Gestion de l’affect chez l’interprète en langue des signes française/français

By 23 July 2013

“… professionnels m’ont fait part de leurs expériences de situations délicates. J’ai également proposé un questionnaire via des forums d’interprètes, sur la gestion de ses émotions.

L’intérêt est de comprendre quels ont été les choix et les positionnements adoptés…”

Université Lille III
SERAC- Formation

Mémoire Professionnel en vue de l’obtention du Master “Arts, Lettres, Langues et Communication”
Mention “Sciences du Langage”

Spécialité ‘Interprétariat Langue des signes française <=> français’

La gestion de l’affect chez l’interprète en langue des signes française/français

Soutenu par Sylvie BOULET Septembre 2008

Table des Sigles
* AFILS Association Française des Interprètes en Langue des Signes
* ANFIDA Association Nationale Française des Interprètes pour Déficients Auditifs
* CPSAS Centre de Promotion Sociale des Adultes Sourds
* DDASS Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales
* ILS Interprète en Langue des Signes
* INJS Institut National des Jeunes Sourds
* LSF Langue des Signes Française

Remerciements
En préambule à ce mémoire, je souhaite adresser ici tous mes remerciements aux personnes qui m’ont apporté leur aide et qui ont ainsi contribué à l’élaboration de ce mémoire.
Tout d’abord Madame Georgette Dal et Madame Odile Baudemoulin-Moreau, directrices de ce mémoire, pour leurs conseils et pour le temps qu’elles ont bien voulu me consacrer.

J’exprime ma gratitude à tous les interprètes qui ont accepté de répondre au questionnaire ou de participer aux entretiens.
Enfin, je remercie tous mes proches et amis qui m’ont toujours soutenue et encouragée au cours de la réalisation de ce mémoire.

Introduction

Les interprètes en Langue des Signes Française/français rencontrent des situations d’interprétation diverses dans leurs pratiques professionnelles. En effet, leur profession les amène à côtoyer, tous les jours, différentes personnes, à se retrouver dans tous types de contextes (du juridique au médical en passant par l’institutionnel etc) et à traduire une grande variété de discours. Cette polyvalence est une richesse et dans toutes ces expériences, il existe des situations d’interprétation émotionnellement fortes. Même si cela reste subjectif, je sous-entends des situations qui sont relativement rares et touchantes. Nous prendrons par exemple la naissance d’un enfant, des affaires de mœurs, des situations conflictuelles etc.

Ce type de prestation se retrouve la plupart du temps dans des interprétations dites de liaison. Nous mettrons de côté les cérémonies (par exemple les enterrements et les mariages), qui bien qu’elles supposent également une forte émotion, sont considérées comme des interprétations de conférence. En effet, le professionnel se retrouve à traduire devant un large public alors que l’interprétation de liaison désigne un entretien entre deux interlocuteurs.

Dans les entretiens que j’ai réalisé, les interprètes m’ont fait part de circonstances délicates qui m’ont interpelée : traduire une personne accusée de pédophilie, annoncer un décès etc. au travers desquelles les interprètes ont rencontrés des difficultés pour respecter les règles de neutralité et de fidélité du discours.

Théoriquement dans ce genre de situation, l’interprète doit contenir ses émotions afin de ne pas se laisser envahir par elles, ce qui ferait obstacle à son travail (se mettre à pleurer, en colère par exemple).

Cependant l’interprète n’est pas une machine qui n’aurait pas d’affect. Certaines ambiances marquantes ou troublantes peuvent déclencher une gamme d’émotions agréables ou non et de ce fait l’interprète peut être fragilisé par un niveau émotionnel trop fort et prendre des alternatives qui peuvent poser des problèmes éthiques.

Ainsi j’ai voulu par le biais de ce travail comprendre :
-Quels sont les enjeux à l’œuvre lors de ces situations où l’interprète peut se retrouver fragilisé par ce trop plein d’affects ?
-Comment gérer son émotion en situation d’interprétation ?
– Quelles sont les stratégies permettant à l’interprète de mettre à distance ses émotions ? Afin d’explorer ces questions, j’ai procédé à des entretiens en face à face où les professionnels m’ont fait part de leurs expériences de situations délicates. J’ai également proposé un questionnaire via des forums d’interprètes, sur la gestion de ses émotions.

L’intérêt est de comprendre quels ont été les choix et les positionnements adoptés par les interprètes dans des circonstances délicates. En tant que stagiaire-interprète, il me semble important de me questionner sur ces situations avant d’y être confrontée personnellement. Je désire donc y réfléchir par le biais du mémoire pour acquérir une prise de recul.

Dans un premier temps, j’analyserai les règles déontologiques de fidélité des propos et de neutralité et nous verrons comment dans ce cadre l’interprète peut s’approprier les discours à traduire.

Ensuite, j’analyserai les difficultés auxquelles les interprètes peuvent être confrontés, à travers des situations où les règles déontologiques ont pu être mis à mal.

Enfin, j’aborderai la question des stratégies d’évacuation auxquelles un interprète peut avoir recours pour travailler sur la gestion de ses émotions.

1 L’interprétation, une technique qui doit suivre un code déontologique

Je vous propose de voir dans la première partie la nécessité de suivre des règles déontologiques pour l’interprète en situation d’interprétation. Puis j’analyserai précisément les notions de neutralité et de fidélité dans les propos d’après les définitions de l’Association Française d’Interprètes en Langue des Signes (l’AFILS) qui regroupe la majorité des interprètes professionnels de France. Par ailleurs, je tenterai de cerner l’acte même d’interprétation pour l’interprète.

Introduction
1 L’interprétation, une technique qui doit suivre un code déontologique
1-1 L’émergence et la nécessité d’une déontologie des Interprètes en Langue des Signes
1-2 Définition et analyse du code déontologique
1-3 La neutralité, la fidélité et la déverbalisation en interprétation
2 Analyse de situations avec erreur déontologique
2-1 La notion d’erreur par rapport au cadre déontologique
2-2 Les difficultés autour de la neutralité et/ou de la fidélité
3 Une amélioration possible de la gestion de l’émotion après situation
3-1 Les moyens utilisés par les interprètes interrogés
3-2 L’intérêt de mettre en place des instances d’élaboration
3-3 Les instances d’élaboration
Conclusion

  1. Historique de la déontologie des Interprètes en Langue des signes
  2. Le code déontologique par l’AFILS et la notion de neutralité
  3. La notion de fidélité, la déontologie des interprètes
  4. L’interprète comme filtre du discours – la langue des signes
  5. L’appropriation du discours et l’interprète – Langue des signes
  6. La notion d’erreur par rapport au cadre déontologique
  7. La langue des signes : l’interprète est envahi émotionnellement
  8. L’interprète fait acte de soutien volontairement – Langue des signes 
  9. L’interprète utilise le discours indirect et minimise des propos violents
  10. L’interprète montre son désaccord en situation – Langue des signes
  11. Amélioration possible de la gestion de l’émotion après situation
  12. Les instances d’élaboration pour l’interprète en langue des signes