Motivation intrinsèque et caractéristiques des personnes créatives

By 26 April 2013

2.4- Motivation intrinsèque et caractéristiques psychologiques des personnes créatives

Les premiers à être intéressés à la créativité et aux individus créatifs sont les chercheurs en psychologie : « le thème de la créativité est l’un des plus populaires de la psychologie pendant la période comprise entre 1945 et 1960 » (Echtler Yeremian 1998) .Ils ont voulu savoir si tous les individus pouvaient être créatifs ou si la créativité impliquait l’existence de traits mentaux spécifiques différenciant fondamentalement les individus créatifs des autres individus.

Nombreuses sont les études qui traitent de la personnalité des individus créatifs. Plusieurs d’entre elles ont fait ressortir des traits de personnalité communs à tous les individus créatifs.

Les auteurs s’accordent à montrer que les individus créatifs sont marqués par certains traits spécifiques de personnalités comme l’ouverture d’esprit, la domination, la tolérance à l’ambigüité, la lucidité sur ses propres capacités créatives, l’anticonformisme, le besoin d’épanouissement (Godfrey et Robert 1986).

Dans la même lancée, Ford (1995) liste certaines caractéristiques soutenant les productions créatives telles que la conscience de sa propre créativité, la confiance en soi, la tolérance à l’ambiguïté, la capacité d’expression émotionnelle, le degré élevé d’énergie.

Comme le notent Barron et Harrington(1981) dans leur analyse générale de la personnalité des individus créatifs, « le travail empirique des quinze dernières années sur les caractéristiques de personnalité a apporté peu de surprises. En général, un ensemble constant de qualité est retrouvé, notamment : une haute affinité pour les gouts esthétiques, une attirance pour la complexité, une haute énergie, de l’indépendance dans le jugement, de l’autonomie, intuition, confiance en soi, une capacité à rassembler, faire coïncider dans un même concept des faits des notions en apparence contradictoires, une conscience d’être soi-même créatif ».

L’analyse psychologique des individus créatifs a mis en exergue des traits de personnalité axés sur la recherche d’accomplissement individuel, de réalisation et d’expression personnelle. Les résultats de ces recherches permettent ainsi d’établir un lien direct entre la motivation intrinsèque et les traits de personnalité créative. La motivation intrinsèque est une donnée inhérente aux personnalités créatives dans le sens où les caractéristiques psychologiques amènent les individus créatifs à privilégier la satisfaction des besoins intrinsèques au détriment des besoins matériels et extrinsèques.

La motivation intrinsèque et personnalité créative en quelque sorte sont intimement liées et incontournables à la réussite des processus créatifs.

2.5- Motivation intrinsèque et production créative.

L’identification de deux types de motivation : l’une conduisant à la créativité l’autre la détruisant a été admise de façon commune aujourd’hui par les chercheurs qui se sont intéressés à la motivation des individus créatifs.

Suivant les théories psychologiques de la créativité, Crutchfield (1962) a trouvé un lien entre les formes de motivation à la place de l’égo dans la personnalité des individus. Selon l’auteur, « la découverte de solutions créatives est un moyen de soutenir la créativité et non une fin en soi ». La créativité est motivée par un engagement actif et une immersion complète dans le travail qui doit être accompli, sans porter d’attention aux évaluations extérieures ou sur l’attente même de résultats .La créativité répond à un besoin de réalisation et d’expression, bien plus qu’à la volonté d’obtenir des évaluations positives et des récompenses sociales. En ce sens, Crutchfield considère que la place de l’ego est primordiale. Plus un individu sera sensible aux évaluations extérieures, moins il pourra faire preuve de motivation intrinsèque. Car la recherche de signes de reconnaissance sociale est un facteur mobilisateur d’égo.

En sciences de gestion, la motivation des créatifs a particulièrement été étudiée par les tenants de l’approche interactionniste de la créativité. Parmi les travaux fondateurs de cette approche, nous citerons les recherches d’Amabile(1988), Woodman et al. (1993) et Ford(1995). Selon ces auteurs la créativité n’existe pas en dehors d’un contexte de connaissance, de l’environnement social, des caractéristiques propres des individus. Elle est déterminée par un ensemble complexe d’interactions entre les caractéristiques des individus et celles de l’environnement dans lequel ils se trouvent.

Les travaux d’Amabile (1988) sont particulièrement réputés pour l’analyse des facteurs motivationnels de la créativité. Les résultats de ses nombreuses recherches montrent que les individus créatifs sont marqués par une forte motivation intrinsèque et une sensibilité réduite aux facteurs extrinsèques de motivation.

En prolongement des travaux de Rogers (1954), Amabile décrit les rapports existant entre les types de motivations et la créativité (1988).Les résultats de ces recherches montrent que la motivation intrinsèque est un facteur déterminant de la production créative, tandis que la motivation extrinsèque ne permet pas de soutenir les processus créatifs. Plus encore, l’état de motivation intrinsèque conduit les individus à réaliser des actions créatives, alors que la motivation extrinsèque tend à inhiber la créativité. Ainsi, des récompenses pourraient conduire à une dégradation de la motivation intrinsèque et finalement réduire la créativité. En effet, le fait d’attribuer ou de promettre des récompenses, de même pour les sanctions déplacent l’attention des individus. Au départ engagés dans l’activité et intrinsèquement motivés par l’objet même de leur action, leur attention pourrait être soudainement dirigée et focalisée sur la recherches d’avantages sociaux, managériaux, financiers, ou encore la volonté d’éviter des menaces ou des sanctions. En ce sens, l’attention des individus ne serait plus placée sur l’activité, mais sur des considérations qui lui sont extérieures; la motivation intrinsèque laisserait la place à la motivation extrinsèque et conduirait ainsi à une réduction de la performance créative (Amabile 1988).

Amabile (1988) ne dit pas ici que la motivation extrinsèque nuit forcement à la créativité des individus, mais qu’il convient de combiner les phases de motivation intrinsèque et extrinsèque, permettant ainsi de manager justement l’attention, la concentration des individus. La combinaison favorable des motivations intrinsèques et extrinsèques suppose que le degré de motivation intrinsèque soit élevé, de ne pas ajouter de facteurs extrinsèques au début de la tâche, et de sélectionner justement le type de motivation extrinsèque choisi(récompenses financières, soutien, information, contrôle…). Les facteurs de motivation extrinsèque, mis au service de la motivation intrinsèque, pourraient donc favoriser la créativité, créant ainsi une synergie entre les deux types de motivation.

Nombreux sont aussi les auteurs qui ont réaffirmés les effets positifs de la motivation intrinsèque sur la créativité. Sternberg et Lubart (1995) ont laissés une large place à la motivation intrinsèque dans leur théorie générale de l’investissement créatif.

Dans leur modèle interactionniste, Woodman et al. (1993) ont définis la motivation intrinsèque comme composante essentielle de production créative. De même, selon Csikszentmihalyi et al. (1995) et Gardner(1993), la motivation intrinsèque est un facteur déterminant de la créativité. Les résultats selon lesquels les individus créatifs sont marqués par une forte motivation intrinsèque sont par ailleurs confirmés par les études portant sur la personnalité des individus créatifs. Il semblerait en effet que la motivation exprimée par les individus créatifs soit une partie intégrante de leur personnalité.

Lire le mémoire complet ==> (L’impact de la motivation du personnel sur l’esprit de créativité au sein d’une société d’Etat)
Cas du Port Autonome de Cotonou