L’immigration algérienne aujourd’hui 1990- 2003

By 2 May 2013

5- Aujourd’hui (1990- 2003) :

En octobre 1990 des émeutes urbaines à Vaulx en Velin dans la région lyonnaise, démontrent que les mesures politiques prises dix ans auparavant n’ont pas répondu aux aspirations et aux difficultés des populations vivant dans des cités en première ligne sur le front de la crise économique et du chômage. Pendant ce temps en Algérie, 400.000 personnes descendent dans les rues d’Alger pour protester contre la loi sur la généralisation de la langue arabe.

L’été 1991 sera marqué dans toutes les villes de France par les manifestations des enfants de harkis 31 dénonçant leurs conditions de vie de plus en plus difficiles. Les gouvernements passent et aucune véritable mesure concrète n’est prise pour trouver des solutions aux difficultés rencontrées par cette population. Devant l’ampleur du mouvement le gouvernement adopte une série de 25 mesures administratives en faveur des harkis.

En Algérie, la situation empire lorsque le 29 juin 1992, six mois après son retour d’un exil de 30 ans, Mohamed Boudiaf est assassiné par un officier algérien chargé de sa sécurité. Refusant de cautionner un régime militaire voulu par Ben Bella, il avait pris le chemin de l’exil. Rappelé pour prendre en main les destinées du pays il avait su séduire la jeunesse algérienne malgré son absence de l’histoire officielle. Son discours clair contre la corruption, sa volonté de s’engager résolument pour le changement et de traiter les vrais problèmes auxquels se trouvent confrontée l’Algérie l’avaient rendu très populaire en quelques semaines et l’espoir placé en lui était à la mesure de la consternation qui règne après son assassinat.

Ce meurtre suit de quelques semaines, celui d’une autre personnalité. Jacques Roseau, président du RECOURS, l’une des plus importantes associations de rapatriés, est abattu au volant de sa voiture dans les rues de Montpellier. Tout en maintenant une ligne revendicatrice forte, il avait engagé son mouvement dans plusieurs tentatives de rapprochement avec l’Algérie, ce qui lui valut la haine farouche des nostalgiques de l’Algérie française et de l’extrême droite.

31 Stéphanie Abrial Les enfants de harkis, de la révolte à l’intégration L’Harmattan 2002

Après l’annulation du deuxième tour des élections générales en Algérie, suite à l’incontestable succès remporté au premier tour par le FIS, Front Islamique du Salut, le pays sombre dans une violence aveugle. Avec une interminable succession de massacres dont sont victimes des innocents tombant sous les coups du GIA ou de groupes non identifiés que l’on soupçonne, dans certains cas d’être proche des militaires au pouvoir. Des actions qui touchent parfois le territoire ou les ressortissants français, comme la série d’attentats de 1995, l’affaire Kelkal, l’assassinat des moines de Tibéhirine ou de l’évêque d’Oran.

En 1997, des enfants de harkis entament une grève de la faim pour protester contre la non- application des lois votées au Parlement pour résoudre leurs problèmes et qui n’ont jamais été appliquées. Ils demandent également que la France reconnaissent avoir abandonné des centaines de milliers de harkis désarmés en Algérie en 1962.

Le 5 octobre 1999, une loi reconnaissant la dénomination “guerre d’Algérie” est votée par le Parlement français. Cette évolution semble la conséquence de l’arrivée au pouvoir dans la dernière décennie d’hommes politiques qui ont fait cette guerre au cours de leur jeunesse. C’est le cas de Jacques Chirac, de Lionel Jospin et de Jean-Pierre Chevènement.

Le 25 septembre 2001, le président de la république française inaugure une plaque en hommage aux Algériens musulmans ayant combattu aux côtés de la France durant la guerre d’Algérie. Cette date sera désormais celle de la journée nationale d’hommage aux harkis. Quelques semaines plus tard une autre plaque commémorative est inaugurée, cette fois par le nouveau maire de Paris, Bertrand Delanoë. Celle-ci rend hommage aux victimes de la manifestation du 17 octobre 1961. Les réactions d’hostilité à cette initiative sont nombreuses, notamment chez les policiers.

Quelques jours plus tôt, la question du malaise identitaire d’une partie de la jeunesse issue de l’immigration, ressurgit brutalement devant les yeux de millions de téléspectateurs, au cours du match amical de football opposant la France à l’Algérie au Stade de France. La pelouse du stade est envahi par des dizaines de jeunes avant la fin de la rencontre interrompant la partie et provoquant la colère des joueurs, qui à l’image de Lilian Thuram, sont eux-mêmes issus des banlieues.

Enfin, alors que la question de la torture pendant la guerre d’Algérie occupe le devant de la scène au cours des derniers mois avec, notamment, le témoignage du général Aussaresses et son procès, les autorités françaises et algériennes décident que l’année 2003 sera une année de l’Algérie en France. Des centaines de manifestations essentiellement culturelles sont programmées dans le but de permettre aux Français de mieux connaître la création contemporaine algérienne. Certains s’en réjouissent, d’autres crient au scandale considérant que c’est une manière pour le pouvoir algérien de faire oublier la violence qui secoue le pays depuis plus de dix ans et de se refaire une virginité diplomatique sur le plan international.

Lire le mémoire complet ==> (Mémoires d’Algérie : Année de l’Algérie en France)
Mémoire – DESS – Développement culturel et Direction de projet
Université Lumière Lyon 2 / ARSEC