La contribution algérienne à la défense de la France 1900-1945

By 2 May 2013

2- La contribution algérienne à la défense et au développement économique de la France (1900-1945):

a- Les premiers immigrés (1900-1918) :

Malgré leur résistance farouche à la colonisation, la France jugeait les Kabyles plus aptes à être assimilés par la culture française que les Arabes. Il y a donc, dès la fin du 19ème siècle, un recrutement massif de main d’œuvre en provenance de Kabylie : entre 1907 et 1913, 10.000 Kabyles arrivent pour servir l’industrie française

En 1914, l’exposition internationale se tient à Lyon 11 et les visiteurs découvrent, à cette occasion, un musée rétrospectif de la conquête de l’Algérie retraçant l’épopée militaire d’Afrique du Nord. Inaugurée le 31 mai 1914, par Edouard Herriot cette exposition n’intéressera les Français que quelques semaines puisque la Première Guerre Mondiale éclate en août de la même année.

Du coup, la vague d’immigration coloniale et, principalement, algérienne grossit. Les hommes manquent au front et à l’arrière, les autorités françaises font donc appel aux populations des colonies pour venir soutenir l’effort de guerre contre l’Allemagne. Le service des travailleurs coloniaux est créé au Ministère de la Guerre en janvier 1916. Le 1er mai 1917, ce service évalue à 42.378 ouvriers la main d’œuvre présente dans les usines et les arsenaux de la métropole.

Le recrutement des combattants coloniaux prend vite la forme du recrutement forcé. C’est notamment le cas en Algérie avec la publication du décret du 7 septembre 1917 qui provoque des soulèvements dans la région de Constantine. A l’heure de l’armistice, le bilan de l’effort de guerre de l’Algérie est impressionnant : 155.000 Européens d’Algérie et 173.000 Musulmans ont pris le chemin des champs de bataille. 22.000 Français et 25.000 Musulmans y ont laissé leur vie. A la fin de la guerre on estime qu’un tiers de la population musulmane de 20 à 40 ans se trouve en France soit comme militaires, soit comme travailleurs.

Du côté des usines, plus de 13 0.000 travailleurs maghrébins vont venir travailler en métropole, parmi lesquels près de 80.000 Algériens. Leurs conditions de vie ne seront pas très différentes de celles des soldats puisque la gestion de cette main d’œuvre est confiée à des officiers coloniaux chargés de subvenir aux besoins des entreprises. Ils vivent la plupart du temps dans des baraques de fortune, maintenus dans l’isolement et dans leurs coutumes afin d’éviter la propagation dans les colonies d’idées subversives susceptibles de troubler l’ordre colonial. On est bien loin, à l’époque, de toute idée d’intégration.

11 Philippe Videlier, Didier Daeninckx L’Algérie à Lyon, une mémoire centenaire Bibliothèque Municipale de Lyon 2003

b- L’entre deux guerres (1918-1939) :

Une fois la guerre terminée, les besoins de main d’œuvre dans l’industrie sont très importants. Et dès les années 1920, l’immigration de travailleurs coloniaux s’intensifie. En 1924, après la victoire de la gauche aux élections, l’arrivée d’Edouard Herriot à la présidence du conseil provoque un formidable espoir, notamment chez les Algériens. Cette année là, l’émir Khaled, petit-fils d’Abd el- Kader, écrit au nouveau Président du Conseil pour demander la mise sur pied de réformes nécessaires à l’accession des résidents nord-Africains à la citoyenneté française : représentation parlementaire, liberté de la presse et d’association, instruction obligatoire, égalité sociale, liberté du culte et liberté de circulation entre la France et l’Algérie… Mais aucune réforme dans ce sens ne sera ébauchée par la gauche de l’époque très attachée à la colonisation.

En juillet 1926, une nouvelle organisation implantée principalement en Ile de France voit le jour. Il s’agit de l’Etoile nord-Africaine qui organise une réunion le 14 juillet à la Maison des Syndicats à Paris. Les buts de cette association créée par des militants algériens du Parti Communiste Français sont la suppression du Code de l’indigénat, la liberté de circulation entre la France et l’Algérie, l’application des lois françaises aux Algériens… L’ENA milite aussi pour la confiscation des grandes propriétés et la redistribution des terres aux pays ans ainsi que pour l’application en Algérie du droit syndical et des lois ouvrières françaises. Le secrétaire général de l’association se nomme Hadj Messali Ahmed. Né à Tlemcen le 16 mai 1898, il est arrivé en France à la fin de l’année 1923 et deviendra l’une des figures du nationalisme algérien. L’ENA est dissoute pour propagande subversive le 20 novembre 1929 par le tribunal correctionnel de la Seine. On lui reproche surtout d ‘œuvrer pour l’indépendance de l’Afrique du Nord et par là de porter atteinte à l’intégrité du territoire national.

Dans le même temps, un arrêté restreint la venue de nouveaux travailleurs algériens en France, satisfaisant les colons inquiets de la fuite d’une main d’œuvre particulièrement bon marché.

1930 est une date particulièrement importante puisqu’elle marque le centenaire de l’Algérie Française12. Le point d’orgue de ces six mois de commémoration politique décidés conjointement par Paris et Alger est le voyage effectué au mois de mai par le Président de la République Française, Gaston Doumergue. Celui-ci va durer 9 jours au cours desquels vont se succéder d’innombrables cérémonies, inaugurations, réceptions officielles et banquets. Ces manifestations autour du centenaire sont aussi l’occasion d’une importante propagande pour convaincre l’opinion métropolitaine que « l’Algérie est une magnifique province française ». Et les débats qui commencent à animer le monde politique sur l’avenir de l’Algérie sont mis en sourdine au profit d’une glorification outrancière des bienfaits de la colonisation. Et ce ne sont pas les quelques tentatives courageuses du Parti communiste et de la CGTU pour mobiliser les classes ouvrières française et algérienne contre « la prise en esclavage » des Algériens qui vont modifier le sentiment général.

12 Les cérémonies de commémoration du centenaire débutent le 1er janvier 1930 par la venue à Paris d’anciens combattants français d’Algérie et Algériens qui déposent une gerbe et raniment la flamme du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe. Elles s’achèvent en juin avec ,notamment, l’inauguration de deux monuments, l’un à Sidi Ferruch rappelant le débarquement des troupes françaises et l’autre à Boufarik glorifiant la colonisation et la réussite de l’agriculture en Algérie.

Les Français dans leur ensemble ne se rendent pas compte que les manifestations de loyauté des « chefs indigènes », ainsi qu’on les nommait à l’époque, ne reflètent pas le point de vue de la population algérienne et de ses porte-paroles. Ferhat Abbas 13, alors président de l’association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord, dénonce, en octobre 1930, le caractère humiliant des célébrations du centenaire et un nouveau proverbe fait son apparition : « Les Français célèbrent le premier centenaire de l’Algérie, ils ne célèbreront pas le second. »

On assiste, également, au début des années 30 à l’émergence d’un réformisme islamique représenté par la personnalité de l’imam Abd al- Hamid Ben Bâdis 14, directeur de l’Association des oulémas musulmans algériens (AOMA). Ce regroupement de savants religieux entend redresser l’état moral et intellectuel du peuple algérien, combattre les superstitions et les marabouts accusés de servir l’administration coloniale. Ben Bâdis, issu d’un famille de notables rallié à la France, ouvre une école coranique à Constantine et est très rapidement considéré comme «le guide de la Nation ». Son influence spirituelle et politique touche désormais l’Algérie tout entière.

En février 1933, Ferhat Abbas s’installe à Sétif et obtient son pr emier mandat politique. Il s’affirme dès cette époque comme une figure de la Fédération des élus musulmans et milite pour la promotion sociale et l’égalité des droits entre Français, Européens et Algériens.

L’arrivée du Front Populaire en métropole provoque un grand espoir de voir la situation de l’Algérie évoluer. Le 7 juin 1936, un congrès tente de rassembler à Alger les différentes revendications des musulmans algériens. Malgré les dissensions qui apparaissent entre les différentes composantes de ce rassemblement, un comité exécutif est créé et se charge de réaliser une charte revendicative réclamant, notamment, l’égalité devant l’instruction, la santé et l’emploi, ainsi que l’instauration d’un collège électoral unique et du suffrage universel.

Mais le Congrès musulman est contesté par des organisations politiques plus radicales ; ainsi l’Etoile nord-Africaine de Messali Hadj, dissoute en 1936 et rebaptisé PPA, Parti du Peuple Algérien, dénonce la modération du Congrès. Installé à l’origine dans les gran des villes de métropole et recrutant essentiellement ses membres dans les rangs de l’immigration algérienne à Paris, Lyon ou Marseille, le PPA a pris ses distances avec le Parti Communiste et prend ses quartiers à Alger en 1937. Le 14 juillet de la même an née, ses militants, Messali Hadj en tête, défilent derrière le drapeau algérien. Arrêtés et inculpés d’atteinte à la souveraineté française, les dirigeants du PPA vont continuer leur lutte depuis la prison et le statut de prisonnier politique de Messali Ha dj va contribuer à attirer de plus en plus de jeunes Algériens.

13 Né en 1899 à Taher, il fondera l’Union Populaire Algérienne en 1938 et sera le premier président du gouvernement provisoire de la République algérienne (1958-1961) avant d’être exclu des principales instances politiques de l’Algérie indépendante.
14 Pour faire avancer l’idée d’une identité nationale algérienne, les oulémas développent l’enseignement de l’arabe dans les écoles primaires, rassemblent la jeunesse au sein des scouts musulmans et créent des œuvres de bienfaisance.

c- La seconde guerre mondiale (1939-1945) :

L’un des épisodes les plus marquants des débuts du conflit se déroule en Algérie. Les Anglais décident au début du mois de juillet 1940 de détruire la flotte française amarrée en rade de Mers el- Kébir, près d’Oran, afin d’éviter que ces navires ne tombent aux mains des Allemands. 1297 marins perdront la vie dans cette opération et contribueront au ralliement de l’opinion publique à la propagande de Vichy qui considère désormais l’Angleterre comme ennemie.

Le 7 octobre 1940, une loi publiée au Journal Officiel abolit les décrets Crémieux et prive brutalement les 130.000 juifs d’Algérie de leur citoyenneté. La politique de Vichy se met en place. Une période difficile pour les tenants de l’indépendance et de l’émancipation de l’Algérie. Ferhat Abbas envoie au Maréchal Pétain un rapport sur la situation de la population algérienne dénonçant la misère et l’exclusion politique dans laquelle sont maintenus les Algériens. Il propose un programme de réformes importantes afin de pallier à cette situation et de parvenir à l’égalité de traitement de tous les habitants de l’Algérie transformée en provinces rattachées à la métropole. Devant le silence des autorités françaises, Ferhat Abbas prend conscience qu’il est arrivé au terme de sa logique d’assimilation.

De son côté Messali Hadj est condamné le 17 mars 1941 par le tribunal militaire d’Alger à 16 ans de travaux forcés, 20 ans d’interdiction de séjour et à la privation de ses biens et de ses droits civiques. Il est déporté avec ses camarades du PPA au bagne de Lambèse dans le sud algérien.

Les lois scélérates du régime de Vichy s’appliquent aussi en Algérie. Plus de 500 militants communistes venus d’Espagne, de métropole ou militants algériens sont condamnés à mort le 16 mars 1942. La haine raciale s’affiche sans vergogne comme cet arrêté municipal pris par la Mairie de Zéralda, ville balnéaire à l’ouest d’Alger, qui interdit ses plages aux chiens, aux juifs et aux arabes. Pour avoir bravé l’interdiction, une quarantaine d’ouvriers algériens sont entassés dans la minuscule cellule de la commune. 26 périssent asphyxiés.

Le 8 novembre 1942, l’opération de débarquement anglo-américaine en Afrique du Nord parvient à surprendre les forces de l’Axe et les autorités françaises. Grâce à une poignée de résistants locaux 15 qui neutralisent en quelques heures le central téléphonique, Radio Alger et la préfecture, 38.000 soldats alliés débarquent à Alger, Oran et sur les côtes marocaines. En représailles, les Allemands franchissent la ligne de démarcation en métropole et s’emparent de Tunis. Le 24 décembre 1942, l’amiral Darlan est assassiné et le général Giraud devient la plus haute autorité française en Algérie avec le soutien des Américains.

Le 31 mars 1943, une délégation d’élus musulmans emmenée par Ferhat Abbas transmet aux autorités françaises d’Alger, de Londres ainsi qu’aux forces alliés un Manifeste demandant l’institution d’un gouvernement algérien autonome. Le texte revendique le droit du peuple algérien à disposer d’une constitution propre, d’un gouvernement élu au suffrage universel et l’abolition de la colonisation. Après avoir prôné pendant plusieurs années l’assimilation de l’Algérie à la France, Ferhat Abbas franchit le pas de l’autonomie et de l’indépendance, rejoignant ainsi les positions du PPA dont l’un des membres, Lamine Debaghine, co-signe le Manifeste du peuple algérien.

Alors qu’Alger devient la capitale de la France libre avec l’arrivée du général De Gaulle en juin 1943, la situation des algériens évolue avec la promulgation d’une ordonnance tentant d’établir l’égalité civile. Mais ces mesures, loin des revendications du Manifeste de Ferhat Abbas, ne satisfont pas les nationalistes algériens qui réclament de plus en plus ouvertement l’indépendance de leur pays.

Pendant ce temps les troupes alliés qui ont débarqué en Italie remontent peu à peu vers le nord. Bloquées depuis l’automne 1943 au Monte Cassino16, elles font appel aux troupes coloniales françaises constituées de tirailleurs nord-Africains qui, habitués aux Djebels de leur pays, prennent les positions allemandes au prix de très lourdes pertes le 22 mai 1944. C’est ainsi que sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, 260.000 hommes majoritairement nord-Africains débarquent en

Provence le 15 août 1944 et libèrent Toulon et Marseille. Tabors marocains et tirailleurs algériens se battront ainsi jusqu’au Danube. 120.000 Européens d’Algérie et 140.000 Algériens musulmans ont contribué à la libération du continent européen au prix de 14.000 morts et 42.000 blessés.

15 La composition de ce groupe est assez hétéroclite. Civils et anciens sous-officiers issus de l’extrême droite nationaliste, jeunes patriotes, policiers et membres de la communauté juive constituent un amalgame improbable duquel sont exclus les quelques gaullistes présents à Alger.
16 Cet épisode de la Seconde Guerre Mondiale, s’il est assez présent dans les manuels d’histoire, n’est que rarement évoqué comme une contribution essentielle à la campagne d’Italie des alliés grâce à l’engagement sans faille des Algériens et des Marocains, membres des troupes coloniales. De même, comment ne pas se souvenir de la libération de Toulon par des soldats venus du Maghreb et l’élection 50 ans plus tard à la tête de la ville d’un élu du Front National.

Lire le mémoire complet ==> (Mémoires d’Algérie : Année de l’Algérie en France)
Mémoire – DESS – Développement culturel et Direction de projet
Université Lumière Lyon 2 / ARSEC