Le comportement de consommation de musique enregistrée en France

By 29 June 2013

1.4 Le consommateur

Cette sous-partie a pour but de comprendre la prise de position des consommateurs par rapport à la musique enregistrée avant l’arrivée des Nouveaux Médias.

1.4.1 Importance sociologique de la musique

Cette sous-partie étudie quelle place est accordée à la musique auprès des consommateurs.

En sociologie, la musique est une composante du style de vie d’un individu68. Le style de vie est un modèle relativement stable correspondant à l’expression individuelle de l’organisation du quotidien69 et est une des conséquences de l’appartenance à une classe sociale. L’œuvre de Bourdieu, sociologue français, s’est attachée à étudier les composantes de la société et à les classer afin de comprendre les comportements et les attentes d’une population. Ainsi, il définit l’appartenance à une classe sociale en deux axes : les facteurs matériels et culturels70. Les premiers sont relatifs à l’argent et à toute forme de propriété monnayable. Les seconds, quant à eux, désignent trois formes de propriété culturelle, et plus généralement intellectuelle : les biens intellectuels comme le savoir ou les compétences, les biens réels comme les produits culturels, et les biens institutionnels comme les diplômes71.

Ainsi, la musique, en tant que propriété culturelle, fait sociologiquement partie de l’identité d’une personne et d’une société. Concrètement, elle occupe une place importante dans la vie des consommateurs car elle représente la plus grande occupation de loisirs en termes de temps consacré72.

68 Gensch Gerhard, Stöckler Eva Maria, Tschmuck Peter, Musikrezeption, Musikdistribution und Musikproduktion – Der Wandel des Wertschöpfungsnetzwerks in der Musikwirtschaft, Wiesbaden, Gabler, 2008, 340 p., p.25
69 Gensch Gerhard, Stöckler Eva Maria, Tschmuck Peter, Musikrezeption, Musikdistribution und Musikproduktion – Der Wandel des Wertschöpfungsnetzwerks in der Musikwirtschaft, Wiesbaden, Gabler, 2008, 340 p., p.26
70 Gensch Gerhard, Stöckler Eva Maria, Tschmuck Peter, Musikrezeption, Musikdistribution und Musikproduktion – Der Wandel des Wertschöpfungsnetzwerks in der Musikwirtschaft, Wiesbaden, Gabler, 2008, 340 p., p.27
71 Gensch Gerhard, Stöckler Eva Maria, Tschmuck Peter, Musikrezeption, Musikdistribution und Musikproduktion – Der Wandel des Wertschöpfungsnetzwerks in der Musikwirtschaft, Wiesbaden, Gabler, 2008, 340 p., p.27
72 Stähler Patrick, Merkmale von Geschäftsmodelle in der digitalen Ökonomie, Cologne, Eul, 2001, 335 p., p.261

1.4.2 Désaffection de l’achat de musique enregistrée ?

Le comportement de consommation de musique enregistrée depuis le début des années 2000 laisse penser à un désintéressement des consommateurs pour le secteur. En effet, le marché du disque français a d’une part connu une forte baisse en volume et en valeur, et ce, de façon régulière, depuis le début des années 2000. D’autre part, le marché du spectacle vivant a connu des hausses de fréquentation73.

Hormis l’apparition du piratage massif lié à l’apparition des Nouveaux Médias, d’autres facteurs pourraient expliquer cette lassitude. Aucun courant artistique comparable au disco ou au rock n’a percé depuis les années 2000. De plus, la politique du « One-Hit- Wonder » s’est beaucoup développée, et le nombre de sorties s’est démultiplié durant la même période afin de consolider la croissance que l’industrie connaissait encore au début des années 2000. Cependant, le taux traditionnel de succès commercial de un pour dix ne s’est pas amélioré voire s’est nettement dégradé.74En tout cas, l’analyse des prix montre […]. En outre, les albums ayant rencontré le plus de succès depuis deux ans proviennent d’artistes inconnus auparavant. De nombreux exemples concrets peuvent illustrer ce propos : Amy Winehouse, Renan Luce, Rihanna, Mika, Christophe Willem, Yael Naim ou plus récemment, Lady Gaga.

Ainsi, ces constatations tendent à montrer que la musique est un centre d’intérêt important pour les consommateurs mais que ces derniers se désintéressent de la musique enregistrée. Parallèlement, l’apparition de nouveaux loisirs s’adressant au même public vient concurrencer la vente de disques dans la répartition du budget des loisirs du consommateur, dont les ressources sont par principe limitées.

73 Gensch Gerhard, Stöckler Eva Maria, Tschmuck Peter, Musikrezeption, Musikdistribution und Musikproduktion – Der Wandel des Wertschöpfungsnetzwerks in der Musikwirtschaft, Wiesbaden, Gabler, 2008, 340 p., p.166
74 Clement Michel, Ökonomie der Musikwirtschaft, Wiesbaden, Gabler, 2009, p.80

1.4.3 La concurrence de nouveaux loisirs

L’industrie musicale avait déjà pâti de l’apparition de nouveaux loisirs à deux reprises dans son histoire : au début des années 1930, le cinéma s’était démocratisé auprès du grand public et avait contribué à la première crise du secteur ; puis au début des années 1980, l’apparition du magnétoscope et le développement des jeux vidéo avaient désintéressé les consommateurs du marché de la musique enregistrée.

Un tel constat a également été réalisé avant l’apparition des Nouveaux Médias. A partir de la fin des années 1990, deux nouveaux types de divertissements se sont développés parallèlement aux loisirs traditionnels que sont la lecture et le cinéma : la téléphonie mobile et les jeux sur ordinateur. Ces deux industries ont connu une croissance folle, monopolisant de fait la puissance d’achat et le temps des consommateurs. Or, ces mêmes consommateurs ont également le profil typique d’amateurs et de consommateurs de musique enregistrée75. En Allemagne, le secteur de la téléphonie mobile a connu un chiffre d’affaire de 23 milliards d’euros en 2006. En moyenne, 20% des gains des compagnies de téléphonie mobile proviennent de l’envoi de SMS (Short Message Service) ou autre service de données (MMS…). Le marché mondial des jeux sur ordinateur représente 31 milliards de dollars, soit environ 21 milliards d’euros, et a connu une très forte croissance grâce à la sortie de nouvelles consoles (Hardware) et de nouveaux jeux (Software) qui ont su capter l’intérêt et la force d’achat du public : c’est le cas de la X Box de Microsoft ou encore de la PS3 de Sony. De plus, les jeux en ligne se sont fortement développés auprès du grand public : l’Allemagne comptait plus de 6 millions d’utilisateurs en 2006.76

Au terme de cette première partie, nous avons une idée plus nette du cadre traditionnel de l’industrie musicale. Basée sur un support physique qui a évolué au cours du temps, elle s’est construite autour de trois points stratégiques principaux, facteurs de coûts dans l’élaboration d’un album : la signature d’artiste, la promotion et la distribution. Un oligopole de maisons de disques s’est bâti autour de la maîtrise de ces enjeux et dirige le marché traditionnel. La loi, par la protection du droit d’auteur, a protégé un tel modèle et l’a rendu pérenne. Les consommateurs, quant à eux, s’intéressent vraisemblablement plus à la téléphonie mobile et aux jeux informatiques qu’à l’achat de disques pendant leur temps libre.

A l’apparition des Nouveaux Médias se sont ajoutés de nombreux facteurs expliquant le bouleversement de ce modèle : l’obsolescence du support disque, la hausse de l’équipement informatique des foyers français, la baisse du prix de l’équipement d’enregistrement et d’écoute ou encore une volonté de déconcentration de la part de certains acteurs du secteur. Alors que les Nouveaux Médias avaient suscité de nouvelles attentes dans la branche77, les conséquences sur le marché de la musique sont nombreuses, pas toutes porteuses de croissance. Ces différents points seront abordés dans la prochaine partie de cette étude.

77 Leyshon Andrew, Time – space (and digital) compression: software formats, musical networks, and the reorganisation of the music industry, Environment and Planning A, n°33, 2000, p. 49-77, p.51

L’industrie de la musique enregistrée et le consommateur aujourd’hui
Analyse de la création de valeur au regard des mutations engendrées par les Nouveaux Médias
Mémoire de fin d’études – Formation : Programme Grande Ecole 3ème année
ESC Rennes School of Business