Les origines de la guerre d’indépendance de l’Algérie, 1945-1954

By 2 May 2013

3- La guerre d’Algérie (1945-1962) :

a- Les origines de la guerre d’indépendance (1945-1954) :

On pourrait presque dire que la guerre d’Algérie débute dès la capitulation allemande. En effet, le 8 mai 1945, des manifestations à Sétif et Guelma vont embraser tout l’est algérien. Le PPA a choisi d’organiser une manifestation de la victoire distincte du cortège européen. En plus des cris de joie liés à la capitulation allemande, des slogans exigeant la libération de Messali Hadj et célébrant une Algérie libre et indépendante apparaissent dans le défilé. La police tente alors de s’emparer des banderoles, la bagarre éclate et déclenche une vague d’agressions contre les européens de Sétif. 28 sont tués et 48 blessés, alors que la nouvelle des évènements déclenchent une série de soulèvements armés qui s’en prennent aux européens. La répression est féroce. L’état de siège proclamé dès le 9 mai permet une véritable opération de guerre à laquelle se joignent les Européens souhaitant se venger. Sans discernement des milliers de musulmans sont tués au cours de cette répression sanglante 17. Ferhat Abbas considéré par les autorités comme le responsable de ces émeutes, est arrêté et transféré à la prison militaire de Constantine. Des centaines de militants nationalistes sont également emprisonnés et le tribunal militaire de Constantine prononce en 2 mois 280 condamnations dont une trentaine de condamnations à mort.

A l’automne 1945, les élections sont boycottés par les partis nationalistes et seulement la moitié des électeurs musulmans nouvellement admis à s’exprimer se sont inscrits. La 4ème république sort des urnes et le paysage politique algérien se modifie constamment. Messali Hadj est amnistié et rapatrié du Congo où il avait été exilé. Il s’installe dans la banlieue d’Alger et transforme le PPA interdite en MTLD, le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques. De son côté Ferhat Abbas, lui aussi amnistié tente d’organiser l’UDMA, Union Démocratique du Manifeste Algérien.

Le nouveau statut de l’Algérie est adopté le 20 septembre 1947. Une Assemblée Algérienne de 120 membres aura désormais pour fonction de voter le budget de l’Algérie et de modifier la législation métropolitaine ave c l’accord du gouvernement. Sa représentativité pose tout de même problème. En effet, 60 de ses membres sont élus par le collège européen soit 464.000 européens et 48.000 musulmans pour une population européenne de 922.000 membres et les 60 autres sont désignés par 1,5 millions électeurs pour une population de 7.860.000 musulmans.

17 Le bilan de ces évènements fait l’objet, encore aujourd’hui, de nombreuses polémiques. Si le nombre de victimes européennes ne semble pas contestable (une centaine de morts et un peu plus de blessés) celui des victimes de la répression est beaucoup plus difficile à établir. Le gouvernement général de l’Algérie annonce le chiffre de 1.500 morts, mais les militaires présents sur le terrain estiment que 6 à 8.000 personnes ont été tuées. De son côté le PPA retient le chiffre de 45.000 martyrs alors qu’un bilan officieux fait état de 15.000 morts

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Aux élections municipales d’octobre 1947 le MTLD de Messali Hadj et l’UDMA de Ferhat Abbas sont majoritaires. Ces résultats marquent le rejet clair du nouveau statut de l’Algérie par la population musulmane. Face aux multiples fraudes électorales, tracasseries et répressions dont elles sont victimes, les organisations politiques nationalistes font le choix de développer une activité clandestine. L’OS, Organisation Spéciale devient ainsi l’organisme militaire secret du PPA-MTLD. Chargé de collecter des fonds pour les partis nationalistes, cette préfiguration du FLN est dirigée par Ahmed Ben Bella. Celui-ci, originaire d’une famille de paysans de la région d’Oran, est un ancien adjudant-chef de l’armée française et s’est illustré dans les campagnes d’Italie et d’Allemagne. Il est arrêté par les renseignements généraux le 13 mai 1950. Il sera jugé avec 55 de ses compagnons d’armes en novembre 1951 à Blida au cours d’un procès qui constitue le dernier volet d’un marathon judiciaire entraînant la condamnation de 195 militants nationalistes. Ce procès sera particulièrement suivi en métropole et provoquera les réactions de Claude Bourdet éditorialiste à l’Observateur, de l’Abbé Pierre et de l’écrivain Albert Camus.

Le 15 mai 1952, Messali Hadj est expulsé d’Algérie après une visite à Orléansville au cours de laquelle plusieurs personnes ont trouvé la mort. Accusé d’atteinte à la sécurité extérieure de l’état, il est assigné à résidence à Ni ort dans le département des Deux-Sèvres.

L’année suivante à l’occasion du défilé du 14 juillet, à Paris, les nationalistes algériens défilent dans les rues de la capitale aux côtés des organisations ouvrières. Rassemblés derrière la banderole du MTLD de Messali Hadj, ils scandent des slogans exigeant la libération du leader nationaliste. La police charge le cortège et tire sur les manifestants faisant 8 victimes, 7 Algériens et 1 militant français de la CGT. Ce drame provoque un affrontement au sein du mou vement entre les « centralistes » qui soutiennent la politique modérée du nouveau maire d’Alger, Jacques Chevallier 18, et les partisans de Messali Hadj qui défendent des positions plus radicales.

La croissance importante de la population algérienne et les besoins de main d’œuvre nécessaire à la reconstruction en métropole provoquent des déplacements importants de travailleurs vers la France. En 1954, les Algériens musulmans sont entre 200.000 et 300.000 à vivre en France, dans la région parisienne, le Nord, le Rhône, les Bouches du Rhône et le bassin lorrain. La pauvreté dans laquelle est maintenue la population algérienne dans son pays est une des principales causes de cette vague d’émigration. Les hommes, majoritairement seuls, qui vivent de leur travail en métropole, envoient une grosse part de leur salaire au pays. Une enquête publiée en 1954 montre que sur les 60 milliards de francs de salaires touchés par les Algériens, 35 milliards ont été envoyés sous forme de mandat en Algérie.

18 Né à Bordeaux en 1911, Jacques Chevallier est issu d’une grande famille bourgeoise possédant un immense domaine dans la périphérie de la ville. Ancien adhérent des ligues d’extrême droite, il est élu député en 1946. Il opère un véritable bouleversement politique en se présentant en 1951 à l’Assemblée algérienne avec un programme autonomiste tendant la main aux nationalistes modérés. Élu maire d’Alger, le 4 mai 1953, il offre 5 postes d’adjoints à des conseillers musulmans membres du MTLD et met en route un programme de construction de cités HLM pour les musulmans.

Conséquence de cette réalité, les privations que s’infligent les travailleurs immigrés les contraignent à vivre dans des conditions plus que précaires. Les grandes villes voient ainsi se développer dans une indifférence quasi générale de gigantesques bidonvilles comme celui de Nanterre en région parisienne 19. Cette année-là 4.500 Algériens vivent sans eau ni électricité dans ce véritable marécage de boue. Ce phénomène n’épargne pas les grandes villes algériennes. Ainsi Alger ne compte pas moins d’une centaine de bidonvilles dans lesquels vivent environ 40.000 personnes.

Lire le mémoire complet ==> (Mémoires d’Algérie : Année de l’Algérie en France)
Mémoire – DESS – Développement culturel et Direction de projet
Université Lumière Lyon 2 / ARSEC