Dispositifs de formation : définitions et typologies

By 19 July 2013

1) L’ancrage théorique

1.1-Dispositifs de formation : définitions et typologies

De façon générale, le terme « dispositif » est issu de l’ingénierie qui désigne l’ensemble des critères pris en compte pour réaliser une action. Guy Le Boterf (cité par Jean-Paul Droz) en donne la définition suivante:

« Ensemble cohérent et organisé d’éléments (méthodes, outils, procédures, routines, principes d’action) articulés poursuivant un but. ». Le groupe GreCO (Grenoble, campus ouverts1) le définit d’une manière qui se rapproche davantage au but de ce mémoire: « Un dispositif de formation désigne les conditions pédagogiques, organisationnelles et technologiques dans lesquelles vont se dérouler les formations. ». Ces deux définitions montrent que la notion de dispositif renvoie à une problématique de conception globale de formation qui implique plusieurs acteurs : des concepteurs pédagogiques, des techniciens, des graphistes, des spécialistes de l’évaluation, des commerciaux… Pour choisir de mettre en place un DdF2, il faudra tenir compte de plusieurs variables : les objectifs de la formation, le temps, le(s) lieu(x), le public-cible, les contenus, la configuration de la participation, l’accompagnement pédagogique, les outils ou technologies, et d’autres facteurs de type socioéconomique, politique et culturel.

Les typologies et termes qui seront utilisés dans ce travail sont tirés de la Typologie « Compétice » de dispositifs de formation de Jean-Louis Schaff, de la société de conseil ASKA3, qui caractérise les dispositifs en fonction de l’intégration du multimédia et de la proportion présentiel/ distanciel.

Typologie Compétice de dispositifs de formation
Figure 1-1: Typologie Compétice de dispositifs de formation

En fonction de cette typologie Compétice, on parle de cinq scénarii4: le présentiel enrichi, le présentiel amélioré ou augmenté, le présentiel allégé, le présentiel réduit, le présentiel (quasi)inexistant (Anna Vetter, 2005).

A- Le présentiel enrichi (durant) : Désigne l’utilisation en classe par le formateur et /ou les apprenants d’outils de présentation ou de ressources multimédia. Par exemple : des diaporamas, de ressources (textuelles, graphiques, audio, vidéo) issues d’un cédérom, de l’Internet ou d’un intranet ; mais aussi des outils de communication (audio ou visioconférence).

B- Le présentiel amélioré ou augmenté (en amont et/ ou en aval) : Renvoie à la mise à disposition, de ressources ou d’activités, en amont ou en aval du cours présentiel. Par exemple : le plan du cours, un résumé, une bibliographie ou une sitographie, des fiches de travaux pratiques, des exercices, des ressources utilisées pendant le cours, des dispositifs d’autoévaluation ou d’autoformation, mais aussi les échanges entre formateurs et apprenants (demande de renseignements, corrections de devoirs…).

C- Le présentiel allégé (Travail donné en prolongement du présentiel amélioré) : Dispositif dans lequel l’essentiel de la formation se réalise en présentiel, mais où certains cours ou TD sont remplacés intégralement par des modules en autoformation, et/ ou du travail collaboratif avec un tutorat en asynchrone.

D- Le présentiel réduit : Dans le présentiel réduit la tendance s’inverse : c’est maintenant l’essentiel de la formation qui est à distance et ne demeurent que quelques séances de regroupement en présentiel. La structuration des ressources et la scénarisation d’activités sont donc très importantes. Le formateur intervient en présentiel et à distance pour donner des explications, orienter et évaluer le travail, motiver les apprenants.

E- Le présentiel (quasi) inexistant : Dispositif entièrement à distance qui prévoit l’accès distant aux ressources et un tutorat synchrone et/ou asynchrone. On précise ici “quasi”, car dans l’état actuel de la législation, on ne peut pas faire passer des examens à distance. Les candidats devront donc le faire en présentiel.

1 Tiré du glossaire du site http://greco.grenet.fr/bases/indexbases.php
2 Dispositif de formation
3 http://www.aska.fr/
4 Tiré de http://www.educnet.education.fr/bd/competice, 2007

En reprenant cette typologie, le dispositif de formation analysé ici peut être considéré comme un présentiel réduit, étant donné :

– le poids majoritaire du non présentiel (le cours ne propose que 10 séances présentielles),
– l’intégration de l’autoformation et le degré de responsabilisation de l’apprenant (la majorité du cours est conçue pour l’autoformation dans un environnement numérique),
– les fonctions que remplissent les enseignants-tuteurs de ce cours (accompagnement, soutien).

1.1.1-La Formation à distance : de FAD à FOAD, définitions et spécificités

La Formation à distance (FAD) ou Éducation à distance, est un dispositif d’enseignement- apprentissage qui se déroule totalement ou en partie à distance.

« Ce qui différencie la FAD de l’autodidaxie, soit l’apprentissage “réalisé en dehors de tout dispositif éducatif formel

[…] et sans l’intervention d’un agent éducatif institué” (Carré, 1994, cité par Cyrot, 2006 : 2), réside dans l’insertion ou non de la formation dans un cadre institutionnel (Keegan, 1996 ; Glikman, 2002). L’implication d’une structure organisatrice dans la mise en œuvre de la formation tient à favoriser l’adoption de démarches rationnelles de conception (planification, production de supports didactisés, mise en place de modalités de soutien durant l’apprentissage), ainsi que la division et la spécialisation des fonctions d’enseignement, processus qui procèdent d’une forme d’industrialisation de la formation (Fichez, 2007) » (Quintin, 2008 : 15).

Les éléments qui caractérisent principalement la FAD et la distinguent d’une éducation face-à-face classique seraient :

– la « distance » qui sépare les différents participants à un moment donné du déroulement de la formation (distance spatiale et souvent temporelle),
-la discontinuité (dans l’espace et dans le temps) entre les actions des enseignants et les actions des apprenants,
– et la distance « transactionnelle » (Moore & Kearsley, 1996 ; Moore, 2000 cités par Quintin, 2008) inhérente à toute forme de relation pédagogique.

« Cette forme de distance serait liée à trois facteurs : le degré d’autonomie de l’étudiant, les possibilités de dialogue entre l’apprenant et l’environnement pédagogique […], ainsi que la structure plus ou moins contraignante du cours » (Quintin, 2008). « Notons enfin que la FAD peut se dérouler totalement à distance ou intégrer des périodes durant lesquelles les acteurs de la formation sont regroupés en un même lieu au même moment », au delà des moments de passation d’examens sur table. « Cette dernière forme d’organisation, qui se caractérise par une articulation variable “présence-distance”, est habituellement qualifiée d’” hybride” (Perriault, 1996 ; Depover & al., 2004 ; Charlier & al., 2005 ; Degache & Nissen, 2007) » (Quintin, 2008 : 14).

La FAD, qui se distingue de l’enseignement traditionnel par une séparation physique entre l’enseignant et l’étudiant, existe depuis plus d’un siècle. Les premiers cours à distance (par correspondance) sont nés en Angleterre et aux États-Unis en 1840. Depuis lors, d’autres types de formations à distance se sont succédés : le téléapprentissage (audioconférences, conférences audiographiques, vidéoconférences, télévision interactive, émissions radiophoniques), la communication intégrée ou modèle télématique (intégration combinée de différents moyens de communication -y compris le format papier et la voie postale- et d’information permettant la diffusion par un réseau télématique et la communication bidirectionnelle entre les participants).

« Lorsque la participation à la formation proposée par l’institution n’est soumise à aucune condition administrative susceptible de limiter l’accès aux seuls étudiants disposant, par exemple, des titres académiques requis, il est d’usage de qualifier le dispositif de “formation ouverte et à distance” (FOAD) (UNESCO, 2002 ; Page-Lamarche, 2004) » (cité par Quintin, 2008).

L’apparition du qualificatif « ouvert » dans le dispositif de « Formation ouverte et à distance » (FOAD), introduit des notions supplémentaires :

– des situations qui offrent une plus grande accessibilité, une plus grande flexibilité dans leur mode d’organisation pédagogique,
-une meilleure adaptation de la formation aux styles différents d’apprentissage des étudiants,
-un accompagnement de l’auto-apprentissage,
-un rôle complémentaire pour le formateur qui n’est pas seulement associé à la conception des contenus mais aussi à celles des scénarios pédagogiques et des modalités d’accompagnement (tutorat).

Ce qui définit fondamentalement la FOAD (d’après Viviane Glikman cité par Anna Vetter, 2007) serait: un espace et un temps différents, une médiatisation importante, un lien avec une institution éducative, des publics spécifiques (adultes qui font un choix), absence d’une collectivité permanente, la présence d’une médiation humaine qui assiste/guide et encourage, et les interactions entre les étudiants et avec le professeur. Ces éléments définissent également la formation qui sera l’objet d’étude de ce mémoire.

1.1.2 Quelques fondements théoriques de la formation à distance

La mise à distance totale ou partielle d’une formation s’ancre sur des conceptions pédagogiques. « Si la formation à distance existe depuis une centaine d’années, ce n’est que récemment que cette pratique est mise en relation avec des théories » (Keegan, 1996 : 55, cité par Quintin, 2008). D’après les positions adoptées par les auteurs et les praticiens, Keegan propose de regrouper trois catégories ou approches : « théories de l’autonomie et de l’indépendance », « théories de l’industrialisation », « théories de l’interaction et de la communication ». L’approche où s’inscrivent l’objet d’étude de ce mémoire et son contexte, est celle qui -n’excluant pas l’indépendance et l’autonomie de l’apprenant- se centre sur l’interaction entre les participants : théories de l’interaction et de la communication. Selon Holmberg, certains aspects positifs que l’on trouve dans une relation en face-à-face peuvent être avantageusement transposés dans un dispositif à distance. « Ainsi, partant de l’idée qu’un climat amical, des suggestions constructives et des encouragements favorisent la motivation des étudiants et, par là, contribuent à l’apprentissage […)» (Quintin 2008). Cette approche ne manque pas de remarquer la nécessité de liberté de l’apprenant mais elle insiste davantage sur la nécessité de la prise en compte des interventions des enseignants.

1.1.3- Les Dispositifs Hybrides : définition, avantages

Un Dispositif hybride constitue une combinaison, une association de cours en face-à-face et de travail en autoformation, via des sessions à distance.

« Des dispositifs articulant à des degrés divers des phases de formation en présentiel et des phases de formation à distance, soutenues par un environnement technologique comme une plateforme de formation. L’analyse de dispositifs hybrides ne peut se construire en dehors de la question de l’innovation. « Blend », en anglais, connote un mélange harmonieux, équilibré. Hybride, en biologie dénote une nouvelle espèce combinant des espèces existantes. » (Charlier, Deschryver, Peraya 2006).

L’insertion du travail via Internet/intranet permet de réduire les contraintes temporelles existantes dans les dispositifs d’apprentissage conçus complètement en présentiel. Les actions qui se déroulent à distance sont soutenues par des moyens technologiques, des environnements numériques. L’insertion du travail à distance par le biais d’un environnement numérique permet également de personnaliser l’enseignement, de centrer l’apprentissage sur l’apprenant. D’après Mangenot, le travail via Internet, en plus du présentiel, permet des configurations communicatives nouvelles. Mais ceci ne se passe pas sans contraintes car la mise à distance (à n’importe quel degré) d’une formation quelconque implique aussi un bouleversement, un défi :

« Et passer de la mise en place de formations en « présentiel » à l’élaboration de formations intégrant la distance, nécessite des mutations culturelles, organisationnelles et bien évidemment pédagogiques. Les relations formés – contenus – formateurs s’en trouvent bouleversées, rendant cette transformation délicate. » (Charpille, J-L & Counil, E).

La formation à distance de type « présentiel réduit » qui sera étudiée dans ce mémoire constitue un dispositif de formation hybride, car elle alterne des séances présentielles avec le distanciel ou formation tutorée, en autonomie et à distance. Ce travail aura pour but d’analyser certains éléments du « bouleversement » et quelques « mutations » que cette situation nouvelle a causé pour l’enseignement du FLE à l’Alliance française de La Havane.

1.1.4- Les Plateformes de formation à distance

Une Plateforme est un système informatique qui facilite l’organisation et la participation des acteurs impliqués dans une formation à distance, gérant l’ensemble d’éléments intégrés dans un environnement numérique. Le terme français « plateforme » rejoint le terme anglo-saxon

« Learning Management System » (LMS). « La “plateforme” désigne […] les fonctionnalités techniques (e.g. outils de connexion, d’inscription, de collaboration, de communication, de suivi des étudiants, de conception de cours) qui, intégrées et accessibles à partir d’un même site Internet (ou Intranet, sont mobilisées par les différents intervenants –selon le rôle de chacun- pour administrer, concevoir, gérer ou suivre la formation ». […]Tournée vers les fonctionnalités disponibles quelle que soit la formation considérée, la plateforme se définit en lien avec les possibilités techniques offertes aux enseignants, concepteurs ou tuteurs, pour concevoir ou encadrer les activités d’apprentissage, et aux étudiants pour communiquer, collaborer ou réaliser les tâches qui leur sont proposées. » (Quintin, 2008.)

Il s’agit d’un support, d’un outil permettant l’interaction. Une plateforme est en informatique une base matérielle, un support (numérique) à partir duquel on peut écrire, lire, utiliser un ensemble de logiciels. Le cours à distance qui constitue l’objet d’étude de ce travail est supporté par une plateforme Moodle5. Moodle est une plateforme d’apprentissage en ligne servant à créer des communautés d’apprenants, des « groupes- classe » virtuels autour de contenus et d’activités pédagogiques. S’y ajoute un système de gestion de contenu (SGC), ainsi que des fonctions pédagogiques ou communicatives pour créer un environnement d’apprentissage en ligne: cet outil application permettant de créer, par l’intermédiaire du réseau, des interactions entre des pédagogues, des apprenants et des ressources pédagogiques.

Lire le mémoire complet ==> (Gestion des interactions dans un dispositif hybride : rôles et stratégies des tuteurs.)
Le cas du présentiel réduit de l’Alliance française de La Havane.
Mémoire de Master 1 – 15 crédits – Mention Sciences du langage Spécialité : Français Langue Etrangère (FLE) – 1ere session d’examens
Université Stendhal – Grenoble 3 – UFR LLASIC (Sciences du langage)