Prise en charge en psychomotricité des difficultés émotionnelles

By 29 April 2013

c. Prise en charge psychomotrice

La prise en charge en psychomotricité des difficultés émotionnelles peut s’orienter autour de 3 axes de travail : le versant du décodage des expressions émotionnelles, le versant expressif et le versant du contrôle des émotions.

Lors d’un travail spécifique sur la reconnaissance des émotions, le psychomotricien amène le patient à explorer les distinctions entre la peur, la colère, la joie, la tristesse. Pour cela il apprend au sujet à identifier les émotions en lui présentant, par exemple sur support photographique, des expressions faciales lesquelles il doit décoder et ensuite il amène l’enfant à les relier à une expérience émotionnelle qu’il a déjà vécue.

Ainsi apprendre à l’individu à nommer et à distinguer les expériences émotionnelles, c’est lui permettre d’être en contact avec ce qu’il vit, ce qu’il ressent, et donc à se connaître mieux soi-même.

L’entraînement aux habiletés sociales et à la gestion émotionnelle, auprès de schizophrènes par exemple, fait parti du champ de compétence du psychomotricien. La rééducation psychomotrice doit tenir compte des conséquences cognitives, sociales et environnementales de la pathologie psychiatrique. La réhabilitation porte notamment sur les capacités de communication non verbale, laquelle est abordée par exemple lors d’un atelier de reconnaissance des émotions visant les habiletés de décodage et d’émission des expressions émotionnelles (Rebelle, 1994).

D’autres ateliers peuvent permettre un travail sur le versant expressif des émotions, comme par exemple des exercices de théâtre, ou de mime.

L’entraînement aux processus de maîtrise (Pourre, 1993), aussi appelé “coping”, vise, par des mécanismes perceptivo-moteurs, une meilleure adaptation du sujet à son environnement mais aussi un meilleur sentiment d’efficacité ; c’est en cela qu’il constitue un champ d’action du psychomotricien.

Le “coping” est un processus utilisé par le sujet pour résoudre les menaces, des phobies par exemple, qui empêche son équilibre psychologique. Il se réalise soit par des actions directes sur le milieu, soit par des stratégies cognitives comme réinterpréter une situation dans un sens moins menaçant. Si on s’attarde sur la compétence émotionnelle, on peut voir qu’à contrario un fort éveil émotionnel s’avère préjudiciable dans la réalisation d’une action.

Ainsi l’apprentissage d’une technique de relaxation, mais également le principe de la désensibilisation systématique de Cottraux, qui consiste à exposer progressivement le sujet à des situations de plus en plus stressantes en adjoignant la relaxation comme inhibiteur de la peur, peuvent aider le sujet à contrôler ses émotions négatives.

3) Discussion

Les résultats de l’étude indiquent d’abord que la qualité des juges et leur expérience, quant à leur niveau de sensibilité aux communications non verbales, n’influe pas ou peu sur le niveau d’expertise. En effet on a vu que les pourcentages de reconnaissance étaient superposables pour les quatre types de juges. Ainsi on peut dire que peu de qualités “cliniques” sont requises pour ce matériel.

Le premier objectif de l’étude était d’étudier la reconnaissance des prototypes faciaux réalisés lors de mon premier travail.

Par rapport aux émotions exprimées par les enfants on retrouve peu de correspondance avec les jugements des adultes pour les émotions de surprise, de dégoût et de peur surtout chez les 6-7 ans. Ainsi, je remarque que la reconnaissance augmente avec l’âge de l’enfant et varie selon l’émotion. Les expressions des 10-11 ans et les expressions de joie, de tristesse et de colère sont les mieux reconnues. Si je ne remets pas en question le niveau d’expertise des juges, je peux donc supposer que le faible pourcentage de reconnaissance correspond à une moins bonne capacité expressive des enfants de cet âge pour ces émotions.

Par rapport à l’émotion dominante, sur un peu moins de 100 expressions faciales, les experts s’accordent sur le jugement de l’émotion exprimée ; ainsi je peux affirmer la valeur de la majorité des prototypes faciaux réalisés. La majorité des prototypes génère un fort pourcentage de réponses de joie et de tristesse. Les pourcentages de réponses de colère et de surprise restent moyens. Ce sont les niveaux de reconnaissance du dégoût, mais surtout de la peur qui sont les plus faibles, d’où le nombre de types d’erreurs fréquent pour ces émotions.

Plusieurs interprétations peuvent être faites par rapport aux différences d’identifications entre les prototypes faciaux. D’abord il existerait des traits communs pour une même émotion, notamment, la joie, la tristesse, qui serait plus facilement reconnaissables que ceux des autres émotions. Ainsi les émotions de dégoût mais surtout de peur seraient plus difficiles à catégoriser de part leur composition faciale proche des autres émotions.

Une autre explication mettrait plutôt en question l’encodeur, à savoir l’enfant. Est-il capable de produire les émotions demandées ? N’existe-il pas de particularités anatomiques du visage, indépendamment de l’expression émotionnelle, influençant le jugement de l’émotion ? Il serait donc intéressant d’examiner plus en détail l’effet de l’encodeur.

D’autres études ont cherché à vérifier la reconnaissance de prototypes faciaux, dans lesquelles on retrouve des résultats similaires. Les expressions de peur et de dégoût correspondent à des signaux d’émotions mixtes et non pures. Ces mélanges, que j’ai montré dans les graphiques des erreurs types, ne sont pas des faits nouveaux, ils ont été rapportés dans des études de reconnaissance des expressions faciales des émotions (Gosselin, 1995).

Le deuxième objectif était de vérifier l’effet de l’intensité de certaines composantes faciales sur la reconnaissance des émotions. Mes résultats montrent que ce facteur a un effet sur la reconnaissance. Effectivement les expressions faciales que les juges ont estimées les plus expressives sont dans la majorité des cas celle ayant un pourcentage de reconnaissance le plus élevé. Au contraire celles qui ont été jugées les moins intenses sont celles dont le pourcentage de reconnaissance est plus faible.

Le dernier objectif était de vérifier le jugement de la sincérité des expressions faciales. Les résultats obtenus montre un faible niveau de performance des sujets par rapport à la capacité à discriminer l’authenticité d’une émotion. Ces résultats sont en accord avec d’autres études, comme celle de Franck et al. (1993) où les auteurs rapportent un succès moyen de 56% lorsque les décodeurs doivent juger si une personne est vraiment joyeuse ou si elle fait semblant d’être joyeuse.

Ceci pourrait être attribué au fait que les enfants, qui ont produit les prototypes faciaux, parviennent généralement à reproduire volontairement l’expression d’une émotion et qu’il n’y a pas, dans la majorité des cas, d’indices qui permettent de savoir que l’expression est fausse. L’autre explication serait que les sujets ont de la difficulté à détecter et à interpréter correctement les indices révélateurs de l’authenticité de l’expression ou que le temps attribué par photos était trop court pour réaliser cette analyse.

Pour mon étude je souhaiterais aborder l’influence du contexte émotionnel dans lequel les juges se trouvent lors de la validation. Il est possible que l’état émotionnel des sujets altère leur perception des expressions émotionnelles. Par exemple, si nous sommes apathiques, las, nous allons, plus que d’ordinaire, interpréter les signaux expressifs comme étant ceux de la tristesse. Les sujets doivent donc avoir une disponibilité suffisante à la réception des informations non verbales pour pouvoir analyser au plus juste les expressions.

Conclusion :

Le dessein de mon travail étant de commencer l’élaboration d’un test de reconnaissance des expressions émotionnelles, je conserve les photographies ayant obtenu un pourcentage d’accord des juges strictement supérieur à 50%, il se peut que par la suite ce pourcentage soit restreint à 70%. La majorité des prototypes faciaux signalent spécifiquement les émotions de joie, de tristesse, de colère et de surprise ; les émotions de peur et de dégoût ont peu été désignées par les juges, de ce fait il est possible que je manque de photographies pour ces émotions. Les résultats ainsi obtenus sont en accord avec d’autres études (Gosselin & Kirouac, 1995) utilisant les prototypes faciaux proposés par Ekman et Friesen, les auteurs trouvèrent que la grande majorité des prototypes de joie, de tristesse, de colère et de surprise apparaissent signaler l’émotion prédite et que les prototypes de peur et de dégoût ne reçoivent qu’une confirmation partielle.

L’échelle d’évaluation pourra se faire par ordre croissant de difficulté et à ce moment là, les photographies seront classées selon leur pourcentage de reconnaissance (celles ayant un niveau de reconnaissance plus élevé seront considérées comme les plus faciles à reconnaître).

Par la suite il serait intéressant de procéder à une validation des expressions émotionnelles par des enfants, afin qu’ils déterminent l’émotion dominante qu’ils reconnaissent pour chaque photographie. Ainsi on pourrait voir les capacités de reconnaissance des enfants, voir l’accord qui existe entre les réponses des adultes et celles des enfants, mais aussi les types d’erreurs communes.

Il serait intéressant de se pencher sur le lien qui puisse exister entre la production et la reconnaissance et savoir si les enfants peuvent produire volontairement des expressions émotionnelles parce qu’ils ont auparavant appris à les reconnaître ou bien si c’est l’inverse. Ces capacités de reconnaissance et de production suivent-elles un modèle développemental ou s’agit-il d’un apprentissage social ?

Personnellement, l’élaboration de mon mémoire m’a permis de me rendre compte combien les émotions tiennent une place importante dans les interactions interindividuelles, la vie relationnelle ; leurs expressions à travers les communications non verbales mettent en jeu un ajustement interpersonnel que l’on réalise continuellement.

Je me suis surprise à être plus réceptive, surtout sur mon lieu de stage, aux expressions émotionnelles des autres, et à pouvoir dire à celui face à moi que j’ai bien entendu son malaise ou sa joie et à essayer de répondre de manière plus adéquate à ses attentes. Autant d’éléments qui entrent dans la qualité de la relation thérapeutique.

Pour moi-même aussi, j’ai développé cette attention vis à vis de mes propres émotions, par exemple j’ai pu vivre des moments de stress, je prêtais alors attention aux émotions qui me traversaient, la peur le plus souvent, une peur de ne pas réussir et je savais alors que pour prendre confiance en moi et apaiser cette peur et donc diminuer mon stress je devais être rassurée, ce que je faisais par moi-même, en objectivant des moments de réussite, ou ce que mes proches m’apportaient.

En construisant le matériel, j’ai pris également du plaisir à prendre les enfants en photo, à les voir s’exprimer, se dévoiler, chacun à leur manière, parfois de façon plus ou moins timide ou plus ou moins clown ! Même si ça m’a été parfois “prise de tête” d’exploiter les résultats, j’ai apprécié voir se dessiner le cheminement d’une élaboration d’un test ; je partais d’une montagne de photos à trier, à examiner pour n’en garder qu’une petite colline utile pour fabriquer un test qui j’espère montra des résultats et objectivera des diagnostics.

Aujourd’hui, je m’aperçois que ce travail aura suscité chez moi toutes ces émotions que j’étudiais : la tristesse quand les séances photos étaient finies, la peur de ne pas parvenir à exploiter mes résultats, la colère puis le dégoût quand j’ai du recommencer des paragraphes effacés par mes gardes, les enfants m’ont offert la surprise à chacune de leurs mimiques et la joie je l’ai à ce moment même en posant mon point final.

Construction d’une échelle d’évaluation des capacités de reconnaissance des expressions faciales émotionnelles
Mémoire en vue de l’obtention du Diplôme d’Etat de Psychomotricien – Institut de Formation en Psychomotricité
Université Paul Sabatier -Faculté de Médecine Toulouse Rangueil