Les causes de la pauvreté : naturelles, humaines et économiques

By 26 July 2013

1.1.3. Causes de la pauvreté

Jusque là, le phénomène « pauvreté » était analysé à l’échelle individuelle ou dans le cadre du ménage. Or, les observations révèlent que de manière générale, le phénomène de pauvreté de masses est observé dans les pays en développement et la pauvreté marginale ou résiduelle étant caractéristique des pays développés. Partant de cette considération, il y a lieu de postuler que la pauvreté de masses est la résultante de la conjugaison de facteurs explicatifs de la pauvreté des sociétés (pays) et des facteurs entravant l’épanouissement des individus dans la société. Le présent point s’intéresse aux différents aspects liés à la pauvreté des masses, étroitement liée à la pauvreté des nations.

A ce sujet, il sied de mentionner que la pauvreté des nations, le reflet du contraire du développement ou de la richesse des nations, se traduit notamment par « des problèmes économiques et sociaux considérables, liés à la faiblesse des revenus de l’État et des citoyens ». Les populations des pays pauvres sont dès lors confrontées à des problèmes8 :

– D’alimentation : famines, malnutrition (alimentation insuffisante) fréquente ;
– De santé : forte mortalité infantile et maternelle, faible espérance de vie ;
– D’éducation : les taux d’alphabétisation sont souvent faibles parce que l’État n’a pas les moyens d’éduquer le nombre très important d’enfants et que les parents ne peuvent pas les envoyer à l’école ;
– D’emploi : le chômage est très important, d’autant plus que la part de jeunes adultes (qui cherchent un travail) est élevée dans la population. Beaucoup sont obligés de travailler dans l’informel ou d’exercer des «petits boulots» ;
– De logement : les conditions de vie sont très difficiles, des familles sont obligées de vivre dans la promiscuité, beaucoup n’ont pas accès à l’eau potable et à l’électricité.

8 Cette notion est développée dans l’article « Richesse et pauvreté dans le monde » qu’on peut retrouver dans le site : http://www.keepschool.com/cours-fiche-richesse_et_pauvrete_dans_le_monde.html#a1.

Ainsi, à la base de cette situation, il y a lieu de distinguer les causes naturelles des causes non naturelles.

1.1.3.1. Causes naturelles

La pauvreté de certaines nations résulte des handicaps d’origine naturelle tels la rudesse des conditions climatiques (les régions quasi désertiques sont défavorisées), le relief peu favorable (les régions de montagne sont souvent plus pauvres, comme les Andes en Amérique du Sud), la pauvreté ((infertilité) des sols (difficulté de cultiver sur les sols pauvres du Sahel en Afrique).

A ces handicaps d’ordre naturel qui défavorisent certaines nations en entravant quelque peu le processus de leur croissance ou en les prédisposant à une situation de pauvreté relative (par rapport aux pays dotés d’immenses ressources et jouissant des conditions naturelles permissives de la prospérité économique), peuvent s’ajouter des catastrophes naturelles susceptibles d’aggraver le dénuement de certaines régions (cas des inondations, des tremblements de terre, des sécheresses,… sévissant dans certaines régions du monde. L’absence des ressources naturelles et minérales (comme l’eau, le pétrole, les mines) constitue également un obstacle au développement et peut être considéré comme un facteur explicatif important de la pauvreté des nations.

Il importe toutefois de mentionner le fait que les arguments associant la pauvreté des nations à l’absence des ressources sont quelque peu remis en cause par certains pays tels que le Japon ayant réussi à se développer en l’absence des ressources naturelles sur son territoire. Il en est de même de l’Israël qui a pu transformer le désert qui couvre l’ensemble de son territoire en un verger. Cette situation contraste avec la situation de certains pays potentiellement riches et jouissant des bonnes situations climatiques de l’Afrique, à l’instar de la RDC, où la population croupit dans la misère.

Cette observation, tout en relativisant le poids des facteurs naturels dans le processus de développement des nations, mieux tout en atténuant l’incidence des handicaps naturels dans le retard de développement ou l’appauvrissement des nations, met en exergue le rôle crucial des capacités des sociétés aussi bien à surmonter les handicaps naturels qu’à transformer les potentialités naturelles en richesse effective dans le processus de leur développement.

Ainsi, c’est de l’incapacité des sociétés à surmonter les handicaps que leur impose la nature et/ou à capitaliser les potentialités naturelles que découlent les différents problèmes économiques et sociaux dont souffrent leurs populations. Cette incapacité, caractéristique des causes humaines de la pauvreté des nations, résulte à son tour des facteurs historiques, économiques et politiques.

1.1.3.2. Causes humaines (non naturelles)

Les causes humaines regroupent les facteurs historiques, économiques et politiques.

1.1.3.2.1. Causes historiques

La plupart des pays aujourd’hui développés ont connu leur essor économique entre le 18ème et le 19ème siècles et ce, suite à la révolution industrielle qui avait entraîné une transformation des structures économiques, ayant accéléré le rythme de leurs production nationales. S’ensuivirent alors les grandes batailles menées par les organisations pour arracher l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Depuis lors, les politiques publiques de ces pays s’efforcent de trouver un compromis entre les équilibres économiques fondamentaux et le bien-être social.

A l’opposé, beaucoup de pays africains qui n’ont certainement pas connu cette phase de décollage économique lié à l’industrialisation, ont été soumis au contrôle d’autres pays européens et américains à travers la colonisation. Certains chercheurs et hommes politiques élèvent la voix pour lier en partie le retard de décollage des pays africains à cette situation de colonisation.

1.1.3.2.2. Causes économiques

Les échecs des politiques publiques constituent l’un des principaux facteurs explicatifs de la pauvreté des populations, mieux de son accentuation. Ces politiques, regroupant aussi bien les politiques fiscales et/ou budgétaires, les politiques sectorielles, que celles de redistribution des revenus, impliquent des choix des priorités et des instruments qui déterminent l’orientation et l’évolution de la situation économique des nations au cours des périodes données. L’on comprend ainsi que l’irrationalité desdites politiques et/ou l’inefficacité dans leur mise en œuvre soient à la base des contreperformances économiques des nations avec corollaire les contreperformances sociales dont l’appauvrissement des populations, mieux la détérioration de leurs conditions de vie.

Aujourd’hui, l’on s’accorde sur le fait que la crise de la dette qui a frappé les pays du Tiers-Monde soit à l’origine de leurs difficultés économiques. Non seulement, la gestion de ladite crise a réorienté les priorités des pays en développement vers le remboursement de la dette aux dépens des préoccupations liées au développement mais également et surtout, elle a légitimé la mise en œuvre des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) sous l’égide des Institutions de Bretton Woods, dont les conséquences se sont révélées par la suite très désastreuses sur le plan tant économique que social. A cet effet, l’UNESCO souligne que les PAS, inspirés par la pensée selon laquelle une forte croissance induirait nécessairement une réduction de la pauvreté, ont été initiés et mis en œuvre sans prêter grande attention à l’aspect redistribution des fruits de la croissance, ou de leur impact sur la pauvreté.

Par ailleurs, il a été constaté que les politiques macro-économiques mises en œuvre dans le cadre de PAS, caractérisées par le renforcement des contraintes budgétaires à visée anti-inflationniste, ont réduit la croissance, augmenté la pauvreté, érodé les salaires des fonctionnaires, limité les investissements en matériel et en formation, diminué le nombre d’emplois dans le secteur public et fragilisé ou détruit les services sociaux qui étaient déjà structurellement insuffisants.

Cette considération a été mise en exergue par Stiglitz Joseph qui ne s’est pas réservé de qualifier les thérapeutiques du FMI des « solutions standard mais archaïques » avant de dénoncer leurs effets pervers sur les économies sous- développées, en allant jusqu’à affirmer la non prise en compte de la dimension sociale par ces programmes9.

9 A cet effet, Stiglitz dit ceci « j’ai rarement vu réaliser des études prévisionnelles et leur impact sur la pauvreté ».

C’est justement en vue de corriger ces faiblesses que vers la fin des années 80, les PAS ont commencé à intégrer les volets sociaux dans leur conception et leur mise en œuvre, pour parler ainsi de la fameuse DSA (Dimension Sociale de l’Ajustement Structurel). Cette évolution s’est poursuivie tout au long de la décennie 90 pour déboucher actuellement à l’élaboration des Documents de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté, DSCRP en sigle. Elaborés en faveur de l’Initiative PPTE, ces nouveaux instruments sont promus par les Institutions de Bretton Woods pour pallier aux lacunes établies par le PAS.

Parmi les critiques virulentes adressées à l’endroit des Institutions de Bretton Woods, en général, et aux PAS en particulier, figurent entre autres celles émises par Chossudovsky Michel (1998), pour qui, la transformation des structures de l’économie mondiale opérée depuis 1980 sous l’impulsion desdites institutions a inexorablement conduit à la mondialisation de la pauvreté.

En effet, convaincu que le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale tout comme l’Organisation Mondiale du Commerce « constituent une puissante bureaucratie internationale dont le mandat consiste à contrôler et à superviser les économies nationales », l’auteur souligne la responsabilité de ces institutions dans la destruction des systèmes internes de production des pays et, partant, dans la mondialisation du chômage ainsi que du régime des bas-salaires.

Cette considération est véhiculée par l’approche sociopolitique de la pauvreté dans laquelle la pauvreté est appréhendée comme la résultante d’un double processus de polarisation et d’intégration économique, politique et socioculturelle, qu’est la mondialisation. Cela est d’autant plus vraisemblable que ce processus génère des inégalités et valorise le profit, lequel profit se nourrit de la rareté.

1.1.3.2.3. Causes politiques

L’environnement institutionnel marqué par l’instabilité politique et les conflits armés (guerres civiles, déplacement massif des populations, pillages, etc.) peut constituer un obstacle majeur à l’essor des activités économiques ainsi qu’à la promotion du bien-être social dans un pays. A ce titre, l’instabilité politique représente un facteur explicatif de la pauvreté. La situation que traverse la RDC actuellement reflète à suffisance cet état des choses.

En effet, en période des conflits politiques, l’Etat consacre une bonne partie de ses dépenses à la stabilité et au maintient de l’ordre public et de la sécurité nationale, les dépenses liées aux secteurs sociaux et porteurs de la richesse sont ainsi évincées. Cette situation caractérise souvent les pays dits fragiles ou sortant des longues périodes des crises politiques. Dans cette condition, il est difficile voir impossible pour les pouvoirs publics de satisfaire les besoins fondamentaux des populations.

Lire le mémoire complet ==> (Pauvreté des ménages et accès aux soins de santé en république démocratique du Congo)
Mémoire en vue de l’obtention du titre de Diplômé d’Etudes Approfondies en Economie – Option : Economie des Ressources Humaines
Université De Kinshasa – Faculté Des Sciences Economiques Et De Gestion