Les origines de la colonisation de l’Algérie 1830-1900

By 2 May 2013

Petite histoire de l’immigration algérienne coloniale et post-coloniale – Première partie :

1- Les origines de la colonisation (1830-1900) :

a- La conquête (1830- 1847) :

Sans un coup d’éventail au visage du consul de France, Pierre Deval 1, par Hussein, dey2 d’Alger, en avril 1827, l’Algérie n’aurait, peut-être, jamais été française. Ce geste motivé par le peu d’empressement de la France à rembourser une dette importante aux autorités d’Alger sert, en effet de prétexte au roi Charles X pour envoyer un contingent de plusieurs dizaines de milliers d’hommes laver l’affront mais surtout détourner l’attention de son peuple des problèmes internes et contrecarrer les velléités anglaises en Méditerranée.

Ainsi la colonisation de l’Algérie démarre-t-elle avec la prise d’Alger par les troupes françaises, le 9 juillet 1830, après 21 jours de combat et 400 morts. Quelques jours plus tard, une Révolution balayait Charles X et les Bourbon du trône de France et le roi bourgeois Louis-Philippe prenait en main les destinées hexagonales. Il s’en fallut d’un rien que les rêves de conquête de l’armée française ne s’arrêtent là. Mais après quelques jours d’hésitation, Louis-Philippe décide de poursuivre l’œuvre de son prédécesseur. Le 4 janvier 1831, c’est au tour d’Oran de tomber aux mains des Français qui en confient l’administration au dey de Tunis jusqu’au mois d’août suivant et dès cette première année, des corps d’indigènes 3 intègrent les troupes coloniales.

C’est en 1834 qu’une ordonnance royale fait de l’Algérie une colonie militaire placée sous la tutelle du Ministère de la Guerre. Pour autant, l’ensemble de la région est loin d’être sous contrôle. L’année 1835 commence bien mal pour les Français avec les premières victoires militaires de l’émir Abd el- Kader4 dans la région d’Oran. Autre poche de résistance, Constantine où l’offensive française échoue en novembre 1836. Il faudra attendre près d’un an pour que la dernière grande ville algérienne ne tombe aux mains de la France, après trois semaines de combats acharnés, le 28 octobre 1837.

Abd el-Kader, qui a signé un traité avec les autorités militaires coloniales que celles-ci ne respectent pas, reprend les armes à la fin de l’année 1839. Il met à feu et à sang la Mitidja le 20 novembre 1839.

20.000 hommes sont envoyés de métropole pour renforcer les défenses d’Alger. C’est également à partir de cette époque que l’Afrique du Nord devient officiellement l’Algérie. Ce n’est que le 14 mai 1843 que le Duc d’Aumale parvient à s’emparer de la smala d’Abd el-Kader, cette insaisissable ville mobile dans laquelle l’émir se repliait après ses offensives contre l’occupant. Cette défaite du commandeur des croyants entame considérablement son crédit auprès des populations arabes. Il choisit alors de se réfugier au Maroc, région d’où il va poursuivre le combat, comme par exemple, en septembre 1845 où il remporte la victoire de Sidi Brahim 5.

1 Consul de France en Algérie, il a organisé sous la houlette de Talleyrand de juteux trafics autour du commerce du blé entre la France et l’Algérie.
2 A l’époque, la région est une colonie turque administrée par un dey au service des autorités turques. Son administration est réduite à 5 ministres et se contente de maintenir l’ordre et de percevoir les impôts.
3 Ce sont essentiellement des Turcs et des Kouloughlis (fils de Turcs et de femmes arabes) qui forment le plus gros du contingent. Trois corps sont constitués à Oran, Bône et Constantine.
4 Né en 1807 à Ma scara, il est issu d’une famille chérifienne qui dirigeait un couvent. Avant d’être un guerrier, il était un théologien très érudit. Proclamé sultan par quelques tribus de l’Oranie, le 22 novembre 1832, il impose son autorité aux anciennes milices du dey e t déclenche la Jihad contre les Français.
5 C’est également à Sidi Brahim qu’Abd el-Kader rendit les armes, 15 ans après le début de son combat contre les colonisateurs.

Ce n’est que le 23 décembre 1847 que cet infatigable adversaire de la colonisation se rend au général de Lamoricière après 15 ans de luttes incessantes. Abd el- Kader n’est d’ailleurs pas seulement l’incarnation de cette résistance à l’envahisseur, il est aussi et surtout le premier dirigeant à s’être efforcé de fédérer, avec succès, une Algérie vraiment indépendante.

b- Mise en place de l’administration (1847-1870) :

Pendant les 18 ans du règne de Louis-Philippe, l’Algérie entre véritablement dans l’univers national français. Car outre les faits d’armes liés à la conquête proprement dite, les colonies de peuplement se développent, l’administration française fait appliquer le droit de la métropole, organise le système éducatif, entame de grands travaux d’aménagement, et organise en juin 1848 des élections qui envoie au Parlement 4 députés 6 représentant les Français vivant dans les trois provinces algériennes. Le 9 décembre 1848, l’Algérie est officiellement déclarée « territoire français », un territoire divisé en deux zones : une zone civile découpée en trois départements (Oran, Alger et Constantine) et une zone militaire où l’armée reste souveraine tant que sa présence paraît nécessaire.

Mais la chute de la 2ème République rend en janvier 1852 toute son autorité à l’armée coloniale. Et le 16 octobre le nouvel empereur Napoléon III rend sa liberté à Abd el- Kader jusque là assigné à résidence à Amboise.

Le 15 mai 1855, la première Exposition coloniale ouvre ses portes à Paris. A cette occasion, le Ministère de la Guerre obtient que la galerie qui longe la Seine soit consacrée à l’Algérie. Les visiteurs pourront donc admirer l’image et les produits d’un véritable paradis pour bon vivant : vins rouges et blancs de Médéa et de Mascara, raisin de Dellys, tabac, opium, henné, canne à sucre, oranges de Blida mais aussi échantillons des richesses dont regorge le sous-sol algérien. L’objectif est de faire découvrir sous ses meilleurs aspects cette nouvelle colonie et d’inciter les investisseurs à s’y intéresser.

6 Ces quatre parlementaires sont, bien entendu, des représentants des colons qui très rapidement vont vouloir s’affranchir de l’autorité métropolitaine. Il n’est, à l’époque, pas question d’une représentation des “indigènes” ni même du suffrage universel pour ces populations.

Seule région encore insoumise, la Kabylie dépose les armes le 11 juillet 1857. Alors que peu à peu les infrastructures se multiplient sur l’ensemble du territoire, lignes télégraphiques, chemins de fer, les autorités françaises sont confrontées au problème du peuplement de cette terre. Alors que les Allemands et les Anglais se précipitent en nombre vers le continent américain, les Français rechignent à s’expatrier. En 1859, les colons ne sont encore que 183.000 face aux 2,3 millions d’Algériens. La proportion de Français atteint tout juste 100.000 individus.

L’empereur Napoléon III porte une attention toute particulière à la situati on en Algérie. Après un voyage dans la région, il rétablit le poste de gouverneur général d’Algérie, estimant que l’administration civile favorise excessivement les intérêts des colons en annexant purement et simplement les terres appartenant aux Arabes. Son conseiller aux affaires algériennes, Thomas Urbain7 se fait appeler Ismaïl depuis sa conversion à la religion musulmane. En 1861 il publie un livre intitulé « L’Algérie aux Algériens » dans lequel il estime que ce territoire doit bénéficier des mêmes droits et des mêmes devoirs que les autres. L’ouvrage va avoir un grand retentissement grâce à un député, le baron David, qui, le 19 juin 1862, prononce un discours dénonçant la réquisition forcée des terres et prônant l’assimilation.

La possibilité est alors offerte par l’empereur à tous les habitants des départements algériens d’opter pour la nationalité française et de devenir ainsi citoyen à part entière. Toutefois les Arabes ne se montrent pas très enthousiastes, les Espagnols et les Italiens restent très attachés à leur pays d’origine, quant à la communauté juive pas très tentée, elle non plus, elle sera naturalisée collectivement par un décret en date du 24 octobre 18708.

c- La colonisation s’intensifie (1870- 1900) :

Après la chute du Second Empire et l’invasion prussienne, la grande révolte kabyle de 1871 se déclenche suite à la décision de réquisitionner de nouvelles terres au profit des Alsaciens- Lorrains qui quittent leurs régions redevenues allemandes. Les kabyles tiennent en échec l’armée française pendant dix mois avant la capitulation des derniers meneurs le 20 janvier 1872 9.

7 Né en 1812, fils d’un négociant marseillais et d’une métisse guyanaise, il s’initie à l’arabe et se convertit à l’islam au cours d’un voyage en Égypte. Le 28 mars 1840, il épouse une jeune femme algérienne dont il aura une fille en 1843. Jusqu’à sa mort en 1884, il sera la bête noire des colons qui le considère comme un renégat.
8 Outre ce décret, Adolphe Crémieux ministre de la justice en signe 6 autres dont celui mettant fin à l’administration militaire de l’Algérie. Désormais c’est un gouverneur général civil indépendant de tout ministère, assisté d’un comité consultatif de dix membres qui présidera aux destinées de la colonie.
9 Le bachagha (chef local en Kabylie) El Mokrani, dont le père s’était allié aux Français, prend la tête de la révolte avec le soutien du protecteur des marabouts, El Haddad. Tué au combat, le 5 mai 1871, son frère prend la relève avant d’être capturé. Condamné à mort, sa peine sera commuée en déportation vers la Nouvelle Calédonie.

Les grands travaux d’aménagement se poursuivent activement entraînant un afflux important de main d’œuvre. Mais le recensement de 1876 dont on ne connaît les résultats qu’à la fin de la décennie confirme le peu d’enthousiasme des Français à venir s’installer en Algérie. 160.000 Européens pour 194.000 Français, dont l’ensemble des 30.000 membres naturalisés de la communauté juive, sont comptabilisés en décembre 1876.

Le 28 juin 1881 est une date importante. Il s’agit de la mise en place du “Code de l’indigénat”. Cette véritable justice d’exception énumère une série de 27 infractions qui ne valent que pour les indigènes. Initialement mises en place provisoirement pour 7 ans, ces dispositions resteront valables pendant des décennies et maintiendront la population dans une situation de soumission à l’arbitraire.

Le 26 août 1881, un décret, dit « du rattachement », fait de la colonie algérienne un territoire français à part entière. Et les équipements éducatifs et culturels se multiplient : Ouverture fin 1880 de l’Université d’Alger, du Théâtre Lyrique d’Alger le 1er décembre 1883. Mise en place des écoles primaires indigènes à partir du 13 février 1883. Progressivement la législation évolue elle aussi : Autorisation des associations professionnelles en 1884, instauration de tribunaux républicains en lieu et place des tribunaux musulmans en 1886.

C’est en 1889 qu’un texte de loi déclare français tous les enfants nés sur le territoire algérien. Cette décision prise par les autorités métropolitaines est la seule solution trouvée pour éviter que la population française d’Algérie ne devienne rapidement minoritaire face aux Espagnols notamment.

Les premières revendications autonomistes font leur apparition en 1895. D’abord sous la plume de Félix Dessoliers, ancien député d’Oran, qui publie cette année là « L’Algérie libre », vibrant plaidoyer pour l’autonomie sinon l’indépendance de l’Algérie 10. Puis en 1897, au cours d’un congrès des colons qui rédige des cahiers de doléances sur le modèle de ceux de la Révolution Française afin de revendiquer une plus grande liberté vis à vis de la métropole, notamment sur le plan fiscal. La dernière année du 19ème siècle voit ainsi l’Algérie dotée de la personnalité civile et de l’autonomie budgétaire.

10 Il s’agit de revendication émanant essentiellement des Européens vivant en Algérie. Les partisans de cette autonomie font référence très souvent à la révolution américaine de 1776. Mais pas plus ici que dans le Nouveau Monde, on ne se préoccupe des sentiments des habitants ancestraux de ces régions.

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Mémoire – DESS – Développement culturel et Direction de projet
Université Lumière Lyon 2 / ARSEC