Traiter ce poids? Gain et perte de poids – gestion du poids

By 6 May 2013

2.6 Traiter ce poids?

L’intervention visant à corriger le poids agit sur ce que les experts appellent la « balance énergétique ». Elle met en relation l’énergie ingérée (alimentation) avec l’énergie dépensée (activité). L’effet souhaité pourra être obtenu et agissant sur l’un et/ou l’autre de ces pôles. Ainsi, pour un gain de poids, cette balance devra être positive alors que pour une perte de poids, cette balance devra être négative.

L’expérience démontre que la gestion du poids n’est pas seulement cette équation mathématique. Une foule d’autres facteurs (génétiques, psychologiques, physiologiques, culturels ou encore environnementaux) affectent le poids et complexifient considérablement sa gestion (American Dietetic Association 2002) (GTPPP 2004,) à telle enseigne que bon nombre de professionnels de la santé reconnaissent aujourd’hui qu’il y a peu de problématiques médicales aussi frustrantes à traiter que l’excédent de poids (Eckel R H. 2003).

Malgré l’incroyable développement des connaissances liées au poids, un fait demeure. La pierre angulaire de toute intervention sérieuse qui a pour objet d’améliorer le statut pondéral9 est la modification des habitudes de vie, dont l’alimentation et l’activité physique (American Dietetic Association 2002) (Eckel R H. 2003) (Canadian Medical Association 2006). Or, les autorités, médicales comme nutritionnelles, s’accordent toutes pour reconnaître que les succès à long terme de ce type d’intervention demeure, au mieux, modeste.

Les revues de la littérature qui se sont penchées sur l’efficacité de la modification des habitudes alimentaires afin d’améliorer le statut pondéral, révèlent que les données disponibles qui attesteraient cette efficacité sont limitées et manquent d’homogénéité. Les périodes post-intervention au cours desquelles on cherche à établir si le poids perdu est maintenu, sont au mieux de 12 mois alors qu’elles devraient être de 12, 36 et 60 mois (Mongeau L et al 2004). De plus, ces études connaissent généralement un taux d’abandon très élevé, ce qui en réduit la validité statistique. Les plus optimistes leur accordent un taux de réussite médian de 15 % auquel s’ajouterait un effet adjuvant lorsque les interventions s’accompagnent de thérapie de groupe, de modification de comportement et d’un suivi actif (Ayyad C & Anderson T 2000), alors que d’autres se limitent à dire que l’efficacité réelle de ce type d’intervention échappe tant aux patients qu’aux professionnels de la santé (Jeffrey Rw et al 2000). Force est de constater qu’il n’existe aucune intervention axée uniquement sur l’alimentation qui soit vraiment efficace (Mendelson R et al 2007) (Avenell A et al 2004).

9 Les experts ne parlent plus de normaliser ou de corriger le poids. Il appert qu’en situation d’excédent de poids, une perte d’au moins 5 % maintenue pour une période supérieure à 2 ans permet de produire des bénéfices mesurables et ressentis en matière de santé (JADA 2002).

L’intervention qui vise l’amélioration du poids grâce à l’activité physique est certes fondée scientifiquement. Néanmoins, les preuves de son efficacité, en particulier quant à la prévention de la prise de poids post intervention, demeurent peu concluantes. Il en serait de même pour les programmes d’activité physique visant le maintien d’un poids santé (Prud’homme D et al 2007).

Les interventions dites comportementales qui misent sur la modification des modes d’alimentation, le renforcement positif, les objectifs réalistes et la gestion du stress auraient produit des retombées intéressantes. Cependant, les études sur l’efficacité de ce type d’intervention observent que les participants à ces études démontraient une réelle volonté de changement et une réelle compréhension des enjeux (Vallis M 2007). Ainsi, il est maintenant recommandé d’attester la réelle volonté de changement de la personne présentant un excès de poids avant d’amorcer tout traitement (Dent R et al 2007). Il est également recommandé d’offrir à cette personne un soutien éducatif qui l’aidera tout au long du processus de modification du comportement (Vallis M 2007).

Si l’intervention qui se concentre sur un seul facteur de risque se révèle peu efficace, la combinaison d’approches axées sur les habitudes de vie pourrait s’avérer plus prometteuse. Cependant, les données actuelles démontrent, ici aussi, un taux d’abandon très élevé de la part des participants, limitant du coup la mesure de l’efficacité réelle de ce type d’intervention10. Néanmoins, les données probantes peu nombreuses et celles qualifiées de non concluantes confirmeraient la pertinence d’une intervention combinée en matière d’habitude de vie (Norris SL & Zhang X et al 2004; Vance VA et al 2007) qui mise sur le long terme (American Dietetic Association August 2002). Sur ces mêmes bases, les plus récentes recommandations en matière de gestion du surpoids favorisent l’intervention clinique multidisciplinaire (médecin, infirmière, psychologue, nutritionniste et kinésiologue) qui s’accompagne d’un suivi à long terme (Dent R et al 2007).

En ce qui a trait aux autres types d’interventions, tels le traitement pharmacologique et la chirurgie, ils peuvent être pertinents dans certaines circonstances et en complément à la combinaison d’approches qui visent à modifier les habitudes de vie. Il est à noter que leur efficacité et leur innocuité à long terme restent encore à démontrer (Canadian Medical Association 2006).

La faible efficacité attribuée aux interventions des professionnels de la santé en matière de gestion du poids agirait comme un incitatif pour le public à recourir aux solutions faciles qui font l’objet d’importants battages publicitaires (Eckel R H. 2003). Or ces produits, services et méthodes amaigrissantes (PSMA) sont généralement peu efficaces, nuisent à une prise en charge saine du poids (Mongeau L et al 2004) et sont hors de prix (Tsai AG & Wadden TA 2005).

Puisque les différentes stratégies dites cliniques, développées au fil des ans, n’ont pas su renverser, stopper ou encore ralentir la progression de la prévalence de l’obésité (Noël PH & Pugh JA 2002), que l’efficacité à long terme de ces stratégies est, au mieux, fort limitée, et en considération des risques importants pour la santé que représente l’obésité, l’Association médicale canadienne recommandait dès 1999 de privilégier les actions qui misent sur la prévention du problème (Douketis JD et al 1999). Depuis, il y a unanimité tant du côté des chercheurs que des groupes de professionnels de la santé pour que les gouvernements adoptent des stratégies de prévention intensives et immédiates pour prévenir l’augmentation de la prévalence des poids excédentaires (Canadian Medical Association 2006) (American Dietetic Association 2002). Du même souffle, le comité d’experts de l’association médicale canadienne reconnaissait par ailleurs que le niveau de connaissances en matière de prévention afin d’identifier les meilleures approches étaient, au mieux, insuffisant (Canadian Medical Association 2006).

10 Il appert qu’une des raisons expliquant les hauts taux d’abandon des programmes d’interventions qui misent sur les saines habitudes de vie serait que ce type de service n’est pas remboursé par les compagnies d’assurances aux États-Unis (Tsai 2006).

Des gouvernements ont entendu l’appel de l’urgence d’agir en prévention et y ont répondu, malgré le peu de données concluantes justifiant ce type d’action. Ainsi, en 2006, le Québec rendait public son Plan d’action gouvernemental de promotion des saines habitudes de vie et de prévention des problèmes liés au poids, « investir pour l’avenir ». Ce plan touche sept ministères sur cinq axes différents : favoriser la saine alimentation, favoriser un mode de vie physiquement actif, promouvoir des normes sociales favorables, améliorer les services aux personnes aux prises avec un problème de poids et favoriser la recherche et le transfert de connaissances. Du coup, il annonce une intensification de la surveillance du poids par la santé publique.

Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie
Université de Montréal – Faculté des études supérieures et postdoctorales – sociologie