À quel moment intervient-on sur le surpoids et l’obésité?

By 7 May 2013

5.8 À quel moment intervient-on sur le poids?
5.8.1 Les documents gouvernementaux

Le sujet de moment de l’intervention sur le poids demeure celui le moins documenté de la part des organismes de santé publique. Lorsque ceux-ci abordent la question, les propos s’avèrent fort succincts. Néanmoins, malgré ce manque de diversité, il y a une nette préférence pour une intervention en amont du problème, pour la prévention.

La prévention peut se tenir à différents moments. Elle peut être en « prévention des maladies chroniques » (Québec 2003). La modification des habitudes de vie en prévention peut prendre place, « que le problème soit observé ou non » (Santé Canada 2005). Mais généralement, la prévention prend place partout, et ce, dès la petite enfance et tout au long de la vie et dans tous les milieux où les gens vivent (Ministère de la Santé et des services sociaux du Québec 2006).

L’action préventive au moment de l’enfance n’est pas le propre du Plan d’action du gouvernement du Québec. Près de 30 ans auparavant, le Rapport Lalonde observait que c’est pendant la période 5 à 14 ans « que l’on adopte certaines habitudes et attitudes qui se reflèteront sur la santé de l’individu tout au cours de sa vie […] Ce serait donc une grave erreur que de négliger sur le plan de la santé, l’éducation de 5 à 14 ans » (Lalonde M 1974).

Dans tous les cas, la prévention s’avère cruciale, car elle permet à la population « d’apprendre pendant toute leur vie et de se préparer à affronter les diverses étapes de cette dernière » (OMS 1986).

De cette analyse, la prévention des problèmes liés au poids devrait prendre préférablement place au moment de l’enfance pour ensuite se prolonger tout au long de la vie. C’est une question d’éducation et de renforcement.

5.8.2 Les documents normatifs et guides de pratique

Contrairement aux documents officiels, les documents normatifs et guides de pratique s’expriment volontiers sur le moment de l’intervention. Deux tendances s’observent. Il y a d’abord les médecins qui recommandent de traiter « les personnes dont l’IMC est de 26 à 27, si elles sont de type androïde ou s’il y a présence de pathologie ou de problèmes psychologiques » (Canadian Medical Association 2006; Corporation professionnelle des médecins du Québec 1988). On traite également les personnes non obèses qui « présentent une hyperglycémie, une hypertension artérielle ou un gain de poids récent » (Corporation professionnelle des médecins du Québec 1988).

Enfants, adolescents et adultes sont traités « dès que leur IMC excède 27 » (Corporation professionnelle des médecins du Québec 1988). Plus encore, l’Association médicale canadienne recommande très fortement de mettre en œuvre des stratégies de traitement et de prévention du surpoids et de l’obésité chez les enfants, les adolescents et les adultes (Canadian Medical Association 2006).

La deuxième tendance semble plus le fait des diététistes. Si les deux groupes de professionnels sont appelés à intervenir dès que le poids est hors-norme « afin d’atteindre et de maintenir un degré d’adiposité en deçà ou le plus près possible des critères diagnostics de l’obésité » (Gélinas M. D. 1987; Gélinas M. D. 1991), les diététistes interviennent aussi « lorsque le poids est perçu comme un problème qu’il soit hors-norme ou non afin de travailler l’acceptation de l’image corporelle » (Chagnon-Decelles D. 2000b).

L’action des professionnels de la santé a lieu essentiellement à partir du moment où le poids est hors-norme ou perçu comme pouvant l’être. Cela dit, les documents les plus récents rappellent l’importance de la prévention dès l’enfance.

5.8.3 Les écrits journalistiques

Les reportages sélectionnés sont muets sur le moment où l’intervention devrait prendre place.

En résumé

De l’analyse, il appert qu’il y a deux temps forts pour que l’intervention se produise. D’une part, les organismes gouvernementaux choisissent l’intervention en amont de la problématique. Quant à eux, les professionnels de la santé optent pour une intervention de nature plus corrective. Néanmoins, l’un et l’autre reconnaissent la pertinence d’agir de manière préventive.

On note ici aussi que les actions prennent place, se produisent, dans une forme de continuum de la responsabilisation. Ainsi, les premières actions, celles des organismes gouvernementaux, devraient se produire d’abord dès l’enfance puis tout au long de la vie et ont pour objectif de responsabiliser. Les deuxièmes actions se produisent à tout âge, dès que le poids problématique se constate, signifiant une potentielle défaillance des mécanismes de responsabilisation individuelle. Ces différents types d’intervention et les moments où ils se mettent en route sont des manifestations d’une forme de surveillance du poids.

5.9 Synthèse de l’analyse

Des huit questions posées, trois tendances se dégagent de l’analyse.

La première tient de la grande cohérence des propos. En effet, malgré la diversité des sources, les différences de fond et de forme qui s’observent relèvent essentiellement du choix des verbes, les uns privilégiant les verbes d’action et la revendication musclée alors que les autres préfèrent le recours aux verbes « mous »136 et à la mobilisation par la conciliation.

La seconde tendance tient de la convergence des propos autour de trois grands pôles structurés sous la forme de continuum. Il s’agit des continuums de la « pathologisation où la problématique du poids évolue d’une appréciation personnelle à un facteur de risque puis à la notion de pandémie; de la surveillance dans lequel le poids passe d’une notion qui revêt un caractère subjectif à une mesure objective puis à un statut d’indicateur de santé; et enfin celui de la responsabilisation où le poids, initialement de responsabilité individuelle, est devenu une responsabilité tantôt professionnelle tantôt collective et qui mobilise tous les acteurs de la société. Ces continuums qui seront analysés en plus en profondeur dans le prochain chapitre (analyse et discussion) sont autant de manières de représenter l’évolution des actions dans le temps et l’espace.

Enfin, la troisième tendance tient à la dynamique commune aux trois continuums. Pour chacun d’eux, on observe que si initialement le poids relevait de la sphère du privé, il s’est déplacé vers la sphère publique où il fait l’objet de toutes les attentions.

136 L’expression « verbe mou » a été utilisée en octobre 2006 par Madame Louise Harel afin de qualifier le plan d’action gouvernemental pour la promotion des saines habitudes de vie et la prévention des problèmes liés au poids. Elle était alors critique de l’Oppositon officielle en matière de santé.

Lire le mémoire complet ==> (Évolution des discours publics des autorités de santé au Québec en matière de gestion du poids)
Mémoire en vue de l’obtention du grade de Maîtrise en sociologie
Université de Montréal – Faculté des études supérieures et postdoctorales – sociologie