Le poids prend du poids – l’obésité au Québec

By 6 May 2013

2 Problématique

Autrefois considérés comme des problèmes propres aux pays à haut revenu, le surpoids et l’obésité2 augmentent de façon spectaculaire dans les pays à faible ou moyen revenu, surtout en milieu urbain (OMS 2006).

Les autorités en matière de santé s’inquiètent de cette évolution. En effet, au début du vingtième siècle l’essentiel de la charge de morbidité était associé aux maladies dites transmissibles ou aiguës. Face à ce défi, les sciences de la santé ont développé des stratégies d’interventions cliniques et d’hygiène publique (eau potable, gestion des eaux usées, salubrité des lieux publics, etc.) souvent fort efficaces de telle sorte qu’aujourd’hui, le profil de morbidité de nos sociétés a profondément changé. Ainsi, l’essentiel de la charge de morbidité est maintenant attribuable aux maladies chroniques. La situation actuelle est telle que l’OMS affirme que nous faisons face à une épidémie de maladies chroniques pour lesquelles l’excès de poids a été identifié comme un facteur de risque déterminant. L’OMS note que cette épidémie est manifestement liée à des habitudes alimentaires universelles et à la consommation accrue d’aliments industriels gras ou salés (OMS 2002).

2 Puisque les définitions servent de point de départ aux démonstrations et que ce mémoire porte un regard sur un secteur d’activité normé, il s’avère important, d’entrée de jeu, de venir préciser l’usage usuel du vocabulaire du poids.
Selon une pluralité de sources médicales (Chagnon-Decelles 2000, Santé Canada 2003, Association médicale canadienne 2006), la normalité du poids d’un individu est généralement déterminée par l’indice de masse corporelle (IMC). L’IMC, ou indice de Quételet, correspond à la masse, en kilogrammes, d’un individu divisé par le carré de la taille, en mètres, de ce même individu.
Lorsque l’indice varie entre 18,5 et 24,9, le poids est dit normal ou désirable puisque, selon les études épidémiologiques, il est associé au moindre risque relatif de morbidité et de mortalité. En de ça de 18,5, le poids est qualifié d’insuffisant et est associé à plusieurs problèmes de santé tels que la sous-alimentation, l’ostéoporose, les maladies respiratoires et divers troubles alimentaires. Un tel poids peut aussi résulter d’une maladie sous-jacente non diagnostiquée. Lorsque l’IMC est au-dessus de 25, le poids est dit excédentaire ou en surplus. On parlera alors de surpoids ou d’embonpoint. Il sera question d’obésité lorsque l’IMC sera supérieur à 30. Au-delà de 40, l’obésité sera qualifiée de morbide. Cette obésité morbide fera, à son tour, l’objet d’une catégorisation.
Au-dessus de 25, plus l’IMC sera élevé, plus le risque relatif de morbidité et mortalité sera important.

2.1 La prévalence : Le poids prend du poids

Que les statistiques soient mondiales, américaines, canadiennes ou québécoises, elles démontrent toutes que la prévalence de la surcharge pondérale croît. Selon les dernières estimations mondiales3 de l’OMS pour 2005 (OMS 2006), environ 1,6 milliard d’adultes (âgés de 15 ans et plus) avaient un surpoids et au moins 400 millions d’adultes étaient obèses. Au cours de la même période, au moins 20 millions d’enfants de moins de cinq ans avaient un surpoids. On observe, à l’échelle mondiale, que pour la première fois de l’histoire de l’humanité, le nombre de personnes qui accusent un surpoids dépasse le nombre de personnes en situation de sous-nutrition (854 millions de personnes) (FAO 2006).

Tous les experts s’entendent pour affirmer que l’augmentation de la prévalence de l’excès de poids est une tendance lourde qui ne montre aucun fléchissement (Eckel R H. 2003). Ainsi, selon les pronostics actuels de l’OMS (2006), quelque 2,3 milliards d’adultes auront un surpoids et plus de 700 millions seront obèses.

Ce constat est lourd. Cette prise de poids collective ainsi que les risques de développer une maladie chronique qui en découlent, n’auront pour effet que d’accroître encore plus les dépenses en soins de santé et d’augmenter la pression sur les différents systèmes de prestation de soins déjà lourdement hypothéqués. Si après un siècle où l’espérance de vie des hommes et des femmes au Canada est passée respectivement de 47 et 50 ans(Norris S 2000) à 77,8 et 82,6 ans (Statistiques Canada 2006), l’état actuel de la situation est tel, selon les experts mandatés par l’Association médicale canadienne, que les enfants d’aujourd’hui vivront moins longtemps que leurs parents (Canadian Medical Association 2006).

3 Tout au long de ce mémoire, une différenciation entre le surpoids et l’obésité est faite. Le surpoids et ses synonymes, embonpoint, pré-obèse ou encore l’expression « au-dessus de son poids » décrivent les indices de masse corporels (IMC) situés entre 25 et 30. Pour cette catégorie, les experts de l’OMS parlent de risque accru, par rapport aux IMC situées entre 18,5 et 25, de développer des problèmes de santé. Dès que l’IMC dépasse 30, il sera question d’obésité. L’obésité, tel qu’indiqué dans la note précédente, fera également l’objet d’une classification. Les différents types d’obésité seront associés à un risque élevé, très élevé et extrêmement élevé de développer des problèmes de santé. La différence entre le surpoids et l’obésité tient donc à une question de niveau de risque (Mongeau L et Al. 2005).

La situation qui prévaut aux États-Unis n’est rien de moins que spectaculaire. Au début des années 1980, la prévalence de l’obésité (IMC > 30) était à peine supérieure à 15 %. Dix ans plus tard, cette prévalence grimpait à près de 25 % (USA 2001). Depuis 1998, au moins le tiers de la population était obèse (Obesity Task Force 1998) et la progression ne montre aucun signe de ralentissement. En 2005, c’est plus de 70 % de la population de 15 ans et plus qui accuse un surpoids (IMC ≥ 25) (OMS 2005).

Le portrait canadien est à peine moins spectaculaire. La prévalence de l’obésité en 1972 était d’environ 11 %, en 1980, de moins de 15 %. En 1990, les études canadiennes révèlent une prévalence de l’obésité de 15 %, en 2000, de 20 % puis en 2005, de 24 %. Chez les enfants, la prévalence de l’obésité est passée d’environ 3 % en 1978/79 à 8 % en 2004. L’enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2004 révèle qu’environ 59 % de la population serait en situation de surpoids (Katzmarzyk P T 2007).

Avec la Colombie-Britannique, le Québec se démarque de la tendance qui s’observe ailleurs en Amérique du Nord. En effet, si la prévalence de l’embonpoint et de l’obésité augmente depuis les années 1970, la progression est moins marquée au Québec. En 1987, la prévalence de l’embonpoint chez les hommes était de 35 % et chez les femmes de 20 %. En 2003, cette prévalence passait respectivement à 41 % et 25 % (Mongeau L et Al 2005). L’enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (cycle 2,2) faisait passer la prévalence moyenne de l’embonpoint au Québec en 2004 à 41 % (Statistique Canada 2004).

Quant à l’obésité, la prévalence au Québec passait, chez les hommes comme chez les femmes, d’environ 7 % en 1987 à 14 % en 2003 (Mongeau L et Al 2005). En 2004, elle sautait à 21,9 % (Mongeau L et Al 2005).

De l’opinion des experts en santé publique, en matière de poids, la situation québécoise n’est pas meilleure qu’ailleurs en Amérique du Nord. Le poids moyen au Québec croît au même rythme que celui des autres Nord-américains, mais avec quelques années de retard. Si rien n’est fait, la situation qui pourrait prévaloir au Québec d’ici quelque temps est celle qui prévaut déjà ailleurs aujourd’hui.

Toutefois, il est important de noter, contrairement à ce que laissent entendre les acteurs majeurs de la lutte à l’obésité, dont les gouvernements, que cette prise de poids n’est pas uniforme. En effet, si le phénomène de la prise de poids touche toute la population, au Québec comme en France, certains semblent encore protéger. Au Québec, si la prévalence de l’embonpoint augmente avec le revenu, celle de l’obésité diminue. Ainsi, chez les individus à revenus élevés4, cette incidence est de 11,6 % en 2003 contre 17,8 % pour ceux à bas revenus5 (Mongeau L et Al 2005). Pendant cette même période en France, on notait une surreprésentation des obèses dans les ménages à faible revenu avec une incidence de 12 % contre 8 % pour les mieux nantis (de Saint Pol T 2009).

En France et au Québec, la scolarisation a un effet encore plus marqué sur la prévalence de l’embonpoint et de l’obésité. Au Québec, cette prévalence est respectivement de 30,9 % et de 9 % chez les plus scolarisés6. En France, l’obésité touchera 5 % de ces derniers. Par contre, chez les Québécois moins scolarisés7, la prévalence de l’embonpoint et de l’obésité oscille autour de 36 % et de 20 % (Mongeau L et Al 2005). En France, la prévalence de l’obésité sera de 15 % chez les moins scolarisés (de Saint Pol T 2009).

Que l’on soit en France ou au Québec, il appert que les régions urbaines sont moins touchées par la problématique de poids excédentaire que les régions rurales ou ressources (Mongeau L et Al 2005) (de Saint Pol T 2009).

Si Mongeau et ses collègues (2004) ne dénotent pas de différence significative entre les deux sexes en matière d’obésité, il en va autrement pour le surpoids (embonpoint). Celui-ci est « beaucoup plus prévalent que l’obésité et significativement plus élevé chez les hommes (41 %) que chez les femmes (25 %). Cette différence selon le sexe pour l’embonpoint est constatée depuis 1987, et ceci, pour chaque année d’enquête » (1987 à 2003) (Mongeau L et Al 2005).

4 60000 $ et plus/ 1-2 personnes
5 15000 $/1-2 personnes à 30000 $/5 personnes
6 Diplôme universitaire
7 Pas de diplôme secondaire

La France de 2003 montre une différence entre les hommes et les femmes. Le surpoids est surtout une histoire masculine. La prévalence y est de 34, 8 % chez les Français, mais tombe à 21,2 % chez les Françaises. L’obésité est à peine plus une histoire de femmes que d’hommes. Parmi elles, la prévalence est de 10,2 % alors que pour les hommes, elle est de 9,8 % (de Saint Pol T 2009).

Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie
Université de Montréal – Faculté des études supérieures et postdoctorales – sociologie