L’excès de poids comme facteur de risque des maladies

By 6 May 2013

2.2 L’excès de poids comme facteur de risque.

L’excès de poids comme facteur de risque du développement de certaines pathologies8 fait l’objet d’un très large consensus au sein de la communauté médicale et scientifique (Calle EE et al 1999; Dey DJ et al 2001; Santé Canada ; Singh PN & KD. 1998). Ainsi, l’OMS observe que le surpoids et l’obésité entraînent de graves conséquences pour la santé et ces risques augmentent progressivement selon l’importance de la surcharge pondérale (OMS 2006). Cette surcharge pondérale est un facteur de risque notamment des maladies chroniques suivantes :

* Les maladies cardiovasculaires (principalement cardiopathie et accident vasculaire cérébral), qui sont déjà la première cause de décès dans le monde (17 millions de morts par an);
* Le diabète, qui a rapidement pris des proportions épidémiques. L’OMS prévoit que les décès dus au diabète augmenteront de plus de 50 % dans le monde au cours des dix prochaines années;
* Les troubles musculo-squelettiques, en particulier l’arthrose;
* Certains cancers (endomètre, sein et côlon).

Les lignes directrices canadiennes pour la classification du poids chez les adultes de Santé Canada, font, à quelques pathologies près, le même portrait causal.

L’OMS affirme que quelque 60 % des décès dans le monde et 47 % de la charge mondiale de morbidité seraient attribuables aux maladies chroniques et que d’ici 2020, ces chiffres pourraient atteindre 73 % et 60 %. En 2002, une étude du groupe bancaire UBS Warburg affirmait que 300 000 décès aux États-Unis étaient reliés à l’obésité (UBS Warburg Decembre 2002).

Les différents observateurs et responsables de santé publique notent que non seulement les maladies chroniques liées à la surcharge pondérale sont responsables de l’essentiel de la charge de morbidité, mais qu’elles frappent en outre plus tôt dans la vie (ce serait notamment le cas du diabète de type 2. Jusqu’à récemment associé aux adultes, ce type de diabète frappe maintenant un nombre croissant de jeunes âgés de moins de 18 ans), mais réduit également l’espérance de vie ainsi que le nombre d’années durant lesquelles les personnes peuvent vivre en santé (Canadian Medical Association 2006; Conseil canadien sur la santé mars, 2007). Selon une étude britannique, les personnes obèses avaient une espérance de vie en moyenne réduite de 9 ans (House of Commons Health Committee 2002-2003). De plus, la mortalité et la morbidité croîtraient à mesure que l’IMC augmente, mais que cette augmentation est nettement plus marquée lorsque l’IMC est supérieur à 30 (OPDQ 2000).

L’excès de poids s’accompagne également de plusieurs conséquences psychosociales engendrées par les préjugés et la stigmatisation. Ces conséquences s’observeraient dans toutes les couches de la société, chez les deux sexes, à tous les âges. De l’opinion de certains, les préjugés envers l’obésité constitueraient la dernière forme de préjugés socialement acceptée dans nos sociétés (OPDQ 2000).

2.3 D’un facteur à une maladie à une épidémie

Jusqu’à récemment, la surcharge pondérale était essentiellement présentée comme un facteur de risque associé à une ou plusieurs maladies (comorbidité). Or, en 1985, un groupe d’experts mandatés par le National Institut of Health s’est penché sur la problématique du surpoids, en particulier sur la morbidité, la mortalité qui y sont associées de même que sur les demandes de remboursement de frais de santé qui y sont liées et qui ont été effectuées auprès des compagnies d’assurance. Il en est venu à la conclusion que si le poids excède le poids désirable de 20 % et plus, l’excédent de poids devient obésité et maladie (Eckel R H. 2003). Certains auteurs vont plus loin.

Si l’obésité est généralement présentée comme un facteur de risque important pour nombre de pathologies (Bray G A. 2004), elle est également définie comme la maladie de la surnutrition ou encore comme une conséquence métabolique du déséquilibre nutritionnel (Drewnowsky A & Warren-Mears V-A. 2003). D’autres, comme Bray, affirment que la surcharge pondérale (IMC > 25) est rien de moins qu’une maladie chronique qui afflige aujourd’hui 60 % des Américains.

Selon certains endocrinologues, un nouveau syndrome frappe 47 millions de Nord- Américains : le syndrome métabolique (Extenso 2009). Selon l’OMS, il s’agit d’une combinaison de facteurs augmentant sérieusement les risques de diabète, de maladies du cœur, ainsi que des maladies en découlant : insuffisance rénale, affection de la rétine de l’œil, etc. Il se manifeste quand, chez la même personne, on retrouve au moins un des facteurs suivants : intolérance au glucose, diabète de type 2, résistance à l’insuline et au moins 2 des facteurs suivants : hypertension, obésité, lipides sanguins élevés (dyslipidémie), microalbuminurie (protéines dans les urines).

Compte tenu de l’importance du nombre de personnes qui accusent un surpoids – l’OMS et les experts de santé publique parlent d’épidémie d’obésité — et des problèmes de santé qui y sont généralement associés et de l’augmentation de la mortalité qui en découle, ce symptôme, ce facteur de risque qu’est l’excès de poids n’est plus qu’un simple problème cosmétique, de perception ou d’image corporelle (Canadian Medical Association 2006). L’excédent de poids est devenu une maladie, souvent grave, qui doit être traitée sans délai.

Comme on peut le constater, au cours des vingt dernières années, il y a eu évolution sémantique importante et rapide autour de l’obésité. De manifestation biologique, à facteur de risque, à maladie, il est maintenant question d’épidémie ou crise de l’obésité.

Le recours aux expressions de crise ou d’épidémie pour décrire l’augmentation de la prévalence du surpoids et de l’obésité, pour certains, n’est rien de moins qu’une métaphore pour justifier la mise en œuvre d’actions dites urgentes. Elle implique que cette manifestation (l’augmentation de la prévalence du surpoids) a des répercussions majeures pour les institutions et les cultures (Lindenbaum S & Kuru 2001). Elle évoque l’émotivité associée aux épidémies de maladies infectieuses et rend légitime le recours aux mêmes types d’action que pour ces maladies infectieuses, mais surtout l’intervention publique.

Cette évolution suscite la réflexion. Elle permettrait certes la stigmatisation puis les actions à prendre à cause des risques, des dangers que le surpoids et l’obésité représentent tant pour ceux qui en sont atteints que pour la société dans son ensemble (Gard M & Wright J 2005). Mais, cette évolution n’est pas celle d’une pathologie. Par analogie, on assiste à la description d’une problématique bien réelle par le recours à ces termes propres à la médecine. Ainsi, ce changement terminologique progressif pourrait bien être un exemple de médicalisation. De fait, il pourrait y avoir une attribution de causes et de solutions médicales à un problème dont les causes sont d’ordre non médical (Collin J. 2007).

Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie
Université de Montréal – Faculté des études supérieures et postdoctorales – sociologie