Les vidéos-blogs : habitations du net

By 6 May 2013

Les vidéos-blogs : habitations du net – Partie B :

Michel Serres a défini l’espace du Web comme un espace topologique et non plus géométrique. On se déplace dans cet espace en allant de « noms » en « noms », d’URL en URL en somme. Toute la navigation sur le Web est basée sur des mots ou des séries de nombres. Chacun peut ainsi ouvrir une devanture sur la rue du Web, pour l’habiter de la façon la plus libre qui soit. C’est ainsi que sont apparus les « blogs », journaux intimes en ligne, et un peu plus tard les « vidéo-blogs », ceux qui nous intéressent. Mais les blogs ne sont pas tous des « journaux intimes », ils peuvent même avoir un caractère mono-thématique : blog relatant l’actualité des progrès de la fibre optique, etc… Mais une grande majorité des blogs ont un caractère personnel.

Dans un article de Mathieu Paldacci, professeur en sciences sociales, Le blogueur à l’épreuve de son blog , il distingue plusieurs classes de blogs, définies à la fois par leur contenu et le public auquel ils s’adressent. Au sujet d’une de ces classes on peut lire que « la richesse de description de l’univers familier que proposent les blogs n’est, en aucun cas, anodine. L’exigence de description ne peut être limitée à une exigence de contextualisation de l’écriture qu’elle excède considérablement. Le régime de familiarité, qui traite de la personne accompagnée de ses objets, engage le maintien et la consistance de cette personne. » Puis il cite Laurent Thévenot : « La distribution sur ses entours confère à l’être humain une consistance dont on a coutume de le doter en propre sous le chef d’une personnalité. Les choses personnalisées ne sont pas détachées de la personne qui se les est appropriées mais étendent sa surface et garantissent son maintien ». Cette analyse nous conforte dans l’idée que « ces devantures sur la rue du Web » sont des affirmations d’un soi qu’on croit perdre dans ce monde mondialisé où il faut prendre conscience de la « globalité ». Les blogs ne sont pas l’occasion comme on pourrait se l’imaginer, de s’inventer une personnalité fictive, de profiter de l’anonymat du web pour jouer les mythomanes.

Rocketboom.org
Rocketboom.org

Certains prennent ce phénomène très au sérieux. Ainsi En décembre 2000, un manifeste du vlog (abréviation de video-blogging) a été édité sur le net par Adrian Miles.

Un vlog est un blog articulé autour de contenus vidéo. L’auteur du manifeste, Adrian Miles, tient depuis près de 6 ans, un vlog dont le sujet est d’étudier le phénomène vlog que lui appelle « vog ». La différenciation qu’il semble instaurer entre les vogs et les vlogs est que ces derniers ne répondent pas exactement au manifeste ci-dessous et notamment au dixième dogme (hypertext.rmit.edu. au/vog/manifesto/). Notons qu’il a nommé ce manifeste « Vogma », inspiré du terme « Dogma », peut-être un effet de mode… « A manifesto [ in no particular order ]

1. a vog respects bandwidth
2. a vog is the reinvention of television
3. a vog uses performative video and/or audio
4. a vog is personal
5. a vog uses available technology
6. a vog experiments with writerly video and audio
7. a vog lies between writing and the televisual
8. a vog explores the proximate distance of words and moving media.
9. a vog is dziga vertov with a mac and a modem
10. a vog is a video blog where video in a blog must be more than video in a blog »

It’s Jerry Time It’s Jerry Time
It’s Jerry Time

Si ce « vogma » n’a pas fait beaucoup d’adeptes c’est qu’il prône l’ « expérimentation ». Le vog pour Adrian Miles serait l’occasion d’expérimenter de nouvelles façons d’agencer des contenus vidéo avec d’autres médias tels le texte et le son. Mais cela est sa façon toute personnelle d’envisager la chose. La plupart des utilisateurs expérimentent pour l’heure les changements que cela provoque dans leur quotidien que de devoir tourner des bouts de films à mettre régulièrement en ligne.

Le vlog ayant connu des records de visiteurs juqu’à ce qu’il soit détrôné par un blog chinois très récemment est Rocketboom.com (www.rocketboom.com/vlog). Tous les jours, une nouvelle vidéo est mise en ligne. Il s’agit d’un faux journal présenté par une belle blonde, Amanda Congdon, et revisitant l’actualité du web de façon décontractée et souvent loufoque. L’humour de ces vidéos a remporté un succès mondial. De nombreux vlogs rivalisent d’inventivité, tel le formidable www.itsjerrytime.com, qui raconte la vie de Jerry, quadragénaire désoeuvré, courant de mésaventure en mésaventures, en de nombreux épisodes réalisés en animation de découpages photographiques essentiellement. On peut aussi être touché par le projet d’un certain Dave avec son vidéoblog 90 secondes (davemedia.blogspot.com), qui a choisi de retranscrire régulièrement des moments de sa vie en 90 secondes de vidéo. On peut ainsi trouver des newsgroups consacrés au videoblogging, une conférence à San Francisco en juin 2006 pour que les videobloggers puissent se rencontrer et parler de l’avenir de ce nouveau medium, etc. Cette pratique est devenue outre-atlantique un véritable phénomène de société. Des internautes donnent leur palmarès des meilleurs videoblogs existant sur la toile, et des concours sont ainsi organisés.

Lire le mémoire complet ==> (LES DIGIMAS)
Mémoire de fin d’études – Section Cinéma
ENS Louis Lumière