Le projet le petit foyer : la présentation et la démarche

By 6 May 2013

Le projet « le petit foyer » – Partie C :
Présentation du sujet

À l’origine de ce projet est une rencontre avec deux jeunes hommes de l’immigration sénégalaise, venus faire en France leurs débuts dans la vie active. J’ai eu envie de recueillir leur témoignage et celui de tous ceux qui participent à leur vie au foyer. Notre axe de recherche est la relation qu’entretiennent les gens du foyer avec le monde extérieur. Le projet aboutira à un film-documentaire d’une vingtaine de minutes. Si ce projet n’était pas initialement orienté vers une publication Internet, il m’a semblé pouvoir se prêter à ravir aux expérimentations que nous voudrions tenter dans cette partie pratique de mémoire.

La note d’intention du film documentaire nous permettra de mieux comprendre la démarche adoptée lors du tournage qui est toujours en cours au moment de la rédaction de ce document. « Le Petit Foyer sera un documentaire sur la vie au quotidien des habitants du petit foyer AFTAM de Boulogne et leur vision du dehors. Nous traiterons de l’organisation par « villages », de la solidarité communautaire, de la vie à l’africaine du foyer … mais aussi des difficultés rencontrées à l’extérieur, du travail, des différences de modes de vie, des espoirs et des désillusions, des débats sur l’immigration en France, etc… Tout cela s’analysera principalement au travers de la vision de deux jeunes hommes arrivés en France quelques années plus tôt, Moussa et Djibril, ainsi que leurs amis dans le foyer.

Toutes les images du film seront faites au sein du foyer. Il s’agira de donner la parole à ses habitants, tenter de savoir ce qu’ils attendent de leur vie au foyer, en France, s’ils en sont satisfaits… Il faudra faire abstraction de toute la littérature existante sur l’organisation des foyers : les « pour », les « contre », pour juste se concentrer sur les réelles préoccupations de leurs habitants aujourd’hui et l’analyse personnelle qu’ils font de leur vie en ces lieux.

Le film ne se tournera pas avec une caméra mais avec un appareil photo. Il prendra donc la forme d’un « diaporama » travaillé avec la bande son. Nous espérons ainsi être les moins gênants possible auprès des habitants et systématiquement leur demander l’autorisation de les photographier. Au cours des repérages nous avons constaté qu’il n’était pas toujours évident de recueillir la parole de ces hommes : certains se méfient, d’autres n’y voient simplement aucun intérêt. Avec le temps nous avons gagné la confiance des plus jeunes et espérons qu’au fur et à mesure du tournage les anciens accepteront de partager leur expérience. Ainsi le film se fera à l’aide d’une bande son composée de nombreuses prises d’ambiance pour donner corps aux photos. Certaines d’entre elles seront choisies comme « images-repère », répétées à plusieurs reprises lors du montage, pour aider le spectateur à s’y retrouver dans nos déambulations au travers du foyer. Pour chaque endroit du foyer correspondra donc des « images-repères » et un son d’ambiance particulier. » Il est important de préciser que le tournage dans ce foyer a débuté plus d’un an après les premiers repérages. La population du foyer est très méfiante et les réactions ont parfois été violentes (verbalement s’entend) à notre égard au début de notre entreprise. Les langues ont du mal à se délier devant le micro et des rumeurs courent dans le foyer comme quoi nous serions des « agents du gouvernement » venus traquer les clandestins du foyer avec des caméras cachées dans nos sacs à dos. Nous n’avons pas obtenu d’autorisations pour une publication « publique » du résultat sur Internet, c’est pourquoi le site ne pourra jamais être en ligne. La seule autorisation acquise est celle d’une diffusion du film dans les circuits festivaliers non-commerciaux.

Démarche

À l’heure de la rédaction de ce mémoire, le projet est en cours de conception, et le plan du site n’a pas encore été fait. Il sera présenté lors de la soutenance. En attendant, on peut exposer quelques principes qui vont régir sa conception. L’objectif de cette partie pratique est de réaliser une maquette non-finalisée d’un site proposant un web-documentaire « monté » à partir des rushes tournés pour le film. En effet, si le film a été tourné avec un appareil photo, c’est pour créer une animation de ces photos qui seront détourées, imbriquées les unes dans les autres à l’aide d’un logiciel de compositing tel After Effects. Le web-documentaire pourra articuler sa structure autour de ces animations et utiliser les objets détourés à bon escient (pour créer des liens dans l’image par exemple). a problématique éminemment spatiale du sujet aidera à établir une « topographie » du site. Effectivement, il est souvent question du rapport au « pays », à la nation, mais aussi à l’espace du foyer, son organisation spatiale et « sociale ». Les photos prises relèvent soit du « portrait » de la personne dans sa chambre, soit de l’organisation et de l’ameublement de sa chambre qui a souvent valeur de symbole (exemple : omniprésence de gros sacs de voyage dans ces chambres exiguës). Il sera donc important de lier étroitement la navigation dans le site et le parcours de l’immigré.

On peut déjà envisager plusieurs lignes directrices de base pour concevoir la spatialisation du site :
Organiser le site tel le foyer : lieux de vie commune (salle de prière, cuisine, cantine, salle de télévision, hall où s’installent des vendeurs à la sauvette ou le coiffeur, cour intérieur où les vieux se rassemblent autour du maïs grillé…), lieux de vie privée que sont les chambres et lieu de l’administration : le bureau du foyer.
Organiser le site selon un système d’opposition : monde du foyer (petite Afrique) / monde extérieur (la France, pays étranger). Ou bien rêves d’Afrique, nostalgie / dure réalité, vie pénible…

Un autre point important est celui des enchaînements des unités multimédia : l’ouverture d’une page appelle-telle nécessairement un son ? Un texte doit-il nécessairement introduire une interview ? Chaque décision doit être motivée par la question est-ce que cet enchaînement est porteur de sens ? Cela doit être expérimenté et nous ne pouvons présentement pas y répondre. Voilà pour l’instant

Conclusion

Les digimas sont des objets hybrides composés des langages cinématographique et informatiques, à la croisée de deux mondes : celui du cinéma et celui de l’ordinateur. Il n’existe pas un seul type de digima, ce qui simplifierait toute tentative de définition de ce format récemment apparu, mais une multitude et encore d’autres à venir.

Au cours de notre étude nous avons pu déterminer quelles étaient les grandes problématiques qui préoccupent les concepteurs de digimas. La première fut la question du langage : en quoi écrit-on un digima ? La réponse fut plurielle : il existe plusieurs façons d’écrire un digima, tout dépend de la façon dont on veut qu’il soit lu. Car ce n’est pas le moment de l’écriture qui pose problème, mais le moment de la vision. Veut-on que le spectateur reste passif, veut-on qu’il interagisse avec l’objet et jusqu’à quel degré ? Veut-on faire intervenir l’ordinateur au travers d’un programme entre le film et le spectateur ? Ceci est un vaste champ d’expérimentations, certaines plus avancées que d’autres. On a ainsi compris, que la malléabilité de ce support permettrait aux digimas non plus d’avoir à « révéler » la réalité, comme ce fut communément admis du cinéma « classique », mais à la « générer » . Le digima n’est pas un objet solide, matériel et pré-existant, il est l’expérience qu’en fera le spectateur, il ne regarde pas le digima, il l’expérimente. Ceci est permis par l’utilisation d’un langage multimédia dont l’unité syntaxique est l’écran d’ordinateur, espace immatériel et virtuel, langage fabriqué grâce à d’autres langages de programmation et foncièrement différent du langage cinématographique.

Dans un second temps nous avons vu que les contraintes technologiques et logicielles appliquées aux digimas ont permis de faire émerger de nouvelles esthétiques et donc une nouvelle culture de l’image. Car le propre des digimas, écrits en langage multimédia est bel et bien de « mélanger différents médias ». Sur le Net tout type d’image a le même pouvoir. La distinction entre « image filmée donc porteuse d’un potentiel de vérité » et « image dessinée ou générée par ordinateur donc factice » n’a plus lieu d’être. Cette relation à la « vérité » ne nous intéresse plus ici ou le « soupçon » est la règle. Car comme nous venons de le dire ce n’est pas le référent de l’image qui construit une « vérité », l’origine de l’image a été perdue dans le fin fond du réseau, ce qui construit la « vérité » de l’image c’est l’expérience qu’en a le spectateur. Aussi tous les types d’images sont sur un même pied d’égalité. C’est pourquoi de nombreux digimas sont composés comme des patchworks combinant toutes sortes d’images. D’un autre côté, certains logiciels tel Flashs et les contraintes dues aux faibles débits des connexions au début de l’ère Internet, ont faciliter l’émergence d’un certain type emblématique de digimas : les courtes animations en Flash.

Finalement, la grande nouveauté proposée par l’Internet et qui radicalise encore plus les différences entre digimas et films de cinéma, c’est l’espace. Internet permet au spectateur de littéralement se déplacer dans l’image, celle-ci peut être fragmentée, mouvante dans l’espace de l’écran et dans l’espace des réseaux. D’autre part, l’Internet symbolise en quelques sortes le « système nerveux » de notre société, il nous permet d’atteindre une certaine «conscience collective ». Ainsi la pratique du garage-cinéma, le fait de mettre en ligne des vidéos personnelles, de créer son vidéo-blog, relève d’une volonté de participer à une subjectivité collective, de créer un rapport nouveau aux autres. Un grand nombre de digimas n’ont pas une dimension plastique expressive réfléchie et assumée, ils sont des éléments juste exprimés afin que leur auteur puisse montrer sa volonté de « participer » à cet immense réseau neuronal. C’est pourquoi il nous semblerait indispensable qu’une étude des digimas d’un point de vue sociologique soit réalisée.

Pour terminer cette étude il nous est paru judicieux de proposer un tableau récapitulant une typologie sommaire et certainement incomplète du monde des digimas à partir de l’étude menée dans ce mémoire.

DIGIMAS AUTONOMES DIGIMAS LIÉS À UN SITE
Courts-métrages
E-series
Animations
Demos
Vlogs
Web-documentaires
Webcams en streaming
Digimas interactifs
Digimas génératifs

Digimas autonomes = digimas non dépendants de façon « technique » ou sémantique à un site. Ils font sens en dehors même de toute référence à un site. Ce type de digima a été produit en n’envisageant que la qualité universelle de la diffusion que lui permet le Net.

Digimas liés à un site = digimas dont le visionnage ou la « compréhension » ne font sens que dans le contexte du site où ils ont été initialement diffusés. La plupart d’entre eux peuvent techniquement avoir une vie autonome, mais leur sens en serait considérablement modifié.

Courts-métrages = à l’écriture cinématographique « classique », ces courts-métrages n’exploitent pas les possibilités d’interactivité de l’Internet. Ce sont principalement des films que les auteurs veulent porter à la connaissance d’un grand nombre de spectateur. Ils comportent de nombreuses sous-catégories :

o Courts-métrages de fiction o Fan-films
o Documents chocs : porno, accidents, caméras de surveillance
o Clips musicaux o Publicités

– E-series = courts-métrages à production épisodique
– Animations = animations flashs ou autres, mêlant dans nombreux cas dessins, photos et vidéo
– Demos = digimas dont les images sont entièrement générées par un programme informatique
– Vlogs = publication régulière de vidéos à caractère personnel (journal intime, productions personnelles…), publication liée à l’univers développé par l’auteur sur son site et répertoriée par date de mise en ligne
– Web-documentaires = discours documentaires développé au travers de plusieurs médias interdépendants, c’est-à-dire de la vidéo, des sons, des photos et du texte. Le site forme un tout, et chacun de ses éléments prend sens par rapport aux autres.
– Webcams en streaming = vues en temps réel sur différents coins du monde, visible en streaming sur le site initial de diffusion
– Digimas interactifs = digimas proposant dans leur conception la possibilité d’interagir avec le spectateur à des degrés divers, de la réactivité, en passant par l’immersion jusqu’à une réelle interactivité. Cette interactivité est souvent imbriquée dans la navigation sur le site du digima.
– Digimas génératifs = digimas liés soit à une base de données de clips vidéo et générant selon un programme un certain flux d’images (cf Unmovie), ou digimas liés à une webcam dont l’image est altérée par ce programme.

Lire le mémoire complet ==> (LES DIGIMAS)
Mémoire de fin d’études – Section Cinéma
ENS Louis Lumière