Les transactions et coûts de transactions – Consommateur et Label

By 30 June 2013

3.1.3 Les transactions et coûts de transactions

Définition d’une transaction

Williamson a défini plusieurs fois ce terme au cours de son œuvre. Sa compréhension est admise dans la phrase suivante: « A good or service is transferred across a technologically separatable interface. One stage of activity terminates and another begins. » (Williamson, 1985) 192.

Deux facteurs sont à considérer dans une transaction. Tout d’abord, le statut des deux agents économiques rend le concept comparable à l’acte d’achat en droit car il s’agit d’un transfert entre deux entités indépendantes. Alors qu’en droit les agents seront distingués par leurs statuts juridiques, ils le seront par leurs indépendances technologiques dans le cadre de la théorie des coûts de transaction. Le deuxième facteur est l’idée de temps dans une transaction : à la différence d’un échange qui est immédiat, une transaction peut s’étaler dans le temps.

Un autre rapprochement de la théorie avec le droit est possible par la contractualité d’une transaction : « Transaction cost economics poses the problem of economic organization as a problem of contracting. A particular task is to be accomplished. […] Explicit and implicit contract and support apparatus are associated with each. » (Williamson, 1985) 193. Ce rapprochement explique la conception de l’agent économique en tant que homo contractor.

Une transaction est donc l’application étalée dans le temps d’une négociation initiale, où la tâche à accomplir de part et autre des contractants est définie et négociée, de la réalisation du contrat puis d’une résolution du contrat après son exécution194. Lorsqu’une transaction s’opère sur des actifs bien spécifiques, elle peut être alors qualifiée d’idiosyncrasique.

Ainsi, comme dans tout contrat, les transactions représentent des coûts pour chacune des parties contractuelles qui dépendent des particularités de la transaction.

Particularités des transactions

Les particularités des transactions, au nombre de trois, représentent en partie l’environnement dans lequel elle est réalisée et qui est extrêmement important pour les coûts des contractants.

L’incertitude d’une transaction correspond à la considération de l’opportunisme des agents et à leur rationalité limitée, c’est-à-dire à la possession d’informations. Plus le nombre d’agents est faible, plus l’incertitude est élevée195. L’incertitude est concrètement la conséquence de la rétention d’informations ou de la tromperie. Cette incertitude est également fortement liée à la spécificité des actifs.

La spécificité des actifs crée la particularité de la transaction en fonction de la nature de l’actif. La spécificité d’un actif peut rendre les relations entre les agents économiques durables. La spécificité des actifs engendre la notion d’inter-temporalité : un actif très spécifique à une transaction sera difficilement transférable à une autre activité économique ou le sera en contrepartie de coûts, et plus particulièrement en termes de coûts d’opportunités196. En effet, la capacité d’un actif à être utilisé dans une transaction, le savoir-faire qui en a été acquis et sa durabilité dans la relation des agents rendent son exploitation optimale dans un cadre adapté.

La fréquence de transaction est une particularité très importante pour déterminer la structure de la gouvernance des transactions. En effet, pour une transaction utilisant un actif très spécifique et dont la fréquence est haute, il sera intéressant de les regrouper dans une organisation afin de centraliser les coûts élevés relatifs à une transaction réalisée avec des actifs très particuliers. De même, si les transactions sont peu nombreuses, alors le nombre d’agents économiques est faible, renforçant la probabilité de comportements opportunistes et donc l’insécurité dans la transaction.

Les coûts de transaction

Deux types de coûts sont relatifs à une transaction : les coûts ex ante et ex post.

Les coûts ex ante adviennent avant la réalisation du contrat et sont très complexes car il est difficile de prévoir les comportements opportunistes. L’enjeu des contractants est de s’entendre sur un arbitrage du résultat afin d’éviter un recours en justice coûteux et parfois inefficace. Les coûts ex ante sont traditionnellement distingués comme les coûts de négociations, de rédaction et de garanties du contrat197.

Les coûts ex post sont la conséquence de problèmes et conflits après la réalisation du contrat et sont par exemple : les coûts liés à un marchandage en cas de mauvaise exécution, une mauvaise adaptation du contrat, les coûts d’engagement ou encore les coûts organisationnels.

Ces deux sortes de coûts sont à considérer comme un tout et non de manière séquentielle. Ils sont difficilement quantifiables car des coûts personnels, comme le temps consacré à la transaction ou la fatigue sont pris en considération.

L’enjeu des transactions relève également de la capacité à trouver un cadre institutionnel adéquat pour minimiser les coûts de transactions et les coûts de production de l’actif nécessaire à la transaction.

3.1.4 Les structures de gouvernance

Une structure de gouvernances définit la manière dont la transaction va être gérée par les agents afin d’optimiser la transaction. La fréquence et la spécificité des transactions définissent ce cadre dont l’enjeu est d’être le plus efficace possible afin de minimiser les coûts de transaction. Il existe quatre types de gouvernance. Ils sont schématisés dans l’illustration ci-dessous :
Les différents types de gouvernance dans la théorie des coûts de transaction
Illustration 14: Les différents types de gouvernance dans la théorie des coûts de transaction (Williamson, 1985 dans AUNEGE, 2009)198

La gouvernance du marché (contractualisation classique) s’applique à des transactions peu spécifiques et pour un objet délimité sur des marchés ayant beaucoup d’acteurs. Les comportements opportunistes seront de ce fait limités car en cas d’insatisfaction, un contractant s’adressera à un autre agent économique lors du renouvellement de la transaction.

La gouvernance trilatérale (contractualisation néoclassique) est efficace dans le cas de figure où la spécificité d’un actif augmente. Les agents de la transaction ont donc intérêt à bâtir une relation dans le temps afin d’éviter des coûts de redéploiement, qui augmentent avec la spécificité de l’actif. Cependant, ils ne sont pas à l’abri de comportements opportunistes et ne peuvent également pas les prévoir ex ante. De ce fait, les deux contractants ont intérêt à choisir un arbitrage externe, d’où le nom de gouvernance trilatérale. Williamson s’oppose cependant à l’arbitrage de la justice qu’il estime coûteux et parfois inefficace.199

La contractualisation évolutive concerne les transactions dont les actifs sont très spécifiques et pour lesquelles les contractants doivent nouer une relation très étroite et sur le long terme. Deux formes de gouvernance sont alors possibles. La gouvernance bilatérale implique que chaque contractant garde son autonomie. La gouvernance unifiée indique que la transaction est retirée du marché et organisée sous une autorité unique200. Cette forme de gouvernance ne sera pas traitée car le consommateur de musique garde évidemment son autonomie dans l’achat de musique.

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