La notion de fidélité, la déontologie des interprètes

By 23 July 2013

1-2-3 La notion de fidélité

L’interprète doit saisir le sens du discours pour le traduire vers la langue cible. L’interprète doit donc comprendre le message énoncé. Il ne doit pas traduire les mots mais bien le sens. Sans cela, il ferait du transcodage, ce qui n’est pas l’objectif de l’interprétation.

Comme le précise Seleslovitch. D, interprète de conférence et professeur à l’université Paris III de l’ESIT (Ecole Supérieure des Interprètes et des Traducteurs), la fidélité, consiste à interpréter dans une langue, et au plus juste, le « vouloir-dire » du locuteur. Elle précise que : « Le « sens » du message est au cœur de tout processus interprétatif et que la pensée est non verbale »13 en effet, « interpréter, ce n’est pas seulement comprendre les mots, mais comprendre à travers les mots le vouloir dire de celui qui parle, c’est ensuite l’exprimer de façon intelligible »14

Etre fidèle, c’est ne rien retrancher ni ajouter au discours. Pour respecter la notion de fidélité, L’interprète ne doit ni résumer, ni paraphraser, ni exagérer. Il doit bien faire attention de ne pas changer le sens de l’information communiquée. Il doit interpréter tout ce qui est dit : il ne lui appartient pas de déterminer ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas.

L’interprète se doit de traduire fidèlement le message du locuteur : une réflexion personnelle qu’il doit saisir.

L’interprète agit certes comme un filtre dans son interprétation mais celui-ci est au service du discours des interlocuteurs. Comme cela est précisé par Jean Dragon, « L’interprète a pour rôle de permettre le dialogue entre, au moins, deux interlocuteurs. Il doit être transparent. Bien sûr la manière dont il traduit, légèrement différente d’un interprète à l’autre, laisse toujours passer un peu de subjectivité. Cependant, il doit veiller à ce que cela ne déforme pas l’intention des locuteurs ».

Nous allons voir maintenant que la fidélité induit parfois un questionnement : en effet, l’interprète doit être fidèle, mais jusqu’à quel point ? Je signifie par là qu’il n’y a pas unanimité dans la profession.

Lors de mes entretiens, certains interprètes ont expliqué qu’il est important de pouvoir retranscrire l’intonation et le rythme du locuteur alors que d’autres estiment que cela n’est pas utile et que seul le sens des propos est important dans le respect de la fidélité.

J’ai pu relever la réflexion suivante lors d’un interview :

« Je ne sais pas jusqu’à quel point être l’autre dans mon rendu, jusqu’où je peux aller dans la manière d’être ? ».

D’après cette personne interrogée, lorsqu’une personne s’exprime avec un débit rapide ou lent, l’interprète doit faire ressentir cette expression dans l’élocution via son interprétation. De même lorsque le locuteur utilise un certain style (voix calme ou stressée, personne posée ou pas, etc), l’interprète estime que ces points caractéristiques doivent être présents dans l’interprétation.

Ici, la fidélité ne se résume donc pas à respecter seulement le sens du discours du locuteur mais également à suivre son intonation et son rythme.

Par ailleurs, un autre interprète m’expliquait lors d’un entretien qu’ : « Il y a des interprètes qui sont plus sur le sens et qui vont moins être sur l’intonation du discours ». Ainsi, il ne traduirait pas une personne qui parle vite en mâchant ses mots comme une personne qui parle lentement. De même, selon lui, si le locuteur est hésitant, à la recherche de ses mots, ou encore se montre arrogant, l’interprète doit être attentif à faire transparaître cette façon d’être dans son interprétation. Un peu plus loin, il rajoute : « nous avons tous une façon de parler différente : la voix donne des indications, les signes donnent des indications ».

Tous les interprètes n’ont pas la même façon de penser au sujet de la fidélité des propos. Certains interprètes affirment que seul le sens des propos fait partie intégrante de la fidélité alors que d’autres estiment que l’intonation, le rythme du locuteur font également partie de la fidélité.

Nous retiendrons que la fonction expressive décrite par Roman Jakobson et reprise dans l’ouvrage « L’interprétation en langue des signes »15 illustre l’idée que la pensée, l’attitude, l’émotion, l’intonation, le timbre de la voix, ou la façon de signer (lente, vive, triste, enjouée…) fait partie intégrante du message entre le destinataire et le destinateur. De même, la fonction poétique comprend la forme que l’on donne au message, le ton, la hauteur de la voix ou l’intensité des signes.

Autrement dit, les paramètres précédemment discutés par les interprètes semblent nécessaires pour être fidèle au message.

15 Bernard A & Encrevé F & Jeggli F. (2007 : 75), L’interprétation en langue des signes, Paris, Presses Universitaires de France.

Aux vues des entretiens et de ma réflexion il me paraît donc important que l’interprète axe son interprétation en traduisant intégralement le discours sans rien omettre ni rajouter et en suivant aussi l’intonation et le rythme etc du locuteur dans la mesure où ces éléments influencent le sens du discours. Ceci étant, l’interprète ne doit pas sur-interpréter le discours en prêtant telle ou telle motivation au locuteur.

Ainsi, la notion de fidélité du message en interprétation ne va pas de soi, même si, telle qu’elle est définie dans le code éthique de l’AFILS, elle semble simple d’application et ne suscite pas de débat (voir p.8 article 2)

Pourtant, nous venons de voir que la notion de fidélité peut être perçue différemment. Autrement dit, la fidélité est une notion bien relative en fonction des interprètes.

Jusqu’à présent, nous avons défini et exploré les deux notions du code déontologique que sont la neutralité et la fidélité. Nous allons analyser maintenant comment, d’un point de vue technique, un interprète s’approprie le discours lors de son interprétation.

Lire le mémoire complet ==> (La gestion de l’affect chez l’interprète en langue des signes française/français)
Mémoire Professionnel en vue de l’obtention du Master “Arts, Lettres, Langues et Communication”
Mention “Sciences du Langage” – Spécialité ‘Interprétariat Langue des signes française <=> français’
Université Lille III – SERAC- Formation