La formation des enseignants, le personnel et l’outil courrier

By 26 July 2013

4.2.1.2. Les enseignants

Tous les enseignants que j’ai interrogés utilisent le bureau virtuel de Lyon. Dans l’ensemble ils sont tous d’avis que le bureau virtuel a son utilité et un intérêt (à un degré divers) dans leur enseignement, du moins dans leur travail d’enseignant.

Ils se répartissent entre ceux qui par volonté se sont mis très vite au BV et ceux qui s’y sont mis par nécessité.

Les enseignants interrogés utilisent principalement l’outil « mail » et l’outil « groupe » pour mettre en ligne des documents. Il faut toutefois mentionner que certains utilisent plutôt la plateforme de cours.

Ceux qui se sont davantage tournés vers la plateforme

Faisant partie des pionniers du bureau virtuel, Chavagne s’est à présent orienté vers la plateforme. Il a essayé tous les outils du BV, mais a rapidement cessé d’utiliser les fonctions chat, forum et favoris, dont personne ne se servaient. Maintenant, il n’utilise pratiquement plus l’outil mail, car trop lent à son goût. À son avis le BV doit encore évoluer. Il s’est tourné vers la plateforme, puisque selon lui elle était au départ destiné à remplacer le bureau virtuel. Chavagne précise que cela n’a finalement pas été le cas, car le BV permet des usages différents et plus personnels. Il ne l’utilise que dans une moindre mesure.

Depuis le début du Webetu, que ce soit BV ou plateforme maintenant, Chavagne trouve qu’il n’y a pas de coopération avec le Sentier.

Legriel se sert aussi de la plateforme, mais il estime qu’il n’a pas une vision d’ensemble de l’intranet et que son utilisation est compliquée. Il pense que c’est une question de génération.

Pour ces professeurs, la plateforme correspond plus à leurs attentes que le BV. Pour les autres, la plateforme est plus complexe, elle demande donc un surcroît de travail.

Ceux qui utilisent le BV

A contrario, le BV est pour Girbig un outil qui accompagne son cours et dont il ne peut plus se passer. Rozzonelli estime que l’intérêt est dans le lien entre tous les outils du BV. Elle ne se considère plus seulement comme un fournisseur de savoir, mais aussi comme guide.

L’outil courrier

L’outil mail est aussi très utilisé entre enseignants, particulièrement en langues. La salle des professeurs était avant le moyen de rencontre de tous les enseignants de langues, maintenant ils se voient moins car l’enseignement des langues se fait dorénavant dans deux bâtiments : Europe et Filtre181. Le mail a pris le relais, prenant parfois la forme d’une conversation. Les enseignants répondent en faisant suivre le mail aux autres. L’outil mail permet donc une communication plus rapide au sein du centre de langue, marquant une modification assez grande à ce niveau-là. Il est également utilisé pour l’échange de documents ou les convocations aux réunions.

Lorsqu’ils utilisent le mail du BV, certains l’utilisent sans restrictions, d’autres en font une utilisation volontairement limitée.

La remarque de Girbig selon laquelle cet outil ne fonctionne que si les étudiants l’utilisent, semble évidente au premier abord. Pourtant, selon Chavagne rare étaient les étudiants disposant d’une adresse mail en 99, le virage ayant eu lieu il y a sept ans. L’arrivée du bureau virtuel et surtout la mise en place d’une adresse mail pour chaque étudiant ont beaucoup fait évoluer la situation en facilitant les choses.

Les réponses aux étudiants sont limitées en nombre par certains professeurs qui ont des problèmes de quantité de mails. Certains n’en ont pas. Il faut noter que ceux qui ont beaucoup d’étudiants n’ont pas forcément beaucoup de mails. Les étudiants n’ont pas forcément l’initiative des mails.

Par ailleurs, sans la mise en ligne de documents sur les groupes, Didier pense qu’elle recevrait beaucoup plus de mails étudiants. Pour Rozzonelli, il est important que dans un mail la netiquette182 soit respectée et que l’orthographe soit correcte.

Legriel n’utilise pas naturellement et facilement l’outil mail, au même titre que l’informatique en général. Étant entre autre enseignant référent, il estime que ce moyen de communication est intéressant dans ce cadre. Néanmoins il estime, au même titre que ses collègues, que le contact direct en face à face reste important, certaines choses ne pouvant s’écrire.

L’outil groupe

Entre enseignants, l’outil groupe est de même beaucoup exploité pour mettre à disposition des documents pédagogiques modifiables tels que : des préparations au cours, des supports vidéo et audio. Ils souhaitent qu’à l’avenir ces groupes soient aussi à destination des vacataires.

A destination des étudiants et dans un contexte pédagogique, l’outil groupe est celui qui est mis essentiellement à contribution. Celui-ci leur permettant de mettre en ligne les cours et préparation aux cours, des compléments, des photos, des documents audio et vidéo, mais aussi le calendrier, les consignes. Ils font aussi déposer des enregistrements audio par les étudiants. C’est une des particularités des enseignants de langues. Nous remarquons par contre que personne n’utilise le BV dans le cadre des cours mêmes, à défaut de connexions aux réseaux dans les salles, exception faite du bâtiment Filtre.

Plus largement, l’outil groupe permet et facilite un suivi nécessaire des étudiants lorsque les cours n’ont lieu que tous les quinze jours. C’est aussi un gain de temps par rapport aux étudiants arrivant en cours d’année, l’enseignant n’ayant pas à se répéter à plusieurs reprises.

De plus, il améliore l’autonomie des étudiants, sauf pour les premières années pour qui elle est encore à acquérir. A ce sujet Chavagne juge les étudiants pas assez autonomes et critiques, agissant selon les strictes consignes des professeurs. Selon Taylor c’est plutôt la plateforme qui permet le travail en autonomie. Il mentionne la préparation au Clès183, cadre dans lequel le travail autonome ne pose pas de problème, car les étudiants y sont obligés et les mêmes types d’exercices sont faits en cours.

Néanmoins, la plupart des enseignants interrogés trouvent que les limites de chargement et de personnes pouvant s’inscrire dans un groupe, restreint et freine aussi l’usage pédagogique du bureau virtuel.

Travaillant principalement sur la plateforme, il est toutefois intéressant de voir la démarche que Legriel a mise en place. L’enseignement pour Legriel est surtout un échange d’informations et non de connaissances. Son cours est très interactif, puisqu’il utilise des diaporamas (PowerPoint), des palettes graphiques sur lesquels il intervient directement en cours. Sa conception du cours est fondée sur le dialogue, c’est-à-dire « à l’américaine ». Son principe de fonctionnement avant le Webetu était de faire signer un contrat de travail systématique hebdomadaire à des étudiants volontaires. En contrepartie, les étudiants obtenaient des points en plus à leurs partiels. Son idée est de reprendre ce système en version informatisée sur la plateforme. Ainsi chaque semaine, les définitions et les réponses envoyées par les étudiants volontaires serraient traités en amphis.

La formation des enseignants

Peu, voire quasiment pas de formations en matière de TIC et a fortiori concernant le BV sont proposés aux enseignants par l’université. Les formations existantes sont très courtes et pas structurées entre elles. Il s’agit soit d’une journée ou demi-journée, soit d’une plaquette d’information distribuée par le Sentier. Mais c’est surtout avec l’aide des collègues que la plupart des enseignants disent avoir pris connaissance des « astuces » de cet outil et de son utilité dans leur enseignement. Quant à Legriel, il s’est vu proposer des stages au CNRS, trop nombreuses et trop « molles ». Il lui semble que cela correspond plus à une mode.

Selon Bozon-Patard, une bonne utilisation du BV nécessite une formation pour les enseignants. Chavagne témoigne d’autant plus que certains ne savent pas utiliser le mail.

Enfin Taylor s’interroge sur la faisabilité des formations. La formation pour la plateforme qui lui a été proposée, n’est pas adaptée à son emploi du temps, ni aux enseignants à plein temps en général.

Les effets négatifs du BV et de la plateforme sur les étudiants

L’informatique et les outils mis en place représentent selon Legriel des conditions « extraordinaires et idéales » pour les étudiants. Néanmoins deux problèmes y font obstacles.

Premièrement, « les étudiants sont très inégaux devant l’outil » que se soit au niveau de l’équipement que de la maîtrise de l’informatique. Pour Taylor c’est un prétexte utilisé par certains étudiants chez qui persistent des blocages, malgré le stage TICE. Pour remédier à ce déséquilibre d’équipement, Legriel souhaite obliger les étudiants à travailler sur le campus. Ce qui, comme il le mentionne, n’est pas dans « l’esprit » du BV. Didier fait juste état de difficultés au début du premier semestre, le BV étant peut-être un changement de plus à intégrer pour les nouveaux étudiants.

Deuxièmement, Legriel déplore que les étudiants impriment les documents en ligne sur la plateforme au lieu de travailler directement dessus. D’autant plus que les étudiants récupèrent et impriment les documents, mais ne prennent plus de notes en cours. Legriel insiste sur l’importance de l’écoute. En effet, la mémorisation en pâtit et les cours ne sont pas bien acquis. Selon lui un étudiant mémorise bien s’il entend le cours une fois, le note et le réécrit. Bozon-Patard fait remarque que lorsque les étudiants ont pris leurs habitudes avec l’outil groupe du BV, ils attendent de récupérer les cours, provoquant un manque d’attention de leur part en cours. Par ailleurs, les documents mis en ligne via le BV demandent un effort de lecture qui pose problème, puisque certains étudiants ne les lisent pas, les trouvant trop long.

Ainsi, selon Legriel, le bureau virtuel et la mise en ligne de documents sont des pièges pour les étudiants et mettent « à genoux » ceux d’entre eux qui ne sont pas réellement motivés. À l’écouter, leur motivation n’est pas à la hauteur des moyens mis à leurs dispositions. Pour lui, les étudiants d’aujourd’hui ont une attitude consumériste et utilitaire vis à vis à leur formation et donc au Webetu. Il ne s’agit plus pour eux d’être curieux, mais d’obtenir leurs diplômes. Les étudiants n’auraient plus la motivation liée à l’envie de connaître et aux savoirs. C’est là que se situerait un grand piège pour les étudiants. En effet, Legriel constate un écart entre ce qu’un enseignant peut attendre d’un élève et ce que celui-ci produit, sachant que le BV permet l’augmentation des capacités pour les enseignants. Legriel fait remarquer que cela est d’autant plus le cas que le niveau demandé aux étudiants aujourd’hui est bien plus élevé que celui des étudiants d’il y a vingt ans, pourtant sélectionnés à l’époque. Les étudiants risquent donc d’être dépassés par le niveau s’ils s’attendent à un outil ludique et de plaisir.

4.2.1.3. Le personnel

Les responsables interrogées ne tarissent pas d’éloges à propos du projet ENT de Lyon II. Basée sur le volontariat et étant site pilote sur ce projet, il est décrit comme avant-gardiste et visionnaire. Aux dires de Levadoux c’est le vice-président, Alexandre Bonucci, qui en est à l’origine. Lui-même enseignant, il est féru en informatique et à l’affût des TICs.

Devançant l’appel ministériel, l’université est attendue au tournant, notamment par les autres universités françaises. Aux détracteurs, les responsables répondent que le quotidien leur à donner raison, puisqu’un tiers des utilisateurs se connectent au BV en dehors des heures d’ouverture de l’université.

Ce projet n’étant pas financé par des entreprises « malheureusement ou heureusement »184, le rôle des politiques est important dans la mise en place. Le ministère ayant financé ce projet, il souhaite des résultats et l’université Lyon II doit donc faire face à des enjeux importants.

La mise en place de L’ENT est l’aboutissement d’une volonté de simplifier l’organisation de l’université et l’activité des divers acteurs la composant, en prenant en compte aussi les différents types de cursus et d’handicaps. L’ENT n’est donc pas que de la technique, c’est aussi une « philosophie » et des principes.

L’ENT de Lyon II n’est pas envisagé comme une solution omnipotente et indispensable. La volonté des responsables était de mettre en place des outils qui répondent aux besoins d’un enseignement enrichi, ainsi que d’une pédagogie supportée par les TICs. Ces dernières sont jugées pouvoir apporter de la souplesse et de la régularité à l’enseignement. Les étudiants pourraient ainsi travailler selon leurs disponibilités et à leur rythme tout en réajustant les connaissances en TD.

Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, l’ossature de base de l’ENT est un concept commercial qui est acheté clé en main. Le travail du Sentier était de relier ces outils entre eux selon plusieurs principes. L’idée était de rassembler des outils sur une seule page Web (un « portail ») avec un seul mot de passe, l’intérêt étant de les rendre interopérables entre eux, privilégiant ainsi des usages transversaux. Chaque outil doit garder un fonctionnement autonome afin d’être interchangeable. Ils doivent remplir leur fonction propre sans essayer de tout faire. Les outils du BV et en général les outils intégrés à l’ENT sont choisis à partir des apports que les technologies peuvent amener à l’enseignement, par de nouvelles manières d’enseigner ou par simplification du travail. Les fonctionnalités proposées doivent répondre aux attentes des étudiants, des enseignants et des responsables de l’université. Selon Truchaud, les outils évoluent soit par le fait de la société, soit par la politique interne de Lyon II. En effet, dans l’ensemble il s’agit de constats fait sur le terrain, puis d’une rationalisation des besoins pour proposer des solutions. Toutefois, tous les besoins ne peuvent être couverts.

Lire le mémoire complet ==> (Les TICs et l’enseignement : le cas du bureau virtuel de l’université Lyon II)
Mémoire de fin d’études
Université Lyon II : Institut de la communication