Conduite à tenir devant une suspicion de maladie du charbon

By 25 June 2013

2.3.5 Conduite à tenir devant une suspicion de maladie du charbon
2.3.5.1 Définitions

Cas certain : charbon quelle que soit sa forme clinique et isolement de Bacillus anthracis à partir d’un échantillon clinique.

Cas probable : signes cliniques évocateurs :

– Tout charbon cutané ou
– Toute forme clinique dans un contexte de cas animaux ou humains confirmés
– Sans confirmation bactériologique.

Cas possible : chez un sujet préalablement bien portant :

– Tout syndrome septicémique avec défaillance respiratoire et radiographie thoracique évocatrice de médiastinite ou
– Tout syndrome septicémique avec Bacillus spp isolé d’un site normalement stérile (hémoculture, LCR) si le bacille isolé est non hémolytique et/ou s’il est associé à un syndrome clinique suggestif de charbon.

Exposition potentielle : toute annonce ou découverte d’une contamination potentielle par le bacille du charbon (lettre, contamination de l’air par un aérosol, d’un aliment ou du réseau d’eau) en l’absence de confirmation microbiologique environnementale ou de cas de charbon parmi la population exposée.

Exposition avérée : toute annonce ou découverte d’une source potentielle de contamination par le bacille du charbon suspect, contamination de l’air par un aérosol, d’un aliment ou du réseau d’eau, avec confirmation microbiologique positif et/ou au moins d’un cas de charbon parmi la population exposée.

2.3.5.2 Quand et comment signaler ?

Le charbon fait partie de la liste des maladies à déclaration obligatoire (DO). Le diagnostic d’un seul cas, qu’il soit certain ou possible, doit donner lieu à un signalement immédiat par téléphone à la Direction Départementale des Affaires Sociales (DDASS). En parallèle, une fiche de notification doit être transmise à la DDASS (annexe 1).

Toute exposition avérée au bacillus du charbon doit donner lieu à un signalement immédiat à la DDASS (6).

2.3.5.3 Investigation épidémiologique
2.3.5.3.1 Investigation d’un cas de charbon

Face au signalement d’un cas de charbon, une investigation doit être mise en œuvre immédiatement par la DDASS en collaboration avec la Direction des Services Vétérinaires (DSV). L’assistance de la Cellule interRégionale d’épidémiologie d’intervention (CIRE) et de l’InVS doit être requise.

Cette investigation a pour but de confirmer la maladie, d’identifier d’autre cas liés au signalement, d’identifier le mode de transmission, la source d’exposition (en particulier d’apporter des arguments en faveur d’une origine naturelle ou malveillante) et de définir la population exposée afin de guider les mesures préventives à instituer (6).

Confirmation du diagnostic : La confirmation des cas nécessite un interrogatoire du patient et/ou de sa famille, une revue minutieuse des dossiers cliniques et des examens complémentaires déjà réalisés. Il faut documenter précisément les symptômes et la date de leur survenue et faire réaliser si nécessaire les prélèvements utiles qui seront traités par le laboratoire compétent (hospitalier ou autre). Si Bacillus anthracis est suspecté, la souche est transmise immédiatement au laboratoire de référence pour confirmation.

Recherche active d’autres cas dans l’entourage du cas identifié : Cette recherche doit cibler l’entourage familial, professionnel ou géographique du patient, ou tout groupe de personnes ayant une exposition commune à un danger de charbon naturel ou criminel. Elle concerne tout cas de charbon certain, probable ou suspect. Elle tient compte de la période d’incubation de la maladie et des informations disponibles sur le type d’exposition (source commune ponctuelle ou persistante). Elle peut faire appel aux cliniciens et laboratoires hospitaliers de la zone concernée, au laboratoire de référence (demande de test biologique), ou à la population exposée si celle-ci peut être définie.

Recherche d’une origine naturelle : Elle nécessite l’interrogatoire minutieux du patient, de sa famille et de son entourage professionnel à la recherche 1) d’un contact récent avec des animaux malades ou des produits animaux venant d’abattages non contrôlés, 2) de l’ingestion de ces mêmes produits, 3) de la possibilité d’inhalation de spores provenant de produits artisanaux importés de zone d’endémie. La recherche d’une exposition doit inclure les 8 semaines précédant le début des signes en cas de charbon par inhalation, les 2 semaines précédentes en cas de charbon digestif, et la semaine précédente en cas de charbon cutané. La date et le lieu précis de cette exposition doivent être documentés. Si une origine ” naturelle ” est envisagée, une enquête conjointe entre la DDASS et la DSV doit être conduite.

Recherche d’une origine malveillante : Si aucune origine naturelle n’est retrouvée, il faut approfondir l’enquête à la recherche de toute autre exposition suspecte pendant la même période. On s’attachera à reconstituer en détail les déplacements du patient, à documenter son lieu de résidence, sa profession et son lieu de travail, et à rechercher tout événement notoire survenu récemment (lettre ou colis suspect, etc.). L’hypothèse d’une dissémination par aérosol est à envisager devant la survenue de cas de charbon regroupés dans le temps et l’espace pour lesquels aucune cause ” naturelle ” n’a été mise en évidence, a fortiori s’il s’agit de forme d’inhalation.

L’investigation initialement descriptive est à compléter par une étude analytique (cas-témoins, cohorte).

2.3.5.3.2 Investigation d’une exposition avérée

L’investigation épidémiologique a pour but d’identifier les groupes de population exposée à un risque avéré afin de mettre en place les mesures de prévention adéquates et d’assurer un suivi de la population exposée (6).

Scénarios possibles :

– réception d’une lettre ou paquet suspect
– annonce délibérée de la contamination d’un bâtiment (système de climatisation par exemple)
– annonce délibérée de la diffusion d’un aérosol à ciel ouvert
– annonce délibérée de la contamination d’un aliment ou d’un réseau d’eau

Définition de la zone d’exposition :

– pour une lettre ou un colis suspect : pièce(s) où l’objet a été découvert et/ou manipulé
– pour la contamination d’un bâtiment : ensemble du bâtiment
– pour une aérosolisation à ciel ouvert : les caractéristiques de diffusion d’un aérosol sont peu connues. Un aérosol de spores du charbon peut rester en suspension pendant au maximum 24 heures, et l’influence des conditions météorologiques (vents dominants) est importante. La zone d’exposition sera définie a posteriori par le regroupement spatial des cas, et/ou par l’enquête environnementale et/ou de police.

Conduite à tenir face à une exposition avérée :

– Identification de la population exposée : toutes les personnes présentes dans la zone d’exposition doivent être identifiées. La liste des personnes exposées et toujours présentes au moment de la prise en charge initiale de l’incident doit être établie. Éventuellement, il faut s’attacher dans un second temps à identifier les personnes exposées mais ayant quitté la zone avant cette prise en charge initiale. La zone d’exposition peut être réévaluée en fonction des caractéristiques des cas déclarés secondairement (voir entrée : investigation d’un cas).

– Suivi des personnes exposées : les informations initiales à recueillir comprenant l’identification complète des personnes (nom, prénom, adresse, téléphone), âge, sexe, grossesse en cours (peut orienter le choix du traitement prophylactique), circonstances précises de l’exposition (type, lieu, durée), type de prélèvements réalisés, et type de prise en charge. Les informations ultérieures documenteront l’apparition éventuelle de signes cliniques évocateurs de la maladie du charbon.

Lire le mémoire complet ==> (La maladie du charbon : Zoonose d’actualité en milieu agricole)
Mémoire Pour l’obtention du Diplôme de Médecine Agricole
Institut National de Médecine Agricole INMA