Les visiteurs de l’exposition de Lyon et l’année de l’Algérie

By 3 May 2013

3- Quelle mémoire est transmise aux visiteurs des expositions ? :

a- Les points communs :

Dans les deux cas, il y a une véritable volonté de faire comprendre aux visiteurs que l’immigration algérienne est une histoire très ancienne qui ne date pas seulement des années d’après-guerre. On apprend ainsi que les relations construites au fur et à mesure que la colonisation se structure et fait son œuvre sont très fortes. Même si la volonté des autorités coloniales est de faire en sorte que la mission civilisatrice de la France s’exerce et pour longtemps de l’autre côté de la Méditerranée, sans que les travailleurs ou les soldats dont on a besoin en métropole n’aient véritablement la possibilité de s’y installer et d’être « pervertis » par la façon de vivre des Français. Afin de ne pas semer le trouble, une fois rentrés dans leurs villages, par leurs témoignages sur les bienfaits de la démocratie.

De nombreux documents attestent dans l’exposition de Lyon de cette volonté des autorités de maintenir dans un environnement familier les travailleurs coloniaux. Et les arguments des républiques qui se sont succédées de 1830 à 1962 avec quelques interruptions, sont parfois déroutants. Le maintien du Code de l’Indigénat, le refus permanent de mettre en place un vrai suffrage universel sont défendus par les républicains qui partagent l’idée que ces « indigènes » sont de grands enfants et qu’instituer immédiatement une démocratie dans ces régions seraient davantage néfaste que bénéfique.

De même on comprend que la volonté de s’affranchir de l’autorité de la métropole, de la part des colons eux-mêmes, est une opinion qui se répand très tôt et que les premières revendications d’autonomie naissent d’abord chez les Européens. Avec une référence constante à la guerre d’indépendance des Américains contre la tutelle anglaise. Une filiation historique qu’on retrouvera chez les tenants de l’Algérie Française quand après l’indépendance de l’Algérie, certains d’entre eux, rejoignant le Front National, se réclame d’un sudisme à la française souhaitant faire « sécession » avec les décisions politiques des « nordistes » parisiens 62. Une opposition présentée dans les deux expositions.

62 Lire à ce sujet Benjamin Stora Le transfert d’une mémoire : De l’Algérie Française au racisme anti arabe » La Découverte1999.

b- Les différences :

Il est évident que celles-ci sont très nombreuses. Dans la forme, d’abord, où les conditions de visite sont aux antipodes dans l’un et l’autre cas. Difficultés de lisibilité et de déplacement, articulation et cohérence difficiles à cerner à Lyon pour une scénographie réussie et une capacité à saisir le visiteur impeccables à Grenoble.

Mais sur le fond, on est également dans deux démarches différentes. A Lyon, l’exposition semble répondre à une opportunité de s’inscrire dans l’Année de l’Algérie et donc, on ouvre les armoires de la Bibliothèque Municipale pour ressortir des documents liés à la venue depuis une centaine d’années de travailleurs puis de familles maghrébines à Lyon. Ces Algériens à Lyon ont une histoire qui est présentée de façon chronologique mais on n’a pas le sentiment qu’ils fassent véritablement partie du territoire dans lequel ils vivent.

En revanche, comme on l’a déjà dit, l’exposition grenobloise s’inscrit dans un processus vieux de plusieurs années avec la réalisation d’autres expositions. La démarche est diamétralement opposée, puisqu’il s’agit de partir du territoire et de s’intéresser aux façons dont il s’est construit, dont il a évolué en fonction de la venue et de l’installation définitive des populations qui s’y installent au fil des générations. D’où la nécessité, lorsqu’on évoque l’Algérie, de partir des premiers colons quittant le Dauphiné dès 1832 et de revenir avec leurs descendants 130 ans plus tard.

Pour résumer on pourrait dire qu’à Lyon, la mémoire proposée aux visiteurs, est celle des institutions constatant une série de faits, faisant un certain nombre d’observations sur une partie de la population, alors qu’à Grenoble il s’agit de celle d’individus ou de groupes tentant de s’accommoder des soubresauts de l’histoire.

Lire le mémoire complet ==> (Mémoires d’Algérie : Année de l’Algérie en France)
Mémoire – DESS – Développement culturel et Direction de projet
Université Lumière Lyon 2 / ARSEC