Du Web social à la lecture sociale, Le livre en réseau

By 27 July 2013

“…éseaux sociaux et forums de discussions plaçant le livre et la lecture au cœur de leur ligne éditoriale. Les réseaux plus généralistes Facebook et Twitter seront eux aussi évoqués, bien que la place occupée par le livre y soit très succincte, du fait de la forte présence des maisons d’édition…”

Université Paris 13 – Villetaneuse
UFR Sciences de l’Information et de la Communication

Master 2 Politiques éditoriales

Mémoire de fin d’études

Le Livre en réseau
Quel rôle pour l’éditeur à l’heure de la « lecture sociale » ?

Nicolas Simon

Sous la direction de Benoît Berthou

 

Le Livre en réseau Quel rôle pour l’éditeur à l’heure de la « lecture sociale » ?

Introduction:

Les communautés de lecteurs en ligne se situent au croisement de deux phénomènes. Le premier est celui de l’essor fulgurant des réseaux sociaux, quelle qu’en soit la nature. La dernière enquête menée par l’IFOP (Institut français d’opinion publique) sur ce sujet, hélas non renouvelée depuis janvier 20101, laissait apparaître que 77 % des personnes interrogées déclaraient être membre d’au moins un des réseaux étudiés, le taux de connaissance « au moins de nom » d’un réseau social s’élevant à 97 % pour le plus célèbre d’entre eux : Facebook. De plus, seuls 25 % des internautes affirmaient n’être membre que d’un réseau uniquement, là ou 34 % d’entre eux étaient à cette époque inscrits sur deux ou trois réseaux sociaux, et 18 % sur quatre et plus. L’essor du site de micro-blogging Twitter, connu alors par seulement 63 % des internautes sondés, a indéniablement dû changer la donne dans l’année et demi qui s’est écoulée depuis la parution des résultats de l’enquête.

Le second phénomène est le nouveau développement du numérique au sein de l’édition. Comme l’a rappelé lors de la conférence « Le Moment eBook » Virginie Clayssen, directrice adjointe du développement numérique chez Editis et présidente de la commission numérique du Syndicat National de l’Édition, les technologies informatiques sont présentes depuis longtemps dans l’édition avec la PAO, les fichiers numériques pour l’imprimeur, etc. Ce qui est nouveau, c’est l’informatisation du dernier maillon de la « chaîne du livre » : la lecture. Cet aspect passe par l’apparition de nouveaux supports de lecture, mais aussi et même en amont par le développement de nouvelles pratiques directement impactées par la numérisation croissante de notre quotidien.

De fait, la lecture se transforme en même temps que le livre avec l’émergence des technologies numériques. La « lecture sociale », que nous pourrions définir ici comme l’ensemble des actions par lesquelles les lecteurs partagent et échangent au sujet de leurs lectures sur Internet au point de former une communauté réunie autour de ce centre d’intérêt, est l’une de ces évolutions engendrée par l’essor du Web interactif. La lecture ne se réduit alors plus uniquement à une activité solitaire, mais s’ouvre sur les autres par le biais de la toile afin de donner lieu à des discussions en temps réel.

Les communautés de lecteurs issues de ces échanges peuvent se regrouper sur les réseaux sociaux que nous pourrions qualifier de traditionnels malgré leur jeune existence, Facebook offrant par exemple la possibilité d’indiquer sa lecture du moment à ses amis grâce à un widget. Mais en raison des possibilités limités laissées par ces derniers, la tendance est plutôt au développement de réseaux sociaux entièrement dédiés à la lecture d’une part et à l’intégration d’outils de lecture sociale au sein des livres numériques d’autre part. Les lecteurs sont ainsi regroupés en réseaux et interagissent en fonction de leurs goûts littéraires grâce à différents outils informatiques facilitant leur rencontre. De fait, la recommandation et l’échange d’impressions entre lecteurs proches sont au cœur des communautés de lecteurs en ligne, cette dénomination incluant les utilisateurs de terminaux de lecture numériques connectés à Internet.

Ce mémoire ne portera pas sur l’ensemble des aspects des communautés de lecteurs. En effet, à partir du moment où nous nous situons dans l’espace virtuel du Web, le terme de « communauté » peut renvoyer à un vaste ensemble de réalités, dans la mesure où dès qu’un site est suivi par un ensemble de lecteurs, alors il y a communauté effective. Dans le domaine du livre par exemple, certains blogs à vocation critique parviennent à fidéliser des milliers d’internautes.

Pour des raisons pratiques, le volume alloué par l’exercice du mémoire nécessitant de faire des choix, nous centrerons donc notre propos sur les réseaux sociaux et forums de discussions plaçant le livre et la lecture au cœur de leur ligne éditoriale. Les réseaux plus généralistes Facebook et Twitter seront eux aussi évoqués, bien que la place occupée par le livre y soit très succincte, du fait de la forte présence des maisons d’édition sur ces espaces d’expression. Outre la question des limites physiques du propos, le choix de ce corpus repose entre autres sur le fait que les sites précités sont ceux où l’interactivité est la plus développée, et c’est bel et bien cette notion d’action de la communauté qui sera l’objet principal de notre propos. Enfin, certains sites mis en place par des acteurs de l’édition à destination de la communauté des lecteurs d’un livre ou d’une série, malgré la limite parfois d’une absence d’interactivité qui sera justement analysée en tant que telle, complèteront le corpus des espaces virtuels étudiés.

Ces éléments étant posés, nous pouvons alors nous demander en quoi l’émergence des communautés de lecteurs en ligne peut amener les éditeurs à offrir un ensemble d’outils et dispositifs facilitant cette nouvelle expérience de « lecture sociale ».

En d’autres termes, quelles sont les possibilités offertes aux maisons d’édition traditionnelles ou purement numériques par l’essor de ces communautés pour repenser leur offre dans sa globalité, des produits à la stratégie de promotion en passant par le développement de nouveaux services ?

Comment et avec qui les éditeurs peuvent-ils propulser le livre par les échanges autour de la lecture via la sphère sociale du Web ?

Les éléments de réponses à ces questions s’appuieront bien évidemment sur l’analyse de quelques ouvrages et articles de référence cités en bibliographie, mais aussi et surtout sur les résultats d’une étude personnelle directe des réseaux et sites traités ainsi que d’un important travail de veille sur les sites et blogs axés sur l’actualité du livre numérique en général. Un sondage créé pour l’occasion et diffusé en ligne complète enfin ces différents outils d’analyse.

Le présent travail s’articulera autour de trois grands axes. Celui de l’étude des sites communautaires dédiés au livre tout d’abord, afin de mettre en lumière le fonctionnement, les possibilités offertes, les discours ou encore les structures d’appui de ces derniers. Nous aborderons par la suite l’utilisation de la lecture sociale en tant qu’outil de stratégie promotionnelle pour les éditeurs, en montrant l’intérêt que ces derniers peuvent trouver à fédérer, animer ou suivre une communauté de lecteurs, mais aussi en étudiant les moyens d’action possibles permettant de faire jouer l’effet de prescription qui caractérise ces réseaux de lecteurs. Enfin, nous étudierons dans un dernier temps les outils dont peuvent disposer les structures éditoriales pour rendre non plus seulement la lecture, mais aussi le livre lui-même « social », depuis les supports de lecture numériques, les fichiers ou bien sur la toile indépendamment du livre, quelle que soit sa forme ; cette étude nous poussera par ailleurs à nous demander quel rôle ces évolutions attribuent à la figure traditionnelle de l’éditeur.

I/ DU WEB SOCIAL À LA « LECTURE SOCIALE »

Comme nous l’avons souligné au cours de l’introduction, la sociabilité sur Internet s’est donc fortement développée au cours de la dernière décennie. Mais quelle peut être la place de la lecture, souvent assimilée à une activité solitaire, voire isolante, au sein de la sphère du Web social ? Pour le comprendre, il est important de revenir avant tout sur le présupposé tout juste énoncé : l’acte de lecture ne saurait se réduire uniquement à une pratique strictement individuelle. Sans remonter jusqu’au commentaire des évangiles ou à l’exercice scolastique dans les universités médiévales, qui démontrent l’absurdité d’une vision linéaire de la pratique lectoriale tout au long de son histoire, la lecture demeure aujourd’hui « sociale » dès son apprentissage, qu’il s’agisse de la lecture aux enfants dans le cadre familial ou scolaire. De même, il n’est pas rare de débattre au sujet d’articles de presse, de vive voix, ou sur Internet.

Il est également important de souligner dès à présent qu’au-delà de ces pratiques courantes, la lecture n’a pas attendu l’émergence du Web pour rassembler des lecteurs avides d’échanger autour de cette activité : clubs de lecture, rencontres en bibliothèque et échanges de livres sont autant de phénomènes qui traduisent une véritable volonté de dialoguer autour du livre.

L’organisation de nouvelles communautés par le biais de l’Internet modifie toutefois cet aspect « social » de la lecture. D’une part en raison de la multiplication du nombre de membres permise par l’abolition des contraintes spatio-temporelles des structures d’échanges classiques, les internautes disposant sur les réseaux virtuels d’une liberté et d’une facilité d’action incomparables, leur permettant de partager rapidement avec des lecteurs ayant des goûts semblables aux leurs. Mais aussi parce que derrière ces réseaux sociaux dédiés au livre se trouvent des acteurs très différents, dont l’origine et l’ambition divergent d’un site à l’autre.

Sommaire  :
Introduction
I Du web social à la « lecture sociale »
1 L’émergence des communautés de lecteurs en ligne
2 Une multiplicité d’acteurs
II Promouvoir le livre par les échanges autour de la lecture
1 Fédérer une communauté de lecteurs pour connaître et fidéliser son lectorat
2 La prescription au cœur de la lecture sociale
III De la lecture au livre social
1 L’édition de livres à valeur ajoutée
2 Un glissement vers une offre de services ?
Conclusion

  1. L’émergence des communautés de lecteurs en ligne
  2. Une multiplicité d’acteurs issus du monde du livre
  3. Promouvoir le livre par les échanges autour de la lecture
  4. La prescription au cœur de la lecture sociale
  5. L’édition de livres à valeur ajoutée, de la lecture au livre social
  6. Vers une offre de services fournis par les maisons d’édition?