs le projet dit « ENT » pour les bureaux virtuels a été lancé en 2003 dans l’enseignement scolaire. Parmi les huit projets retenus dans le premier volet figure les deux plates-formes pionnières ARGOS de l’académie de Bordeaux et NUMA de l’académie de Montpellier.

Enfin, à l’initiative du ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, les futurs enseignants ont reçu une clé USB à la rentrée 2006. Elle doit leur permettre de télécharger des compléments à leurs cours, disponibles notamment sur l’Espace Numérique des Savoirs.* 106

2.2.1. Le cas des universités

Comme mentionné en début de la partie précédente, nos sociétés sont en mutation permanente et nécessitent de ce fait que le système universitaire s’adapte. L’université se dit « […] faite pour l’élaboration critique du savoir, pour la transmission méthodique du savoir, pour la remise en question perpétuelle du savoir.»107 , pourtant elle doit faire face entre autres au rôle croissant de la connaissance et aux changements économiques et sociaux. Premièrement, le savoir ne se diffuse plus uniquement par l’enseignement

« classique ». Deuxièmement, la population d’étudiants a changé et leurs demandes aussi. En effet, les universités françaises se caractérisent en partie par leurs massifications. Or M-F. Fave-Bonnet met en garde contre le terme de « massification de l’enseignement supérieur », qui selon lui est trompeur.108 Bien qu’il soit globalement exact, il cache certaines nuances : les diversités de situations selon le type d’établissements (universités, écoles) ou de filières sont masquées. La massification est due à l’augmentation du nombre de bacheliers (80% d’une classe d’âge selon l’objectif de la loi d’orientation de 1989) et à l’investissement fait dans les études par les jeunes et leurs familles. Cette augmentation spectaculaire du nombre de bacheliers se retrouve dans l’enseignement supérieur, où les trois quarts des nouveaux étudiants s’inscrivent à l’université.

Les modifications essentielles auxquelles doit se résoudre l’université font d’elle l’objet de critiques convergentes. Les uns trouvent son contenu trop théorique, et en marge de la réalité professionnelle. Les autres, reprenant la théorie de Durkheim, assimilent l’université à un « appareil idéologique d’Etat ». En somme, ils lui reprochent de « diffuser “l’idéologie dominante”, c’est-à-dire celle de la bourgeoisie capitaliste, et de perpétuer les inégalités sociales en intériorisant leurs postulats intellectuels.»109

Dans cette perspective, les TICs sont envisagées comme moyens de repenser la manière de former les étudiants et ainsi créer un nouveau rapport entre enseignant, apprenant et savoir.

En complément de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005, le ministère a fixé comme priorité le développement des usages numériques des étudiants. Cette politique se décline sous quelques grands thèmes qui regroupent des actions phares :

Les infrastructures et les équipements avec notamment le projet Micro portable étudiant.

L’opération micro-portable étudiant (Mipe), lancée en 2004 permet à chaque étudiant d’acheter un ordinateur portable équipé d’un accès à l’internet sans fil et de bénéficier d’offres de prêt dites à “1 euro par jour”.

De plus, « depuis février 2006, 100 % des universités proposent un accès à internet sans fil. » 110

Les services numériques et en particulier le projet Universités Numériques en Région [UNR].

L’appel à projets « Universités numériques en région » a été lancé en mai 2003, par la sous direction des TICEs, la direction de l’enseignement supérieur et la Datar111. Le financement est assuré par l’état, les universités et les conseils régionaux. Il s’agit de généraliser à l’échelle d’une région, l’usage des ENT pour les étudiants, le personnel des établissements d’enseignement supérieur (services numériques pédagogiques, administratifs, documentaires, vie universitaire) et de donner l’accès à l’ensemble des étudiants aux services numériques.

Les usages et les ressources numériques avec le lancement du projet des Universités Numériques Thématiques [UNT].

Ce projet correspond à une politique de production, de diffusion et de mutualisation des ressources pédagogiques. Les UNT sont aujourd’hui au nombre de six et couvrent les grandes thématiques : santé, sciences de l’ingénieur et technologie ; économie gestion ; environnement et développement durable ; sciences humaines et sociales, langues et cultures ; sciences juridiques et politiques. Une septième UNT est en voie de création en sciences fondamentales, permettant de valoriser et de poursuivre les travaux de l’Université en ligne112.

La formation aux TICEs et l’accompagnement avec la généralisation des C2i .113

L’introduction des TICEs dans l’enseignement supérieure a été décidée au niveau européen.114

A ce titre, « les universités françaises sont actuellement inscrites dans le cadre d’une politique d’harmonisation européenne des diplômes qui vise à: faciliter la mobilité extranationale des étudiants […], concevoir la formation en terme de parcours […].»115

Ce parcours renvoie au système Licence, Master, Doctorat [LMD].

De plus, la déclaration de Bologne du 19 juin 1999 semble, si on s’en tient aux propos de Y. Winkin, une étape déterminante pour l’avenir de l’enseignement supérieur mondial. Selon lui, la déclaration de Bologne « […] consacre le triomphe de ceux qui pensent que “si les universités ne s’adaptent pas, on se passera d’elles” ».116 Inscrit dans une lignée d’idée anglo-saxonne d’entreprenariat, la déclaration de Bologne vise une amélioration de la “compétitivité du système d’enseignement supérieur européen à l’échelon mondial”. Y. Winkin en conclut que la tendance générale conduit vers « […] des “universités entrepreneuriales”, conçues comme des firmes privées produisant et vendant de la connaissance au sein d’une “économie du savoir” mondialisée. »117

Y. Winkin n’est pas le seul à faire ce constat. Dans leur texte, J-L Bouillon et S. Bourdin complètent ce point de vue en mettant en relation le premier avec le second appel concernant les campus numériques. Pour eux, l’implantation des TICEs permettra aux universités d’avoir des ambitions économiques via l’enseignement à distance par exemple.118

Lire le mémoire complet ==> (Les TICs et l’enseignement : le cas du bureau virtuel de l’université Lyon II)
Mémoire de fin d’études
Université Lyon II : Institut de la communication