Une confusion entre les différents sens du terme casual

By 3 April 2013

1.2.2 Une confusion entre les différents sens du terme casual

Un deuxième effet néfaste du manque d’études concerne la confusion qui règne entre les différentes nuances associées au terme casual. En effet, étant donnée l’ampleur du phénomène dans la culture du jeu, il devient possible de spécifier différents sens donnés au terme casual. Dans leur article, Kuittinen et al. (2007) proposent quelques distinctions pertinentes qui montrent bien la richesse sous-jacente de ce phénomène. Ces distinctions ne sont pas encore couramment utilisées et le casual game a tendance à être réduit à seulement certaines de ses composantes.

3 Dans le cadre de ce mémoire, le terme gameplay désigne le système de règle d’un jeu, les objectifs qu’il propose d’atteindre et les moyens fournis au joueur pour y arriver. Le gameplay se distingue ainsi des éléments graphiques ou narratifs d’un jeu. Salen et Zimmerman proposent la définition suivante : « Game play is the formalized interaction that occurs when player follow the rules of a game and experience its systeme throught play. » (Salen & Zimmerman, 2003, p. 303).

Ainsi, une différence est établie entre les termes casual gaming et casual playing. Le premier concerne les aspects casual de la culture du jeu, tels que le fait de jouer rarement, de ne pas accorder beaucoup d’importance aux jeux vidéo, ou d’être peu intéressé par ce type de loisir. C’est une attitude désinvolte vis-à-vis du jeu vidéo en général. Le second terme, casual playing, désigne le fait de jouer à un jeu de façon casual, c’est-à-dire par session courte ou avec peu d’implication. C’est une attitude désinvolte ponctuelle face à un jeu vidéo, qui apparait lors d’une session de jeu. La différence entre casual playing et casual gaming est une nuance entre une vision désinvolte du jeu vidéo de façon globale, et une attitude désinvolte ponctuelle.

Une différence plus marquée existe entre les termes casual gamer et casual game player. Le terme casual gamer est utilisé pour désigner les usagers rattachés au casual gaming et au casual playing, c’est-à-dire ayant une attitude désinvolte face au jeu. Ces joueurs ne sont pas directement liés aux jeux casual, ils peuvent parfaitement jouer uniquement à des jeux hardcore, mais ne pas être des hardcore gamers car ils jouent trop peu souvent. Au contraire les casual game players sont liés aux casual games et ne jouent qu’à ce type de jeu. Cependant leur attitude peut ne pas être désinvolte. Ainsi un casual game player pourra jouer de façon intensive et dépenser beaucoup d’argent pour ses jeux. Les auteurs insistent sur la différence entre ces deux termes : « We think that it is important to understand the difference between playing casual games and playing games casually.” (Kuittinen et al., 2007, p. 110). La figure 2 ci-aprés accompagne l’étude de Kuittinen et ses collègues, et permet de saisir la diversité des usages du terme casual que nous venons de décrire.

Relation entre les différents sens du terme casual dans la culture du jeu
Figure 2 : Relation entre les différents sens du terme casual dans la culture du jeu (Kuittinen et al., 2007, p. 107)

Il est à noter que ces distinctions sont propres à l’article et ne sont pas utilisées universellement, probablement car elles sont nombreuses et complexes. Ainsi, la confusion règne encore, contribuant à rendre le phénomène du jeu casual plus obscur qu’il ne l’est en réalité :

It is quite obvious how in many cases these terms can be confused. The ways different actors, such as developers, publishers or gamers use ‘casual’, needs clarification. Currently ‘casual gamer’ is very often used synonymously with ‘casual game player’ which may be a source of some confusion for the speakers themselves (Kuittinen et al., 2007, p. 107).

Par exemple, pour Ernest Adams (designer de jeux et fondateur de l’IGDA), tous les joueurs casual passent peu de temps devant leur écran, c’est-à-dire qu’il réduit le domaine casual uniquement aux casual gamers: « Everyone knows casual gamers spend less time on games than core gamers do.» (Adams, 2000). Neuf ans plus tard cette vision demeure, puisque le designer Eric Zimmerman évacue lui aussi totalement le casual game player, et affirme ainsi que le terme casual est mal choisi, car il implique une attitude désinvolte face au jeu:

[…]as a producer of culture, I like to think that my audience can have a sort of deep and dedicated and meaningful relationship with the work that I produce. And the notion of casual game implies a kind of light and less meaningful relationship to the work (Juul, 2009, p. 213).

Il est normal qu’un designer rejette le terme casual s’il l’associe uniquement à une attitude casual. Cette vision étriquée du casual game est encore fort répandue : en 2009 Mia Consalvo a réalisé une étude sur les joueurs hautement impliqués dans le jeu casual, Hardcore casual: game culture Return(s) to Ravenhearst (Consalvo, 2009), et son article souligne le fait que ces joueurs sont encore trop peu considérés.

De plus, il est aussi à noter que le terme « casual » est utilisé par les joueurs hardcore afin de désigner tout joueur ne partageant par leur vision du jeu vidéo (Kuittinen et al., 2007). Cet aspect ségrégationniste est un couplet récurrent dans le monde du jeu vidéo : la sortie du jeu The Elder Scroll V : Skyrim fin 2011 a ainsi relancé le sujet une énième fois (gamefaqs.com, 2012), renforçant une vision antithétique de ces deux styles de jeux.

La vision limitée, voire péjorative, persiste mais semble en disjonction avec la variété et l’importance du jeu casual.

Lire le mémoire complet ==> (Les casual games : définition à l’aide du savoir professionnel des designers de jeux)
Mémoire présenté à la Faculté des Études Supérieures et Postdoctorales en vue de l’obtention du grade de M. Sc. A. en Aménagement
Université de Montréal – Option Design et Complexité