Les formes de la pauvreté : absolue, relative et catégorisation

By 26 July 2013

1.1.2. Formes de pauvreté

A partir de différentes approches évoquées ci-haut, on peut distinguer plusieurs types ou formes de pauvreté. La catégorisation se fait généralement en fonction des critères choisis.

1.1.2.1. Catégorisation selon le critère de revenu

Partant du critère revenu où la pauvreté est appréciée en fonction d’un seuil déterminé, on distingue la pauvreté absolue de la pauvreté relative.

1.1.2.1.1. Pauvreté absolue

Historiquement, le concept de pauvreté absolue, le premier à être utilisé, se fonde sur la détermination des lignes ou seuils de pauvreté représentant la dépense de consommation minimale en deçà de laquelle un individu ou un ménage est considéré comme pauvre. Il fixe un seuil absolu de pauvreté, qui distingue catégoriquement les pauvres et les non pauvres d’une population, sur la base d’une approche nutritionnelle. Celle-ci consiste, à partir de la table de conversion des nutriments en calories, à comparer la structure de consommation des individus ou des ménages, à la norme calorifique de consommation alimentaire requise (2400 calories par jour pour la pauvreté et 1800 pour l’extrême pauvreté).

En RDC, les estimations de la ligne de pauvreté alimentaire, sur base des données de l’enquête 1-2-3, évaluent à 123.070 Fc (soit 133,77 $Usd) par personne et par an en milieu urbain et à 82.755 Fc (89,95 $Usd) par personne et par an en milieu rural. La construction de cette ligne de pauvreté a été obtenue en faisant l’évaluation de la valeur du panier de la ménagère de biens les plus consommés représentant environ 90% de la dépense alimentaire totale des ménages (Min. Plan, DSCRP-final, 2006).

1.1.2.1.2. Pauvreté relative

Sur base des revenus ou dépenses de consommations moyennes annuelles par adulte, qui sont supposés représenter le niveau de vie, l’on peut déterminer par la méthode des quintiles, des seuils relatifs de pauvreté. Les deux premiers quintiles désignant les 40% des ménages ou individus ayant les dépenses de consommation les plus basses représentent les pauvres (les pauvres extrêmes étant ceux du premier quintile, soit le 20% les plus pauvres), et le cinquième quintile, les 20% des ménages ou individus les plus riches (Souleymane Sikirou, 2008).

Pour le cas de la RDC, l’enquête 1-2-3 de 2005 révèle que sept ménages sur dix sont pauvres avec une disparité entre milieu rural où environ huit ménages sur dix sont pauvres, et milieu urbain, où moins de sept ménages sur dix sont pauvres. L’alimentation représente 62,3% des dépenses totales des ménages congolais. Cette structure de la dépense du ménage congolais révèle que toute inflation affectant les produits alimentaires diminuerait leurs revenus réels, augmentant, toute chose restant égale par ailleurs, le nombre des pauvres et des vulnérables (Min. Plan, DSCRP-2, 2011).

Suivant, la structure des dépenses des ménages congolais, un ménage représentatif pauvre de la RDC, mettra en moyenne au minimum 3,5 ans pour sortir de sa situation de pauvreté s’il enregistre un accroissement annuel moyen de 20% de ses dépenses, toute chose restant égale par ailleurs. Il en mettra en moyenne 70 ans si l’accroissement annuel de ses dépenses n’est que de 1% et 23 ans quand il ne sera que de 3%7. (Min, Plan, DSCRP-2, 2011). Ainsi, contrairement à l’approche absolue, la méthode des quintiles de niveau de vie n’introduit pas de séparation rigide entre les pauvres et les non pauvres, ce qui permet d’apprécier le comportement des individus selon leur niveau de vie.

1.1.2.2. Catégorisation selon l’intensité de la déprivation

La catégorisation établie selon l’intensité de la privation fait la distinction entre pauvreté, précarité, exclusion et misère. Le concept pauvreté ayant déjà fait l’objet d’un long développement ci-haut, il sera question dans les lignes qui suivent de préciser le contenu des autres concepts d’une part, et de différencier chacun d’eux de la pauvreté proprement dite, d’autre part.

1.1.2.2.1. Précarité

La précarité désigne l’absence d’une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes et familles d’assumer leurs responsabilités élémentaires et de jouir de leurs droits fondamentaux. Elle revêt des aspects liés aux caractéristiques des individus ou des ménages, en rapport avec leur environnement et notamment :

– La situation vis-à-vis de l’emploi : un statut fragile aura comme conséquence des situations de chômage récurrentes ;
– Un état de santé fragile et un accès aux soins difficile ;
– Un fort taux d’endettement ;
– Le statut vis-à-vis du logement : l’accent doit être mis, lorsque l’information est disponible, sur des individus ne vivant pas en ménage ordinaire.

7 Il importe de préciser que cette analyse du profil de pauvreté faite dans ce document est basée sur les données de l’enquête 1-2-3 de 2005, en l’absence de nouvelles enquêtes.

Elle s’analyse comme un ensemble de facteurs de risques et d’incertitude sur l’emploi et les ressources qui conduiraient à la pauvreté. Elle peut être envisagée à travers la notion d’insécurité ou plus précisément par l’absence simultanée des facteurs de stabilité notamment, dans le domaine de travail ou les conditions de logement. Le lien entre pauvreté et précarité peut se résumer en ceci que la précarité est perçue comme risque de basculer dans une brève échéance dans la pauvreté.

1.1.2.2.2. Exclusion sociale

L’exclusion désigne la situation de rupture tant sur le plan symbolique (stigmates ou attributs négatifs) que sur le plan des relations sociales (rupture des liens sociaux qui agrègent les hommes entre eux). Perçue à la fois comme un processus et un état, consacrant le défaut d’intégration, elle est caractérisée par trois dimensions :

(i) la première est celle de la sphère économique, incluant le chômage et l’absence de l’emploi, et l’insuffisance chronique ou répétée des ressources, marque de la pauvreté ;
(ii) la deuxième dimension est celle de non reconnaissance, ou du non usage des droits sociaux, mais aussi des droits civils et des droits politiques ;
(iii) la troisième est celle des relations sociales traduisant une sorte de marginalisation des individus.

L’exclusion va au-delà de la pauvreté et se traduit généralement par un état de permanence dans la pauvreté, c’est-à-dire par un état d’inertie dans la pauvreté ou une faible probabilité de transition vers un état plus favorable.

1.1.2.2.3. Misère

La misère désigne l’état d’extrême pauvreté. La différence entre la pauvreté et la misère peut se traduire de manière simple par le fait que les pauvres peuvent encore espérer gravir les échelons de l’aisance matérielle ; mais les miséreux n’y croient même plus.

Cette différence dans la manière d’envisager l’avenir réside dans leur appartenance ou non au marché du travail. Les miséreux appartiennent à la catégorie des personnes dont la situation évolue vers un processus de marginalisation, considérée comme une trappe sociale de laquelle il est difficile de sortir.

Lire le mémoire complet ==> (Pauvreté des ménages et accès aux soins de santé en république démocratique du Congo)
Mémoire en vue de l’obtention du titre de Diplômé d’Etudes Approfondies en Economie – Option : Economie des Ressources Humaines
Université De Kinshasa – Faculté Des Sciences Economiques Et De Gestion