L’essor des fonds d’investissement carbone CO2

By 4 May 2013

d. Essor des fonds d’investissement carbone

Dans une étude datée de novembre 2007, « Fonds d’investissement CO2 : l’essor des capitaux privés », Ian Thomas Cochran et Benoît Leguet (Caisse des Dépôts) détaillent l’activité de ces « véhicules d’investissement conçus pour regrouper des capitaux publics ou privés en vue de l’achat d’actifs carbone sur le marché primaire.

Ces fonds d’investissement exploitent principalement les mécanismes de flexibilité mis en place par le protocole de Kyoto pour s’approvisionner en actifs carbone ». Historiquement, le premier de ces fonds a été créé en 1999 par la

Banque Mondiale : le Prototype Carbon Fund, doté de 180 millions de dollars. Depuis 2003, plus de dix nouveaux fonds ont été créés par an, pour un volume total à fin 2007 de plus de 7 milliards d’euros, comme le montre le schéma ci-dessous.

Essor des fonds d’investissement carbone

Ce sont les fonds carbone « crédits », « spécialisés dans le financement de projets de réduction d’émissions par le biais de paiements préalables, de participations au capital ou de contrats d’achat à terme », qui constituent aujourd’hui deux tiers du potentiel d’investissement. Ils sont ouverts aux investisseurs privés, contrairement aux programmes gouvernementaux d’achats de crédits (quasiment un tiers du potentiel d’investissement, la petite part restante étant constituée par les fonds « projets » qui ajoutent à la dimension « crédits » une action de développement de projet. L’investissement privé dans les fonds « crédits », encore très faible avant 2004 à cause de l’incertitude régnant autour d’une application effective du protocole de Kyoto, s’est fortement développé depuis, aidée en cela par la création de l’Emissions Trading Scheme. Cette évolution a conduit à la multiplication des fonds de gestion privée (seuls gestionnaires des fonds à capitaux 100% privés), auparavant très minoritaires par comparaison avec les agences gouvernementales et banques de développement, et comptant aujourd’hui pour près de 60% du potentiel d’investissement.

L’essor des fonds d’investissement carbone CO2

Comme l’expliquent les auteurs du rapport de la Mission Climat, « les stratégies des fonds d’investissement CO2 sont toutes liées à un élément central : l’anticipation d’une hausse des prix des actifs carbone sur la période d’engagement 2008- 2012. Entre 1999 et 2003, l’investissement était principalement motivé par l’obligation de conformité » aux objectifs environnementaux, avec une recherche du prix le plus bas. « Cependant, à partir de 2004, l’implication des investisseurs financiers privés s’est rapidement amplifiée : en effet, ces acteurs ont pris conscience du potentiel de rentabilité offert par l’investissement carbone en plus des effets sur l’environnement. Les investisseurs traditionnels ont estimé que les actifs carbone étaient des actifs décorrélés des autres actifs tels que les actions et les matières premières non énergétiques. Avec une liquidité de marché croissante et une moindre volatilité des cours, les projets de réduction d’émissions générateurs d’actifs ont connu un regain d’intérêt pour les grands investisseurs. »

En ce qui concerne la gestion des risques (en particulier le risque de production de crédits inférieure aux prévisions), des garanties sont fournies aux investisseurs, ainsi des assurances sur la livraison. La diversification est également au cœur de la stratégie des fonds : diversification géographique afin de prendre en compte les risques liés « à la stabilité géopolitique, au développement d’infrastructures et à l’environnement économique », diversification par type de projets (fonction des niveaux de réduction des émissions, du retour sur investissement), mais aussi au moyen de la création de fonds de fonds grâce à l’investissement dans d’autres fonds.

Si la Mission Climat juge ne pas pouvoir encore se prononcer sur l’avenir de l’investissement dans ces fonds pour la période post-2012, « il est probable que, si l’incertitude institutionnelle […] n’est pas levée d’ici à la fin 2008, l’investissement dans des projets de réduction d’émissions générateurs d’actifs carbone diminuera. Il serait alors impossible pour les investisseurs de recouvrir leurs coûts par des actifs carbone produits en moins de 3 à 4 ans, avant 2012. » Seule la Banque Mondiale est aujourd’hui active sur ce marché, néanmoins au moins 34% des fonds CO2 annoncent une continuité de leur activité passée la phase II de l’ETS, et « certains fonds n’investissent pas dans les crédits post-2012 car leur gérant ou leurs investisseurs principaux préparent un fonds d’investissement spécifiquement dédié à cette période ».

Les auteurs du rapport sur ces fonds concluent leur étude en notant qu’ »en près de cinq ans, la finance carbone est passée du statut de marché à risque, territoire inconnu financé uniquement par des fonds publics, à celui de marché en pleine ébullition, représentant 7 milliards d’euros, où les acteurs privés investissement en masse ». Le marché primaire fait face à un goulot d’étranglement, une partie importante du capital des fonds n’étant pas encore investie, malgré une augmentation des projets MDP en cours de validation, tandis que la demande pour ces projets atteint des records. Le marché secondaire, en manque de transparence et de solidité de ses structures, n’est encore que peu affecté par l’évolution du marché primaire, les crédits carbone suivant l’évolution des prix des EUA. Néanmoins, la hausse prévue du nombre de crédits au titre des mécanismes alternatifs (370 millions de plus par an jusqu’en 2012 selon le centre RISOE) devrait permettre d’augmenter la liquidité du marché secondaire et favoriser un report de l’activité privée sur le marché des EUA vers celui des CER.

Lire le mémoire complet ==> (Etude du système européen d’échange de quotas carbone)
Mémoire de recherche de fin d’études
HEC Paris