Le syndrome de l’universalité de la culture française

By 3 May 2013

b- Le syndrome de l’universalité :

Lorsqu’on évoque la Révolution Française, conséquence directe des idées des philosophes du Siècle des Lumières, on en vient immanquablement à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui fit de la France de la fin du 18ème siècle le pays de la liberté s’élevant contre la tyrannie des souverains de droit divin. Un modèle que l’Europe des peuples eut constamment en tête lorsque se construisirent peu à peu les démocraties de ce continent.

Mais la France disposait également d’un empire colonial, en concurrence directe avec celui de l’Angleterre, et sans le vouloir introduisit-elle dans ces contrées parfois lointaines et à peine civilisées les germes de la volonté d’indépendance. Il suffit pour s’en convaincre d’interroger les sans-papiers qui arrivent en masse dans notre pays et évoquer les raisons pour lesquelles ils sont ici. Pour eux, la France est la terre d’asile de tous ceux qui rêvent de liberté et la patrie des droits de l’homme. La force de conviction dont ont fait preuve les colonisateurs, ainsi que la machine à intégrer qu’a constitué l’armée coloniale, comme le note le lieutenant-colonel Jean-Pierre Martin 72, ont permis à ces idées généreuses de circuler et de conduire les pays de l’empire à l’indépendance, les uns après les autres.

71 Chaque jour les 13 heures de Jean-Pierre Pernaud sur TF1 et de Daniel Bilalian sur France 2.

Une expérience douloureuse pour la France qui se retrouve, à la fin des années 1960, être un tout petit pays dans un monde dominé par les deux grandes puissances que sont les Etats -Unis et l’URSS. Malgré, cette dimension géopolitique modeste, elle n’en continue pas moins d’affirmer l’universalité de sa culture, notamment, et son statut d’expert en droits de l’homme. Et les soubresauts de 1968 contribuent à renforcer l’idée que ce pays peut encore être le théâtre de grands mouve ments susceptibles de transformer la société. Malgré le vote massif pour le Général De Gaulle, l’année suivante, les années 1970 verront la permanence de la qualité de la pensée des intellectuels français dont les travaux se diffusent largement.

L’intérêt de ces idées s’accompagne souvent d’une indifférence totale pour ce qui se passe hors de nos frontières. Et l’image de la France à l’étranger est souvent celle d’un peuple arrogant, imbu de ses qualités et bardé de certitudes, le tout accompagné d’un mépris à peine voilé pour ce qui n’est pas hexagonal. Comment s’étonner alors de la condescendance et de la méfiance des Français à l’égard de ce qui vient de l’étranger ? A fortiori lorsque cet étranger est un ancien colonisé.

L’Année de l’Algérie peut-elle être l’occasion d’un vrai travail de reconnaissance des différences, des richesses mutuelles et des erreurs du passé, de part et d’autre ? Il est trop tôt pour le dire et un bilan de tout ce qui s’est passé cette année sera à faire dans les mois qui viennent. Quoiqu’il en soit les rencontres qui restent à venir seront l’occasion de vérifier la recrudescence de l’intérêt des populations pour les évènements encore programmés, comme on a pu le constater depuis la rentrée.

72 Dans « L’armée d’Afrique, 130 années au service de la France » dans le catalogue de l’exposition « Français d’Isère et d’Algérie » Musée Dauphinois Grenoble 2003

Conclusion :

Au cours de ce travail, j’ai eu l’occasion de m’enrichir au contact de nombreuses personnes qui m’ont permis d’effectuer mon propre travail de mémoire. J’ai pu constater à quel point j’étais ignorant de nombreux épisodes de l’histoire de l’immigration algérienne dans mon pays. Et même si, naturellement je me suis toujours engagé du côté de ceux qui souffrent de l’ostracisme et de la xénophobie permanente de mes compatriotes, je suis, aujourd’hui, davantage conscient de cette richesse que constitue pour la France l’apport de l’immigration algérienne.

La découverte de l’ensemble du travail de Benjamin Stora, Abdelmalek Sayad ou Paul Ricoeur, pour ne citer que ceux qui m’ont le plus appris, laissera des traces dans la suite de mon parcours intellectuel et je suis persuadé que ma réflexion ne s’arrêtera pas aux derniers mots de ce document.

Peut être, parviendrai-je à rompre le silence de mon propre père dont je ne connais de l’expérience algérienne que le fait qu’il ait été rappelé en 1956, année de ma naissance et que son régiment était basé à Boussaâda.

Je souhaite en tout cas avoir contribué, avec ce travail, à une véritable démarche de reconnaissance de la diversité de la société française et de l’apport à sa construction effectué depuis des décennies par les Algériens qui, par contrainte ou par choix, se sont installés ici.

Et je voudrais rendre hommage aux « chibanis » dont j’ai découvert l’existence dans le film de Jean- Bernard Andro, dont l’existence toute entière s’est déroulée en transit entre la France et l’Algérie et dont la fin de la vie, pour de sordides raisons administratives, va s’achever sans qu’ils aient connu autre chose que la vie en foyer ici et les retrouvailles régulières avec leur famille là-bas. Ni d’ici ni de là-bas, je souhaite qu’on ne les oublie jamais…

Lire le mémoire complet ==> (Mémoires d’Algérie : Année de l’Algérie en France)
Mémoire – DESS – Développement culturel et Direction de projet
Université Lumière Lyon 2 / ARSEC