Comment définit-on le poids problématique? Documents canadiens

By 7 May 2013

5 Résultats
5.1 Comment définit-on le poids problématique?
5.1.1 Les documents gouvernementaux

De 1942, année de parution du premier précurseur de ce qui deviendra le Guide alimentaire, à 2005, les documents gouvernementaux sont silencieux quant à ce qui constitue un poids problématique. Certes, en 1944, les règles alimentaires du Canada se disent fondées sur « l’obtention d’une silhouette tout à fait acceptable » (Santé Canada 2007b). Soixante ans plus tard et après la publication de 13 documents gouvernementaux en santé publique, dont quatre depuis l’année 2000, la Stratégie pancanadienne intégrée en matière de modes de vie sains brisera ce silence. Ainsi, un des objectifs de cette stratégie est d’augmenter de 20 % d’ici 2015, la proportion « Canadiens ayant un poids “normal” », soit un indice de masse corporelle de 18,5 à 24,9, selon les données recueillies par l’Enquête nationale sur la santé de la population (ENSP) et l’ESCC, et selon les indicateurs de la santé de Statistique Canada/l’ICIS » (Santé Canada 2005), référence directe aux Lignes directrices canadiennes pour la classification des poids (Santé Canada 2003). Ce document officiel du gouvernement détermine ce que sont la normalité pondérale et les poids problématiques.

La Stratégie pancanadienne intégrée en matière de modes de vie sains annonce que dans le cadre de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) « les résultats des indices de masse corporelle mesurés » (Santé Canada 2005) seront disponibles, ce qui indique que le poids fera aussi l’objet d’une mesure systématique. L’ESCC est une enquête transversale qui vise à recueillir des renseignements sur l’état de santé, l’utilisation des services de santé et les déterminants de la santé de la population canadienne. De 2001 à 2007, cette collecte de donnée s’effectuera tous les deux ans. À partir de 2008, elle deviendra annuelle (Statistique Canada 2008).

Par la suite, tous les documents gouvernementaux feront une référence directe ou indirecte aux lignes directrices canadiennes sur la classification des poids ou encore aux paramètres issus de l’OMS. La notion de surveillance se raffine. Si initialement le poids est déclaré par le participant à l’étude, aujourd’hui, il est susceptible d’être mesuré par l’enquêteur comme dans le cas de l’ESCC.

Non seulement mesure-t-on le poids, mais on y rattache, en particulier avec le Plan d’action gouvernemental pour la promotion des saines habitudes de vie et de la prévention des problèmes liés au poids, un objectif de performance à atteindre. Ainsi, le gouvernement du Québec annoncera que « l’objectif de prévalence à atteindre d’ici 2012 est de réduire de 2 % le taux de prévalence de l’obésité chez les jeunes et les adultes » (Ministère de la Santé et des services sociaux du Québec 2006)p. 14).

Certes, dès 2003, le programme national de santé publique du Québec mentionne que les problématiques du poids comprennent également celles « liées à une préoccupation excessive liée au poids » (Direction nationale de la santé publique 2003). Il mentionne également que le poids est un paramètre de santé qui mérite surveillance. Pourtant, il ne définit pas ce qui constitue un poids problématique.

Enfin, notons que le poids problématique défini selon des paramètres psychologiques tels que « préoccupation excessive liée au poids » (Direction nationale de la santé publique 2003) ou encore « le désir omniprésent de la minceur » (Ministère de la Santé et des services sociaux du Québec 2006) s’observe seulement dans les documents produits par le gouvernement du Québec. Les documents produits par le gouvernement fédéral sont muets au sujet de cette dimension.

Dans les documents gouvernementaux, l’IMC s’est donc imposé comme la méthode pour définir le poids problématique. Par contre, on observe que les valeurs qui constituent les poids problématiques ont fluctué.

Selon des documents consultés et leurs références, les poids dits normaux ont d’abord été identifiés par l’ensemble des autorités de santé publique comme correspondant à un IMC de 20 à 24,9. Puis, en 2005, la Stratégie pancanadienne intégrée en matière de modes de vie sains a légèrement modifié ces seuils en les faisant passer à un écart de 18,5 à 24,9 (Santé Canada 2005).

Ainsi, les Lignes directrices canadiennes pour la classification du poids chez les adultes (Santé Canada 2003) indiquent que lorsque l’IMC se situe entre 18,5 et 24,9, le poids est dit normal et représente un moindre risque pour la santé. S’il est inférieur à 18,5 (poids insuffisant) ou supérieur à 25, le poids devient problématique. De 25 à 29,9, il est excédentaire. Au-delà de 30, on parle d’obésité. Cette obésité fait à son tour l’objet d’une classification : obésité classe I (30,0 – 34,9), obésité classe II (35,0 – 39,9) et obésité classe III (40,0 et plus).

Tel que mentionné plus tôt, cette définition précise deviendra celle à laquelle tous se réfèrent à compter de 2005.

5.1.2 Les documents normatifs et guides de pratique

Les documents normatifs et guides de pratique encadrent l’intervention, déterminent les règles, les normes de pratiques des professionnels qui oeuvrent dans ce champ d’activité. Ces normes servent, le cas échéant, à évaluer la qualité et la pertinence des actions de ces professionnels.

En santé publique, une définition du poids permet de suivre son évolution et, dans une certaine mesure, la qualité des actions qui ont pour objet le poids. Dans le domaine de l’intervention clinique, cette définition viendra déterminer s’il doit y avoir une action à caractère médical, de quelle intensité et de quelle durée. Ainsi, le geste clinique s’avère hautement normatif.

Les plus anciens guides disponibles aux fins de cette étude proposent une définition de la normalité pondérale et du poids problématique. Ainsi, selon le premier manuel de nutrition clinique de l’OPDQ (Gélinas M. D. 1987), le poids hors-norme y est décrit comme « un état de l’organisme caractérisé par un dépôt excessif de tissus adipeux (plus de 20 à 25 % du poids corporel chez l’homme adulte et plus de 30 % chez la femme adulte) secondaire à l’augmentation substantielle de la taille des adipocytes […] et, dans certains cas, à l’augmentation de leur nombre »(Gélinas M. D. 1987). Les médecins définiront ce poids essentiellement selon les mêmes paramètres en 1988 (Corporation professionnelle des médecins du Québec 1988). L’un et l’autre ont comme méthode commune d’évaluation et de diagnostic l’IMC.

Le poids exprimé en termes esthétiques ou en termes plus « psychologisants » est invisible dans l’ensemble des documents normatifs, sauf ceux produits après 2000. Ainsi, à la section de la définition de l’obésité de son manuel de nutrition clinique en ligne (site web), l’OPDQ indiquera qu’il y a « une obésité subjective qui renvoie à un malaise vécu, une insatisfaction […] à la gêne et à la honte que l’on porte comme fardeau » (Chagnon-Decelles D. 2000a).

Par contre, l’Association médicale canadienne, dans ses normes de pratiques de 2006, optera pour une position moins subjective. Elle affirmera que « l’obésité ne devrait plus être vue comme un problème esthétique ou d’image corporelle » (Canadian Medical Association 2006). Pour elle, le poids hors-norme se détecte notamment par l’IMC et le tour de taille15.

Fort de cette affirmation, l’AMC suggère de mettre sur pied un système national de surveillance et de dépistage qui enregistrerait minimalement les deux mesures mentionnées plus tôt, de manière systématique, et ce, dès l’âge de deux ans (Canadian Medical Association 2006).

Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie
Université de Montréal – Faculté des études supérieures et postdoctorales – sociologie