La praticité d’Internet : rapidité et facilité d’accès

By 2 July 2013

3.1.4. La praticité d’Internet : rapidité et facilité d’accès

Il nous faut évoquer ici la notion de « nouvelle temporalité » développée par Jean Pierre Boutinet (2010). En effet la compréhension du monde dans lequel nous évoluons passe par la compréhension des temporalités qui l’organisent car elles sont constitutives des situations auxquelles sont associées nos formes de comportements. Ainsi, Jean Pierre Boutinet nous décrit de nouvelles temporalités : celles du « présentéisme exacerbé, du temps accéléré, de l’immédiateté, de l’instantanéité et de l’urgence », qui se déploient sous une nouvelle culture postmoderne de communication, étant liée elle-même à toutes les mutations technologiques « amenant à une maîtrise spectaculaire dans la circulation des informations et de leurs échanges ». De ce point de vue, l’irruption des nouvelles technologies, et notamment d’Internet, a directement affecté nos cadres de vie et les nouveaux modes communicationnels qui l’accompagnent ; qu’ils soient cause ou effet, ils sont étroitement liés aux nouvelles temporalités postmodernes. C’est un élément qui, bien qu’il ne soit pas vraiment ressorti de notre sondage parmi les éléments importants dans la recherche d’information, a été largement évoqué lors des entretiens. Pour beaucoup il s’agit en premier lieu d’une contrainte physique, en effet nombreux sont les jeunes qui soulignent la facilité d’accéder directement chez soi aux informations sans avoir à se déplacer :

« On ne se déplace pas, oui un bon ingénieur est faignant» Jack, 25 ans, Salarié

« Internet c’est facile et très « malléable », on l’a a la maison, on peut faire nos recherches tranquillement de chez nous, naviguer pour trouver des compléments d’information si besoin, et puis faire autre chose en même temps. Si je me rend dans une structure je vais devoir faire que ça pendant un certain temps disons : de 14h a 17h je cherche un travail, c’est un peu ennuyeux et laborieux, il faut s’y rendre c’est pas toujours évident, tandis que chez soi, on a tout a portée. » Julie, 23 ans, Étudiante

« Sur internet est très simple et rapide, on peut relever des numéros rapidement et envoyer des CV très vite » Adrien, 21 ans, Étudiant

En d’autres termes, sur Internet les jeunes n’ont pas à sélectionner l’information, ils sont « passifs » et n’ont pas à s’investir autant qu’ils devraient le faire dans une relation de face à face avec un conseiller.

Certains soulignent, au-delà du simple aspect pratique d’Internet, les contraintes horaires des structures et donc, par voie de fait, l’intérêt de la « disponibilité » qu’offre Internet :

« Il n’y a pas de contraintes d’horaire. Alors que se rendre directement dans la structure nécessite de s’organiser un minimum avec les cours, les horaires de fermeture etc.» Alexandra, 22 ans, Étudiante

« La disponibilité évidement me parait être l’argument majeur de l’internet en effet, les structures ferment souvent tôt, ce sont des horaires basiques ou des jeunes étudiants par exemple en quête d’un petit job, ne peuvent pas forcément se rendre. Internet est alors un véritable atout pour avoir tout sous la main tout le temps. » Jessica, 20 ans, Étudiante

« Le problème est aussi dans la flexibilité des horaires, sur internet tout est tout le temps disponible. » Rémi, 19 ans, Étudiant

«Internet a le merveilleux avantage d’amener à la maison toutes les informations nécessaires nous permettant d’éviter de devoir prendre la voiture, le métro ou le bus, bref se déplacer pour chercher ces informations » Thomas, 25 ans, Salarié

3.1.5. Un outil de communication et de divertissement

« Par sa rapidité, sa facilité, les possibilités d’aller à la rencontre de l’inconnu, la communication apparaît aux jeunes comme l’aspect le plus séduisant d’Internet » déclarait déjà il y a 8 ans l’étude d’Évelyne Bevort, Isabelle Breda et Thierry De Smedt (2003). Aujourd’hui l’aspect communication, divertissement et réseau que présente celle que l’on appelle la « toile » à juste titre, est toujours très présent ; c’est ce que souligne notre sondage: avec des activités principalement tournées vers le « ludique » : la communication et la participation à des réseaux sociaux arrivent en tête de liste. Il nous faut également préciser que c’est l’usage d’Internet qui en provoque l’apprentissage ; cette enquête du CLEMI (Bevort, Breda, De Smedt, 2003) révélait à ce propos que pour beaucoup de jeunes, le rôle des pairs est extrêmement important : il s’agit d’un apprentissage de l’Internet par identification45.

Corinne Martin (2003)46 nous rappelle à ce propos que la famille contemporaine mêle aujourd’hui autonomie et individualisme tout en restant un « tout », et que les technologies actuelles s’y prêtent : Internet est un terrain adéquat à l’oscillation entre moments de repli et moments de communication, tandis que le portable permet quant à lui l’accès à sa propre sociabilité sans passer par le téléphone commun du foyer. Ces technologies permettent donc une forme de rupture avec l’enfance en faisant prendre conscience au jeune de son nouveau statut d’individu autonome, ce qui va bien sûr influencer tout le monde de communication et de socialisation par lequel il va ensuite accéder à la vie « adulte ».

Pierre Mercklé (2011), nous décrit d’ailleurs un changement radical des pensées avec l’avènement d’Internet : « on parle de l’avènement d’une nouvelle sociabilité, profondément transformée et renouvelée ; Internet s’est imposé de façon massive comme une technologie multiforme de communication interpersonnelle ».

Au-delà de cette liaison entre nouvelles technologies, nouvelles temporalités et nouveaux modes de communication, s’ajoutent les qualités ludiques des TIC. Il y a d’une part un aspect toujours plus portable et transportable des téléphones et des ordinateurs : toujours plus légers, toujours plus design, toujours plus outillés… et d’autre part, il y a Internet. Il semble en fait selon certaines études, que l’engouement pour les aspects d’Internet, désigne moins ses fonctionnalités que la manière de s’en servir ; car Internet offre une toute nouvelle dimension, celle du pilotage : c’est l’utilisateur qui décide de ce qu’il veut faire/voir/entendre, c’est un outil qui peut donc combiner recherche et communication, dans un principe de jongle permanente entre les fonctions qu’il offre, sur un fond de loisir.

Il semble alors peu surprenant que le face-à-face soit aujourd’hui beaucoup relayé par des échanges sur la toile. Et ces échanges se jouent aujourd’hui principalement via les réseaux sociaux en ligne, qui sont vecteurs de nouvelles sociabilités ; Internet serait alors comme une sorte d‘amplificateur des liens existants. Tout l’attrait d’Internet réside donc dans son aspect ludique : sa praticité alliée à son principe d’interactivité ; l’utilisateur peut agir, discuter, diriger lui-même ses opérations, il choisit le mode de consultation désiré et généralement, il « navigue » :

Mais du coup qu’est-ce qu’Internet propose de plus que les structures selon toi?

« internet est plus facile d’accès, on peut aller regarder le site de chez soi, sans avoir forcément d’idée précise de ce qu’on cherche, naviguer d’un site à l’autre, chercher un complément d’information, etc. » Sarah, 23 ans, Étudiante

« C’est une bibliothèque géante qui te permet aussi de jongler avec d’autres application… alors que demande le peuple ? (…) C’est la navigation, tu peux faire autre chose à coté, discuter avec tes amis par exemple, en même temps que tu collecte des informations sur un organisme, que tu les mets directement dans la lettre de motivation… » Julie, 23 ans, Étudiante

Au regard de ces éléments, on comprend qu’Internet constitue aujourd’hui un aspect inéluctable lorsque l’on aborde la question du processus d’autonomisation des jeunes. Notre hypothèse de départ selon laquelle les jeunes qui utilisent fréquemment Internet (plus de deux heures par jour) vont avoir tendance à utiliser ce moyen dans leurs recherches, qu’il s’agisse d’emploi, formation ou logement, est vérifiée mais elle n’entre pas en contradiction avec le fait que les jeunes moins fervents utilisateurs d’internet, mobilisent tout de même ce moyen dans leurs recherches ; ni avec le fait que les « adeptes du net » peuvent être en demande d’un contact directe avec un organisme, il s’agirait donc de « profils » de jeunes enquêtés et non d’une démarcation claire et limpide entre « les accrocs du net », peu enclins à se déplacer, et le public des structures des organismes.

Lire le mémoire complet ==> (Usage des technologies de l’information et de la communication dans la recherche d’emploi et de logement chez les jeunes)
Master 2 GLECOP – Mémoire Recherche – Action
Université de Toulouse Le Mirail