La santé comme facteur de développement

By 26 July 2013

2.1.2.2. Santé comme facteur de développement

Les hommes politiques et les stratèges en tiennent compte depuis des lustres. En effet, améliorer l’état de santé permet de perdre moins de journées de travail et d’allonger la durée de la vie active. L’offre de travail s’entrouvre donc accrue en volume et en qualité. Aux USA par exemple, un homme âgé de 45 à 59 ans travaille 1300 heures de moins (sur une moyenne de 5000 heures annuelle) quant il est en mauvaise santé, et encore 450 heures de moins s’il est célibataires, une meilleure santé et l’aide d’une épouse facilitant la présence au travail (D.O. PARSONS, 1977). La production peut augmenter ainsi que les opportunités de formation et de promotion professionnelles, qui augmentent la productivité.

L’éradication des maladies permet souvent de développer des activités nouvelles, en particulier d’accroître les surfaces cultivées. Par exemple, la lutte contre les moustiques a conduit certains pays à reconquérir des terres inexploitées à cause de la malaria et à augmenter la production vivrière, donc le niveau de vie des paysans et la nourriture dans de nombreux pays d’Afrique. La Banque mondiale mesure bien la rentabilité financière de ce type de programmes : au Sri Lanka, entre 1947 et 1977, l’éradication de la malaria a accru le niveau de vie du pays de 9% en fin de période. J. Sachs, de Harvard, estime que la malaria, qui reste l’un des fléaux les plus répandus en Afrique, réduit le taux de croissance du Gabon de -1% par an, décourage les investissement étrangers et, en frappant les enfants, compromet les développement futur.

Le coût des soins diminue et les femmes contribuent plus à la croissance. Par exemple, un programme de vaccination contre la poliomyélite correctement appliquée présente un taux de rentabilité de 12% en Afrique. La diminution de la mortalité infantile et périnatale incite les femmes à réduire leur taux de fécondité, faisant ralentir la croissance démographique. Cet effet se révèle bénéfique dans les pays dont la croissance économique est inférieure à celle de la population, ce qui bloque la croissance et donc l’amélioration du niveau de vie. Les femmes, subissant moins de grossesses, peuvent alors participer à la vie économique, soit directement par une activité professionnelle, soit en élevant mieux leurs enfants. Cet effet, peut se révéler déterminant dans le démarrage d’un processus de croissance. Les organisations internationale considèrent aujourd’hui l’amélioration de la santé des femmes et la contraception comme un facteur décisif de croissance durable dans les pays pauvres.

A contrario, on mesure aujourd’hui l’effet dévastateur du Sida sur le potentiel de croissance de certains pays du tiers monde. Cette maladie touche en effet la population d’âge actif et d’âge à procréer : elle diminue donc le taux d’activité et l’épargne et fait un grand nombre d’orphelins. Les soins coûtent cher, même si ces pays si ces pays ne peuvent appliquer le trithérapies utilisées dans les pays développés : un malade coûte en moyenne le double ou le triple du PIB par habitant. Le budget public devra donc supporter à la fois le coût des soins, la prise en charge des orphelins et le coût de l’adaptation des techniques modernes qui devrons se substituer aux travailleurs. Avant la maladie, 1 enfant sur 50 était orphelin, aujourd’hui 1 enfant sur 10. La maladie détourne donc des ressources considérables au détriment des investissements productifs. Ces pays devront faire appel aux capitaux internationaux pour financer ces dépenses et les taux d’intérêt augmenteront, rendant les projets d’investissement moins rentables. Les investisseurs directs sont enfin moins attirés et hésitent à former la population locale dont une forte proportion meurt.

2.1.3. Théories de la croissance endogène

La santé fut longtemps ignorée dans les grands concepts et les modèles de la macro-économie et de la croissance. L’économiste ne se préoccupait guère de cette dimension, la considérant généralement comme l’une des affectations possibles des fruits de la croissance, voir plus souvent comme une contrainte budgétaire pouvant peser sur le processus d’accumulation des richesses.

L’émergence des nouvelles théories au milieu des années 1980, à la suite des premiers travaux de ROMER P. (1983), a permis de nuancer, voire de contester progressivement cette approche. Le développement des théories de la croissance endogène est en effet à l’origine de la prise en compte de la santé, aussi bien en tant qu’investissement, qu’en tant que consommation, dans la croissance économique.

Selon ce courant de pensé, la croissance est influencée par le comportement des agents économiques, et à ce titre l’évolution de l’économie a par essence un caractère endogène. D’une part, l’une de ces principales sources, le progrès technique, est désormais perçu comme un facteur déterminé par les actions des agents économiques en connaissance de cause, alors qu’il était jusqu’alors considéré comme exogène, c’est-à-dire engendre en dehors du processus de croissance et intervenant sur celui-ci indépendamment des actions des agents. D’autres part, d’autres interventions sont désormais reconnues comme influençant directement et significativement la croissance économique : les dépenses publiques, la recherche et développement et l’investissement en capital humain.

Or, ces approches révèlent que compatibles avec une analyse liant croissance et santé. en effet, c’est surtout le secteur de la santé, avec celui de l’éducation, qui intégré les principaux facteurs explicatifs de la croissance endogène, que sont la recherche, le capital humain et les dépenses publiques. Toutefois, selon les auteurs, ces dernières sont parfois considérées comme une source de croissance, parfois comme une application des théories de la croissance endogène. Nous nous plaçons ici dans le premier cas. Dès lors, on pourrait penser que la santé est un fort générateur de la croissance endogène. Ce constat pourrait constituer une aux divergences des taux de croissance entre les pays à long terme, constat qui est à l’origine des nouvelles théories de la croissance.

2.1.3.1. Dépenses publiques et santé

Certains modèles de croissance endogène reposent sur l’idée que l’investissement (y compris en capital humain) a des effets externes positifs sur les possibilités de production, ce que les firmes ne prennent pas en considération. Il appartient donc aux instances décisionnaires de l’Etat de prendre des mesures requises pour permettre une meilleures affectation inter temporelle des ressources, en fait pour favoriser la réalisation d’un montant d’investissement plus élevé, en particulier dans les domaines publics tels que l’éducation e la santé.

Les théories de la croissance endogène mettent donc en avant le rôle positif des dépenses publiques ayant un effet d’entraînement sur la croissance. Or, il suffit de rappeler l’importance du secteur de la santé dans ces dépenses pour en déduire un lien évident entre la santé et la croissance. En effet, au-delà de l’aspect productif direct de ces dépenses de santé (infrastructures, matériels, etc.), ce sont surtout les retours sur investissements à moyen et à long terme qui justifient cette hypothèse.

Cependant, ceci ne nous permet pas d’avancer l’hypothèse qu’en définitive la non maîtrise des dépenses de santé pourrait donc avoir un rôle positif sur la croissance, ainsi que sur la santé. En effet, partant du cadre économique des pays européens à savoir des systèmes de santé reposant sur le financement public ou parapublic, nous démontrons que la progression incontrôlée des dépenses de santé par rapport à la richesse nationale est non seulement néfaste pour l’économie mais en plus ce phénomène pourrait être nuisible à la santé des populations.

Toute hausse de dépenses de santé plus rapide que la croissance économique entraîne, ceteris paribus, dans un système tel que celui des pays européens, une augmentation des prélèvements obligatoires. De fait, ceci conduit inéluctablement à un ralentissement du rythme de croissance. Voici donc le premier effet néfaste sur la richesse nationale. Ensuite, les travaux sur l’influence de la médecine sur l’état de santé des populations, proposés par McKeown (1976) le premier puis repris par différents auteurs, dont le haut Comité de la santé publique, établissent très clairement que sur longue période, en moyenne, la médecine ne jouait qu’un rôle limité sur l’état de santé global des populations, de l’ordre de 10 à 20%. Et qu’en définitive, les 80 ou 90% restants étaient constitués des variables dites environnementales ou socio-économiques. Bien évidemment, ces conclusions sont à nuancer selon les périodes étudiées (rôle de la vaccination, des antibiotiques, de l’imagerie médicale, etc.), mais dans l’ensemble le rôle de la médecine reste limité dans nos pays comme nous pouvons le constater au cours de deux dernières décennies.

Dès lors, laisser croître les dépenses de santé publiques à un rythme supérieur à celui de la richesse nationale entraîne une détérioration de l’économie (par rapport à une trajectoire optimale) qui se répercute sur les variables socio-économique (revenu, chômage, conditions de vie) et in fin joue un rôle négatif sur l’état de santé global des populations. Les gains d’état de santé réalisés grâce aux dépenses supplémentaires, à supposer qu’il existe ce qui n’est pas toujours démontré, ne suffiraient donc pas à compenser l’effet négatif de la détérioration de l’économie sur la santé.

Conclusion partielle :

Le présent chapitre a porté sur les généralités conceptuelles. On a passé en revue différents concepts clés de l’étude. Ainsi, les grands concepts traités sont, la pauvreté et la santé. En ce qui concerne le concept de la pauvreté, il est apparu que c’est un concept multidimensionnel, qui peut être appréhendé sous plusieurs angles. C’est ainsi qu’on a passé tour à tour la dimension monétaire et non monétaire ainsi les indicateurs qu’on utilise souvent pour saisir le niveau de pauvreté d’une personne ou d’un ménage.

Le concept de la santé aussi a fait l’objet de ce chapitre. Plusieurs définitions de la santé sont fournies pour élargir le champs d’investigation et de compréhension de ce concept qui revêt plusieurs facettes. Enfin, un lien entre la croissance économique et la santé est établi pour voir dans quelle mesure la santé contribue au développement économique d’un pays.

Lire le mémoire complet ==> (Pauvreté des ménages et accès aux soins de santé en république démocratique du Congo)
Mémoire en vue de l’obtention du titre de Diplômé d’Etudes Approfondies en Economie – Option : Economie des Ressources Humaines
Université De Kinshasa – Faculté Des Sciences Economiques Et De Gestion