La description du poids hors-norme et la norme de poids

By 8 May 2013

La norme de poids

On constate aujourd’hui que l’IMC s’est imposé comme la méthode pour définir le poids problématique. Cette mesure permet d’étayer ce qui est conforme et ce qui ne l’est pas. Plus encore, depuis que le poids excessif est devenu une maladie, cette classification pondérale permet de différencier le normal du pathologique.

Si ce classement est en vigueur depuis 2005, il a fluctué dans le temps et il est appelé à évoluer. Avant 2005, les poids dits normaux correspondaient à un IMC de 20 à 24,9. La primauté actuelle de l’IMC semble remise en cause. Une nouvelle mesure émerge qui serait un meilleur prédicteur de problèmes de santé : le tour de taille (Canadian Medical Association 2006).

Cette norme est d’abord opérationnalisée chez les professionnels de la santé. Puis, elle pénètre les documents des gouvernements et se diffuse progressivement dans les écrits journalistiques de masse. L’outil, initialement clinique, en est un aujourd’hui de santé publique. Ce déploiement du corps privé à l’échelle du corps social, a pour effet que le pouvoir s’est maintenant incarné dans les corps des individus qui deviennent à leur tour des instruments de son approfondissement et de son élargissement.

On assiste ici à une objectivation de l’évaluation du poids. Cette norme, bien qu’en constante évolution, permet une meilleure identification, un repérage des lieux d’intervention, une surveillance plus efficace des poids qui dérogent et, en conséquence, du type d’intervention corrective requis. Avec elle, le poids problématique est devenu un indice en santé comme le PIB (Produit intérieur brut) l’est en économie, et invite à l’intervention.

La description du poids hors-norme

Tel que mentionné plus tôt, la classification pondérale permet de différentier le poids dit normal du poids hors-norme. Cette classification catégorise aussi les différents types de poids hors-norme. Par contre, le poids hors-norme, quel qu’il soit, est maintenant qualifié de pathologique.

Le poids hors-norme n’a pas toujours été cette pathologie, ce « tueur silencieux »138. Le vocabulaire qui lui est associé a évolué. De fait, les premiers documents, telles les premières éditions du Guide alimentaire canadien, décrivent le poids hors-norme en terme d’esthétique.

Ensuite émerge un discours progressivement plus médical. Il aura été un facteur de risque associé au développement potentiel de certaines pathologies. On dira « qu’il y a un lien entre l’excédent de poids et l’apparition ou l’aggravation de certaines pathologies » (Corporation professionnelle des médecins du Québec 1988) ou alors que l’obésité favorise « l’hypertension et l’hypercholestérolémie » (ministère de la santé et des services sociaux du Québec 1992). Puis, il sera un « facteur important associé à plusieurs pathologies » (Douketis JD et al 1999), un « facteur clef pour plusieurs maladies chroniques » (Canadian Medical Association 2006). Le poids hors-norme devient un problème de santé « pire que la malnutrition et les maladies infectieuses »139.

Le poids hors-norme présenté comme maladie dans les documents analysés ne date que de la fin des années 1990. D’une revendication d’un regroupement de médecins, ce statut de maladie s’est par la suite généralisé. La notion de poids hors-norme comme maladie sera officielle en 2004, lorsque le Medicare américain reconnaîtra publiquement « l’obésité comme une maladie »140. Le poids hors- norme comme maladie ou comme maladie grave ne suffit plus pour décrire la situation qui prévaut. Non seulement sera-t-il, comme on l’a vu précédemment, une maladie, mais il sera décrit comme une maladie devenue chronique. Ainsi, le programme national de santé publique 2003-2012 du Québec affirme que les maladies chroniques, dont l’obésité, seraient « responsables de plus de 70 % des décès » dans la province (Direction nationale de la santé publique 2003).

Face à l’augmentation de la prévalence du surpoids, le recours au discours morbide évolue. On dira alors que l’obésité a atteint des niveaux épidémiques (Canadian Medical Association 2006; Chagnon-Decelles D. 2000a). La situation est telle que l’OMS la qualifie « d’épidémie, voire de pandémie »(Ministère de la Santé et des services sociaux du Québec 2006).

139 Ricard-Châtelain B. 2004/04/08. Le centre de recherche sur l’obésité prend de l’expansion Investissement de 12,5 millions pour devenir un chef de file dans le domaine. Le Soleil:Page A 9
140 Agence France Presse. 2004/07/17. l’Obésité classée comme maladie. La Presse:Page A 7

Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie
Université de Montréal – Faculté des études supérieures et postdoctorales – sociologie