Mémoires d’Algérie : Année de l’Algérie en France

By 2 May 2013

Université Lumière Lyon 2 / ARSEC

DESS – Développement culturel et Direction de projet

Mémoires d’Algérie
Année de l’Algérie

Jean-Philippe Séchaud

Directrice de mémoire : Lela Bencharif

2002/2003

Introduction :

1-Problématique:

L’année 2003 a été décrétée par les autorités algériennes et françaises, Djazaïr, une année de l’Algérie en France. Les liens entre les deux pays remontent aux années 1830, date de la colonisation de cette région par les troupes du roi Charles X. Plus de 170 ans d’histoire commune, traversées de nombreux conflits dont le plus douloureux, pour nos contemporains des deux rives, demeure celui qui conduit aux accords d’Evian et à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Un peu plus de 40 ans après, les Français sont donc conviés à s’intéresser à la création contemporaine de ce pays, mais aussi à se pencher sur l’héritage commun à nos deux peuples et à dialoguer dans un esprit de partage et de reconnaissance mutuelle. Louables intentions quand on connaît la difficulté des relations entre les deux pays, mais aussi la xénophobie chronique dont sont l’objet, dans leur vie quotidienne, les maghrébins et les français d’origine maghrébine vivant en France.

Je me suis donc interrogé. Dans quels buts, par delà les arguments officiels, a été décrétée et organisée l’Année de l’Algérien ? En quoi cette série de manifestations artistiques et culturelles, inaugurées en grandes pompes, mais difficilement lisibles dans le quotidien de ces quelques mois, contribue-t-elle à développer une atmosphère de partage et de reconnaissance mutuelle ? Pourquoi des structures, des associations, des institutions, des artistes ont choisi ou non d’organiser des évènements labellisés Djazaïr 2003 ? Comment les contacts réalisés, les liens noués à l’occasion de toutes ces manifestations vont-ils perdurer quand nous serons entrés, en 2004, dans l’Année de la Chine ? Quelles dimensions pédagogiques peuvent prendre les initiatives de l’Année de l’Algérie dans la nécessaire transmission en direction des générations à venir de ce qui fait l’histoire commune aux deux pays ?

J’ai donc choisi d’abord de relire, rapidement, l’histoire de l’immigration algérienne coloniale et post-coloniale, afin de poser les repères historiques indispensables à la compréhension de la situation d’aujourd’hui et de son inscription, si marginale, dans notre propre histoire, malgré la permanence, depuis près d’un siècle, d’une immigration venue de cette terre.

J’ai ensuite choisi de décrire les conditions politiques qui ont présidé à la décision de faire de 2003 une année de l’Algérie en France. Quels ont été les dispositifs mis en place pour concrétiser cette décision des deux états ? Comment les différents acteurs concernés ont réagi à une telle initiative et à sa mise en place ?

Puis je me suis appuyé sur deux exemples d’évènements labellisés dans la région Rhône-Alpes, deux expositions, l’une à Lyon et l’autre à Grenoble, pour tenter de répondre à quelques questions. Dans deux cadres très différents, avec des moyens visiblement eux aussi différents, qu’est ce que nous raconte ces deux expositions de l’ancrage dans les deux agglomérations de l’immigration algérienne ? De quelle manière les collectivités territoriales, principaux maîtres d’œuvre et financeurs de ces évènements, se sont saisies de l’occasion pour valoriser ou non les apports de l’immigration à leur territoire ? Comment ont été mobilisées les ressources associatives ou autres issues des populations de ces communes dans la réalisation concrète de ces expositions ?…

Enfin, j’ai voulu ouvrir quelques pistes de réflexion sur les modes de transmission nécessaires à la continuité des mémoires de l’immigration algérienne. Comment éviter que les générations futures reproduisent l’amnésie collective dont semble victime ou coupable l’ensemble de la société française dès qu’il s’agit d’évoquer la présence des immigrés algériens et de leur famille en son sein ?

2- Motivations :

Les raisons pour lesquelles je me suis intéressé à l’Algérie sont multiples.

Au départ, m’investissant dans une association dont l’objet est de s’interroger sur l’intérêt des mémoires individuelles au regard de l’histoire, sur l’apport de ces expériences humaines à l’histoire collective heureuse ou malheureuse de nos contemporains, j’ai vu l’opportunité de creuser un sujet qui pouvait servir les projets de cette structure.

Parallèlement à ça, je constatai au fur et à mesure que l’année s’écoulait, le peu de lisibilité des évènements estampillés Djazaïr 2003. Et je m’interrogeai sur l’intérêt de l’organisation de ces années consacrées à un pays, un compositeur, un écrivain… Je reste étonné devant le nombre de manifestations destinées à commémorer, célébrer ou remettre au goût du jour des évènements, des œuvres ou des cultures. Surtout que face à cette très respectable volonté de faire en sorte que l’on n’oublie pas ces différents aspects de l’histoire, ici ou ailleurs, je peste souvent contre l’amnésie collective qui semble toucher jusque les hautes sphères de l’État : occultation générale d’évènements importants liés à la colonisation (répression sanglante des manifestations de Sétif en 1945, conséquences de la manifestation du 17 octobre 1961 dans les rues de Paris…). Bref, une réelle dichotomie entre le discours consensuel sur le devoir de mémoire et la réalité des pratiques politiques dans ce domaine.

Enfin, je me suis rendu compte que ce sujet constituait aussi pour moi un travail de mémoire, sans jeu de mots, personnel et familial. Je suis né en 1956, année où un certain nombre de jeunes hommes ont été rappelés pour participer à ce qu’on appelait alors pudiquement “des opérations de maintien de l’ordre” en Algérie. Parmi eux, mon père qui, l’année même de ma naissance, a du quitter ma mère pour accomplir son devoir. Et c’est le silence, black out total sur cette période de sa vie, qu’il observe depuis aussi longtemps que je me souvienne, qui m’a incité à essayer de comprendre pourquoi, aujourd’hui, comme beaucoup de nos concitoyens, il voue un ressentiment hors de proportion à l’égard de tout individu dont les origines se situent sur l’autre rive de la Méditerranée.

1ère partie : Petite histoire de l’immigration algérienne coloniale et post- coloniale
1- Les origines de la colonisation (1830- 1900)
a- La conquête (1830- 1847)
b- Mise en place de l’administration (1847- 1870)
c- La colonisation s’intensifie (1870- 1900)
2- La contribution algérienne à la défense et au développement économique de la France (1900- 1945)
a- Les premiers immigrés (1900- 1918)
b- L’entre deux guerres (1918- 1939)
c- La deuxième guerre mondiale (1939- 1945)
3- La guerre d’Algérie (1945- 1962)
a- Les origines de la guerre d’indépendance (1945- 1954)
b- La guerre pour l’indépendance (1954- 1962)
4- Harkis, rapatriés et immigrés (1962- 1990)
a- Des centaines de milliers d’exilés (1962- 1970)
b- L’émergence de la génération beur (1970- 1990)
5- Aujourd’hui (1990- 2003)
2ème partie : Une Année de l’Algérie en France, pourquoi, comment ?
1- Pourquoi organiser une Année de l’Algérie en France ?
a- Les décideurs et les organisateurs
b- Les objectifs de l’Année de l’Algérie
c- Les empêcheurs de fêter en rond
2- Comment s’organise l’Année de l’Algérie ?
a- Les outils logistiques
b- Les moyens financiers
3ème partie : Deux villes, deux expositions, deux manières de célébrer l’Année de l’Algérie
1- L’Algérie à Lyon, une mémoire centenaire
a- L’Année de l’Algérie à Lyon
b- Un exemple, l’exposition conçue par l’historien Philippe Videlier
c- L’exposition, reflet de la mémoire de l’immigration à Lyon ?
2- Français d’Isère et d’Algérie
a- L’Année de l’Algérie à Grenoble
b- Un exemple, l’exposition du Musée Dauphinois
c- L’exposition, reflet de la mémoire de l’immigration à Grenoble ?
3- Quelle mémoire transmise aux visiteurs des expositions ?
a- Les points communs
b- Les différences
4ème partie : Comment le travail de mémoire peut- il s’effectuer aujourd’hui ? Comment transmettre aux générations futures ? Quels outils mettre en place pour éviter l’oubli ?
1- La présence de l’Algérie dans l’histoire enseignée
a- La colonisation telle qu’on l’enseigne
b- L’histoire enseignée en Algérie
2- Le travail de mémoire
a- L’acceptation de l’autre
b- Le syndrome de l’universalité
Conclusion

Sommaire :

  1. Les origines de la colonisation de l’Algérie 1830-1900
  2. La contribution algérienne à la défense de la France 1900-1945
  3. Les origines de la guerre d’indépendance de l’Algérie, 1945-1954
  4. La guerre d’Algérie pour l’indépendance 1954-1962
  5. Harkis, rapatriés et immigrés 1962-1990
  6. L’immigration algérienne aujourd’hui 1990- 2003
  7. Pourquoi organiser une année de l’Algérie en France ?
  8. L’organisation de l’Année de l’Algérie en France : Comment ?
  9. L’Algérie à Lyon, une mémoire centenaire
  10. L’exposition, reflet de la mémoire de l’immigration à Lyon ?
  11. Français d’Isère et d’Algérie : l’année de l’Algérie à Grenoble
  12. Les visiteurs de l’exposition de Lyon et l’année de l’Algérie
  13. La présence de l’Algérie dans l’histoire enseignée en France
  14. L’Algérie et la France: l’acceptation de l’autre
  15. Le syndrome de l’universalité de la culture française