La notion d’erreur par rapport au cadre déontologique

By 23 July 2013

2-1 La notion d’erreur par rapport au cadre déontologique

Dans les exemples de situations que je donnerai, les interprètes se sont écartés du code déontologique en manquant de neutralité et/ou de fidélité. Par exemple, certains interprètes ont employé le pronom personnel « il » à la place du pronom personnel « je », d’autres se sont directement adressés à l’un des deux locuteurs en situation, ou bien encore certains interprètes ont exprimé leur ressenti personnel en situation d’interprétation.

Ils ont enfreint la neutralité et/ou la fidélité, donc nous sommes bien dans une situation d’écart déontologique. Afin de clarifier cette notion d’erreur, nous allons nous appuyer sur la définition donnée par D-C Bélanger. Selon cet interprète :

« L’erreur est la partie observable d’un comportement jugé fautif. Il y a faute par rapport à quelque chose qui est considéré être correct. Il y donc un regard (extérieur ou intérieur) qui décide et juge. Or, pour juger il faut une norme, un canevas »23.

Nous partirons du postulat suivant : pour étudier nos situations, « cette norme, ce canevas » sera représenté par le code déontologique définit par l’AFILS, qui est le cadre de référence structurant notre pratique.

Selon D-C Bélanger, l’erreur est « soit une interprétation soit un comportement qui se trouve trop éloigné par rapport à ce que l’on s’attend à voir produire »24.

22 Bélanger. D-C (novembre 1997) : Typologie des sources d’erreur en interprétation, Paru dans le lien, bulletin de l’AQIFLV.
23 Bélanger. D-C (novembre 1997) : Typologie des sources d’erreur en interprétation, Paru dans le lien, bulletin de l’AQIFLV.
24 Bélanger. D-C (novembre 1997) : Typologie des sources d’erreur en interprétation, Paru dans le lien, bulletin de l’AQIFLV.

Lors d’une situation d’interprétation, nous nous attendons à voir un interprète qui respecte la neutralité et la fidélité. Comme cela est dit dans l’ouvrage intitulé « L’interprétation en langue des signes » :

« Un interprète doit transmettre le message avec fidélité, sans déformer d’aucune manière le discours de l’intervenant […] le bon interprète ressemble à un bon comédien qui ne se contente pas de réciter mécaniquement son texte et qui, avec son style propre et sa personnalité, joue en utilisant une gamme de variations émotionnelles, nécessaires à la bonne transmission du message d’origine »25.

Or, nous verrons au travers des situations relevées que les interprètes s’éloignent du cadre déontologique. Nous qualifierons cet écart d’erreur déontologique.

Il est important de préciser que les erreurs commises ne sont pas la preuve de l’incompétence des interprètes mais le signe d’une difficulté rencontrée. Il me semble donc intéressant de questionner ces erreurs et de s’interroger sur ce qui peut les provoquer et sur leurs conséquences. Comme le précise D.C Bélanger :

« L’erreur n’est qu’une production de surface : c’est un symptôme ou plutôt un indice de ce qui se passe à des niveaux plus profonds »26.

Dans la plupart des entretiens réalisés, les interprètes m’ont rapporté leurs expériences dans des situations exceptionnelles. Il s’agit de situations dans lesquelles les locuteurs se sont retrouvés dans des circonstances liées à une émotion intense.

Comme nous avons pu le voir en première partie, les interprètes considèrent le code déontologique comme : le garde-fou, le cadre de référence, des règles d’or. Par rapport aux trois règles du code, une interprète déclare :

« On ne doit absolument pas y déroger mais il ne faut pas que ce soit un carcan qui nous limite. On se doit d’être humain…on existe en tant qu’être humain et il est difficile parfois d’évacuer tout l’affect ».

Dans des contextes qui rendent difficiles le travail de l’interprète ce code peut parfois être interrogé. Nous allons essayer de comprendre dans quelles circonstances l’interprète peut être pris dans des situations délicates qui l’amènent à s’écarter du code.

25 Bernard A & Encrevé F & Jeggli F. (2007 : 71), L’interprétation en langue des signes, Paris, Presses Universitaires de France.
26 Bélanger. D-C (novembre 1997) : Typologie des sources d’erreur en interprétation, Paru dans le lien, bulletin de l’AQIFLV.

J’attire l’attention sur différents paramètres qui sont présents et qu’il faut prendre en compte lors de situations d’interprétation. Avant d’analyser les situations que je qualifie de « délicates », nous pouvons rajouter que le respect seul du code déontologique n’est pas le garant d’une bonne interprétation. C’est à dire qu’il existe d’autres paramètres qui peuvent intervenir sur le résultat d’une interprétation : la maîtrise des langues, l’adaptation au milieu et aux personnes présentes, la préparation des contenus, l’emplacement ou l’organisation dans le travail.

Pour cette étude de situations, nous verrons que les interprètes n’ont pas été confrontés à une incompréhension du discours. De même, ils n’ont pas rencontré de souci technique tel qu’un problème d’éclairage, de positionnement, de tenue vestimentaire inadaptée, etc.

Cependant, j’ai constaté des écarts vis-à-vis de la neutralité et de la fidélité que vais analyser maintenant.

Lire le mémoire complet ==> (La gestion de l’affect chez l’interprète en langue des signes française/français)
Mémoire Professionnel en vue de l’obtention du Master “Arts, Lettres, Langues et Communication”
Mention “Sciences du Langage” – Spécialité ‘Interprétariat Langue des signes française <=> français’
Université Lille III – SERAC- Formation