Concept de pauvreté, Définitions de la pauvreté

By 26 July 2013

GENERALITES CONCEPTUELLES – CHAPITRE I

Ce chapitre sur les généralités conceptuelles passe en revue les différents concepts utilisés dans le présent travail. Ainsi, on abordera entre autres, les concepts ci-après : pauvreté, santé, pauvreté et santé, etc. Etant donné que ces derniers concepts sont multidimensionnels, la maîtrise des interactions qui existent entre eux nous permettra sans doute d’avoir une vision claire quant au choix des techniques ou des méthodes à utiliser pour faire aisément les analyses empiriques.

Section 1. Définition des concepts de pauvreté et de santé

1.1. Concept de pauvreté

La recherche des voies et moyens pour réduire les effets néfastes de la pauvreté est devenue une priorité de la communauté tant internationale que nationale. En dépit des efforts consentis sur le plan international, notamment le sommet de Copenhague sur le développement social (1995) et celui de Johannesburg sur le développement (2002), sans oublié le Sommet de New York relatif aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (2000) ainsi que l’élaboration des DSCRP nationaux, force est de constater que l’ampleur des effets dévastateurs de la pauvreté n’est fait que s’accroître (UNESCO, 2002). Cette évolution grandissante de la pauvreté à travers le monde en générale et dans les pays en voie de développement en particulier, suit son parcours normal et sans entrave, son aggravation au fil du temps, reflet du mode de fonctionnement et de gestion du système économique actuel (Fusco Alessio, 2007). Ainsi, la préoccupation majeur de ce point est de savoir comment peut-on définir et appréhender la pauvreté ?

1.1.1. Définitions de la pauvreté

A priori, il est facile d’appréhender la pauvreté. Elle suppose, dans une société donnée, qu’une ou plusieurs personnes ne peuvent atteindre un niveau du bien- être matériel correspondant à un minimum acceptable par les membres de cette société. Cependant, jusqu’à ce jour, il n’y a aucune définition universellement acceptée pour désigner ce concept. Cela est dû principalement au fait que sa détermination soulève un problème d’identification et d’agrégation, c’est-à-dire d’évaluation du bien- être des individus et du seuil à partir duquel une personne peut être considérée comme pauvre.

En effet, du fait de son caractère multidimensionnel et subjectif, il paraît toujours complexe d’appréhender la signification profonde du concept du bien-être dans une population ou pour un individu donné. En procédant au recensement des différentes pauvretés, la diversité et la relativité des concepts actuellement utilisés, fondés sur des méthodes différentes, apparaissent. La pauvreté est généralement définie par deux types d’approches : les unes sont quantitatives (utilitaristes), les autres qualitatives (non utilitaristes).

1.1.1.1. Approche utilitariste de la pauvreté

Cette approche apprécie l’état de la pauvreté en fonction d’un minimum du bien-être économique considéré comme standard au niveau de la société. Dès lors qu’un individu ne peut atteindre ce niveau, il est considéré comme pauvre. Cette approche tire ses origines dans la théorie microéconomique moderne, principalement de l’hypothèse de la maximisation du bien-être par les individus. Elle repose sur les hypothèses ci-après:

– L’utilité est une bonne définition du bien-être ;
– Une insuffisance d’utilité englobe tout ce que l’on entend par pauvreté. (Stewart et al., 2007 ).

Amartya Sen de son coté attribue à cette approche monétaire fondée sur l’utilitarisme trois propriétés distinctes en l’occurrence, le conséquentialisme, l’additivisme et le welfarisme. L’approche est conséquentialiste en ce sens que l’évaluation de diverses options se fait sur la base de leurs conséquences sur le bien – être ou l’utilité des individus. L’approche est additive pour autant qu’elle s’inscrit dans une perspective d’agrégation, c’est-à-dire le critère de choix collectif se fonde sur les conséquences des actions sur le bien-être social qui se calcule par une simple addition des utilités individuelles, chacun comptant pour un et pas plus qu’un (sum-ranking). Enfin, l’approche est welfariste en ce qu’elle s’appuie sur la modalité selon laquelle la seule information pertinente pour l’évaluation du bien-être est celle fournie par l’ensemble des fonctions d’utilités individuelles dont le bien-être est une fonction croissante.

Parmi les faiblesses telles que synthétisées par certains auteurs, il y a lieu de retenir que l’inadéquation de l’utilitarisme au niveau de traitement de la pauvreté est motivée par trois raisons : (i) l’utilitarisme suppose que les niveaux d’utilité sont comparables d’un individu à l’autre ; (ii) il ne se préoccupe que de l’agrégation des utilités, et de leur somme, au lieu de s’occuper de la manière dont celle-ci est distribuée entre les individus et ; (iii) la position utilitariste suppose de recourir à un unique indicateur de bien-être, l’utilité, qui semble trop lié à des éléments individuels pour être prise en charge par la société.

Ces considérations permettent de réaliser que l’utilité n’est qu’une conception restreinte du bien-être car limitée à une information psychologique, ce qui entraîne la non-prise en compte des informations non liées à l’utilité dans l’appréciation du bien-être. La nécessité de se départir des hypothèses encombrantes liées au recours à l’utilité dans la définition de la pauvreté a conduit les économistes à opter pour l’utilisation du revenu.

1.1.1.1. Approche monétaire de la pauvreté

Cette approche, basée sur le revenu ou la consommation, reste très dominante dans l’étude de la pauvreté depuis les travaux fondateurs de Booth et Rowntree. Elle considère comme pauvres, les individus qui, à un moment donné, n’ont pas accès à des ressources économiques suffisantes pour acquérir la quantité des biens et services nécessaires à la satisfaction de leurs besoins essentiels ou à l’atteinte d’un niveau de vie considéré comme un minimum socialement acceptable.

Partant de la considération selon laquelle le revenu est une bonne approximation pour les différents aspects du bien-être et de la pauvreté (que sont l’insuffisance des ressources mais aussi la nutrition et la santé même sans référence à l’utilité), cette approche soutient que l’utilisation du revenu constitue un raccourci pratique qui permet l’identification des pauvres sur la base des données largement répandues. A cet effet, les hypothèses ci-après émises par Stewart peuvent bien traduire l’équivalence entre l’utilité et les dépenses/revenu :

– Les dépenses monétaires sont une mesure satisfaisante de l’utilité ;
– La justification du seuil de pauvreté est satisfaisante.

Partant de l’équivalence entre l’utilité et revenu/consommation en raison de la compatibilité entre l’approche monétariste et les racines welfariste de la microéconomie, cette approche permet d’éviter la spécification d’une fonction paramétrique d’utilité dans l’appréciation de la pauvreté en permettant d’approximer la valeur monétaire d’utilité (money metric utility) par le revenu ou par les dépenses réelles. Il y a lieu de souligner la différence entre l’approche par les dépenses (consommation) et celle fondée sur le revenu.

L’approche basée sur la consommation est considérée comme une approche directe du niveau de vie des individus en ce qu’elle renseigne sur les besoins effectivement satisfaits ou non, tandis que celle basée sur le revenu est considérée comme indirecte ou potentielle pour autant qu’elle apporte une information sur les moyens à la disposition des individus pour satisfaire leurs besoins.

Comme précisé ci-haut, l’identification de la pauvreté est assimilée à une insuffisance dans un indicateur monétaire par rapport à un seuil. A la base de cette approche se trouve la méthode comptable consistant à établir un seuil monétaire en deçà duquel l’individu est considéré comme pauvre et au-delà duquel il ne l’est pas. Selon les deux composantes de l’approche monétaire, la pauvreté est perçue comme une insuffisance de ressources qui contraint les choix des individus et restreint leur ensemble de consommation. Cette acception est assimilée à la pauvreté économique qui se réfère aux « caractéristiques externes qui conditionnent le comportement d’une personne, et particulièrement son comportement dans les transactions économiques: l’achat de biens de consommation, la vente des services productifs, etc.» (Watts H, 1968).

L’une des critiques adressées à cette approche, particulièrement au recours du revenu comme critère de la définition de la pauvreté, réside dans le fait que cette variable (revenu) se concentre plus sur le contenu des portefeuilles des individus que sur l’évaluation de l’appauvrissement des vies et, dans ce cas, elle ne permet de faire ressortir les types de déprivation dont les individus sont l’objet ou victimes. En effet, comme le souligne Sen, même si les biens mis à la disposition des individus fournissent la base matérielle à partir de laquelle ces derniers vont retirer du bien-être, la transformation de ces moyens en accomplissements n’est ni automatique, ni identique pour tout le monde ; elle est contingente à un ensemble de facteurs de conversion personnels, sociaux ou environnementaux.

Ainsi, en ne tenant pas compte de différentes réalités socioéconomiques et environnementales auxquelles les individus sont confrontés dans le processus de satisfaction de leurs besoins, l’utilisation d’un indicateur des ressources tel que le revenu ne permet pas de tenir compte de la diversité et de l’hétérogénéité humaine. Partant de cette considération, il y a lieu de retenir que la critique conceptuelle majeure adressée à l’approche monétaire de la pauvreté basée sur le revenu repose sur son caractère indirect. Pour cette raison, certains auteurs comme Atkinson préfèrent, dans les cas des mesures indirectes de la pauvreté, parler des mesures de risque de pauvreté ; réservant les mesures de pauvreté aux mesures directes.

Ainsi, si les ressources (exprimées par le revenu) constituent un moyen pour atteindre le bien-être, elles ne mesurent pas la même chose que les indicateurs directs. D’où la nécessité d’élargir l’espace d’informations en incluant les autres aspects non monétaires dans l’appréciation de la pauvreté. Parmi ces nouveaux aspects ou éléments figurent en bonne position les réalisations et les fins des individus, tels que pris en compte dans l’approche par les capabilités.

1.1.1.2. Approche par les capacités humaines

L’approche par les capacités humaines apprécie l’état de pauvreté en fonction d’absence d’opportunités dont peuvent jouir les individus pour leur épanouissement. Elle va au-delà des besoins essentiels pour prendre en compte une autre dimension qu’est la non participation des pauvres à des décisions importantes dans la vie de la communauté dans son entièreté.

D’après ARMATYA S., l’approche par les capacités présente plusieurs avantages relativement à celle fondée sur le revenu, parmi lesquels il y a lieu de retenir :

– Il est réaliste d’identifier la pauvreté en termes de privations de capacités : l’approche se focalise sur des privations qui ont une importance intrinsèque à la différence des bas revenus dont la signification est instrumentale ;
– D’autres facteurs influencent la privation des capacités et donc, la pauvreté réelle hormis la faiblesse des revenus (le revenu n’est pas le seul instrument qui produise les capacités) ;
– La relation instrumentale entre pénurie des revenus et pénurie des capacités varie d’un pays à l’autre, d’une famille à l’autre, d’un individu à l’autre (l’impact du revenu sur les capacités est contingent et conditionnel).

Pour ces différentes raisons, l’approche par les capacités permet une meilleure compréhension de la pauvreté et des privations, par leur nature et leurs causes, en déplaçant l’examen depuis les moyens (et l’un de ceux-ci, en particulier qui reçoit une attention exclusive, en l’occurrence le revenu) et vers les fins que les gens ont de bonnes raisons de poursuivre et, conséquemment, vers les mises en jeu pour y parvenir. En dépit de la distinction établie ici entre l’approche par capacités et celle de revenu, comme le reconnaît Sen, il existe une relation étroite entre ces deux réalités (inadéquation des capacités et faiblesses de revenu), ne serait-ce que parce que le revenu est un moyen essentiel pour développer les capacités.

Par ailleurs, l’amélioration des capacités dont disposent les individus pour conduire leur vie tend, d’une manière générale, à faciliter leurs possibilités d’accroître leur productivité et leurs revenus. Pour illustrer cette relation, on peut évoquer le fait que l’accès aux soins de santé et à l’éducation qui, non seulement, a des conséquences positives sur la qualité de vie, mais également et surtout, il accroît la faculté d’une personne de gagner sa vie et d’échapper à la pauvreté de revenu. Cette approche de la pauvreté, élaborée à l’initiative D’AMARTYA S., constitue une illustration par excellence de la nature multidimensionnelle ou polysémique de la pauvreté.

Lire le mémoire complet ==> (Pauvreté des ménages et accès aux soins de santé en république démocratique du Congo)
Mémoire en vue de l’obtention du titre de Diplômé d’Etudes Approfondies en Economie – Option : Economie des Ressources Humaines
Université De Kinshasa – Faculté Des Sciences Economiques Et De Gestion