Méthodes d’enseignement français des cours de finance

By 3 April 2013

2.3 Méthodes d’enseignement

2.3.1 Quels cours pour quels élèves

Nombre d’heures de finance par an

Comme nous l’avons déjà relevé, et de manière relativement logique, le nombre d’heures de finance suivies par un élève souhaitant se spécialiser dans ce domaine augmente avec son niveau d’étude. C’est ainsi que, selon les données rapportées par les enseignants ayant répondu à notre étude sur le nombre d’heures de finance suivi au total sur l’année par leurs étudiants, on trouve une moyenne de 15 heures à Bac+1, 59h à Bac+2, 66 heures à Bac+3 puis 96 et 137 heures en quatrième et cinquième années d’étude. En accord avec ces constatations, les 154 cours listés par les enseignants répondants représentent d’ailleurs un volume total de 902 heures à Bac+3, 1295 heures à Bac+4 et 1395 heures à Bac+5.

Durée des cours et des séances, crédits ECTS

On en déduit aisément le nombre approximatif de cours différents suivis par un élève en une année, puisqu’un cours dure en moyenne 31 heures (et même si les plus longs comportent jusqu’à 90 heures, les formats les plus courants se situent entre 15 et 45 heures) pour trois crédits ECTS (en effet neuf à dix heures de cours correspondent en moyenne à un crédit environ).

Avec 43% de cours se divisant en séances de trois heures, et 27% en séances de deux heures, la durée moyenne des séances de cours s’élève à 2,6 heures environ.

Si la durée moyenne des cours et des séances ne varie pas selon que l’on s’intéresse aux cours de finance d’entreprise ou de finance de marché, on constate que les cours de finance de marché sont en moyenne plus « rentables » en crédits ECTS (huit heures seulement pour un crédit) que les cours de finance d’entreprise.

Répartition des cours selon le niveau d’études

En ce qui concerne la répartition des cours entre les différents niveaux, il est intéressant de noter que les cours de niveau Bac+3, souvent destinés à introduire des fondamentaux (18 cours d’introduction contre 6 cours d’approfondissement, alors qu’au niveau Bac+4 on liste déjà 18 cours d’introduction et 26 cours d’approfondissement ; et dix contre 43 en cinquième année d’études), sont en moyenne plus longs (38 heures contre 32 et 27 à Bac+4 et +5), et ce particulièrement en finance de marché (50 heures en moyenne, puis 32 et 27). La finance de marché semble d’ailleurs « réservée » aux étudiants plus avancés, puisque 80% des cours de niveau Bac+3 répertoriés sont des cours de finance d’entreprise, ce pourcentage diminuant en quatrième et cinquième années d’études pour atteindre 74 puis 65%.

Nombre d’élèves par séance

En moyenne sur les cours listés, l’enseignant se trouve face à 33 élèves. Ce chiffre ne varie pas selon que les cours sont de finance d’entreprise ou de marché, mais semble moins élevé en université (28 élèves en moyenne), et pour les élèves de plus haut niveau (27 élèves à Bac+5 contre 35 élèves à Bac+3 et Bac+4), ce qui est parfaitement cohérent avec les petits effectifs des secondes années de master dans les universités.

Tableau récapitulatif
la proportion élevée de cours de finance d’entreprise au global
Note : la proportion élevée de cours de finance d’entreprise au global s’explique par la méthode employée pour envoyer les questionnaires.

Contenu des cours : exemples

Cours d’introduction à la finance de marché :

Le cours de « Gestion des Actifs » de la troisième année de Licence de Sciences de Gestion à l’IAE de Nice, enseigné par Monsieur Patrick Boisselier, dure 20 heures et est tout à fait typique d’un cours introductif de finance avec des séances portant sur « Les marchés financiers », « L’évaluation des actions », « L’évaluation des obligations », « Le rendement et le risque », « Le MEDAF ».

Cours d’introduction à la finance d’entreprise

Après avoir également introduit les fondamentaux de la finance de marché en première année, HEC impose en deuxième année aux élèves de la Grande Ecole un cours de « Finance d’Entreprise » comprenant l’essentiel de la culture financière corporate : plan et méthodes de l’analyse financière, règles et théories de la création de valeur, structure financière de l’entreprise, coût moyen pondéré du capital, gestion des capitaux propres et de la dette.

Cours d’ingénierie financière :

Le cours de 30 heures d’ « Ingénierie Financière » de Monsieur Eric Planat, destiné aux élèves se spécialisant en finance en cinquième année de l’ESDES Lyon, s’adresse à un public beaucoup plus averti en traitant des fonds propres et des moyens de les augmenter, des structures de groupe et des moyens de s’introduire en Bourse ou de renforcer le contrôle sur une filiale, du rôle des holdings, de toutes les techniques employées lors de fusions-acquisitions et autres opérations spécifiques (recapitalisation, titrisation, earn out,…)

Cours avancé de finance de marché :

Le cours d’ « Option Trading Partie 1/3 » du Master 203 de Dauphine, enseigné par Monsieur Didier Marteau, vise à « Décrire les différentes utilisations des options dans le domaine de la couverture, de l’arbitrage et de la spéculation. Présenter les différents modèles d’évaluation en analysant les processus aléatoires sous-jacents. Présenter les modalités de gestion d’un livre d’options. Mesurer les risques de marché associés à la gestion d’un portefeuille d’options. » (site du Master)

2.3.2 Méthodes

2.3.2.1 Déroulement des cours

Cours en langue anglaise

26% des 154 cours répertoriés sont dispensés en anglais.

Il est intéressant de noter que ce taux est plus élevé pour les cours de finance de marché que de finance d’entreprise (39% contre 22%) et plus faible en université qu’en école (15 et 35%). Enfin, les professeurs chercheurs mènent moins de cours en anglais que la moyenne (22%), et les opportunités anglophones sont beaucoup plus accessibles aux élèves de niveaux Bac+4 et +5 (38% des cours contre 8% à Bac+3)

Supports de cours utilisés

Le questionnaire demandait aux enseignants s’ils utilisaient un manuel de référence, des polycopiés de cours et/ou de cas, un outil intranet. Le nombre de choix n’étant pas limité, les répartitions des réponses sont très diverses et l’on trouve même toutes les combinaisons possibles. Mais globalement, la moitié des interrogés font référence à un manuel (58% en école contre 37% en université) dont 68% demandent à leurs étudiants d’en lire des chapitres entre les cours ; et la proportion d’enseignants utilisant des polycopiés de cours s’élève également à 50%, chiffre moins élevé dans les universités (44%). 64% des cours reposent sur des polycopiés de cas (72% en finance d’entreprise et 47% seulement en finance de marché), et 35% sont consultables sur l’intranet de l’établissement. Enfin, la moitié des enseignants donnent aux étudiants des articles de journaux à lire entre les cours.

Les manuels les plus utilisés sont le Vernimmen (Finance d’Entreprise de Pierre Vernimmen : 22 enseignants pour 33 cours) – mais rappelons que le questionnaire a été envoyé aux utilisateurs du site internet Vernimmen.net, Principes de Gestion Financière de Brealey et Myers (dix cours), Finance d’Entreprise de Gérard Charreaux (quatre cours), Investments de Bodie, Kane, Marcus (trois cours). Options, Futures and Other Derivatives, de John Hull, est également cité à trois reprises. Finalement le panel des livres de référence utilisés en cours de finance est assez varié, puisqu’en tout les 69 répondants ont mentionné 33 manuels différents.

Enfin les enseignants devaient indiquer leurs sources privilégiées pour les cas et exercices. La réponse «Vous-même » est la plus fréquemment choisie avec 132 cours sur 155. Les enseignants ont également recours aux productions de leurs collègues dans 25% des cas (plus fréquemment en école et pour les cours de finance d’entreprise), et aux exercices extraits de manuels (55% des cours). A noter qu’en université les professeurs comptent plus sur leur propre savoir-faire et ont moins tendance à travailler sur les cas issus de manuels et produits par leurs collègues. On remarque également qu’avec la forte spécialisation de l’enseignement et des cours de plus en plus pointus, les manuels et les collègues sont moins sollicités comme sources de cas dans les cours de niveau Bac+5 (49% et 15%). Enfin certaines sources de cas font l’objet d’utilisations plus marginales :
4% des cours s’appuient sur des cas Harvard, 9% sur des cas issus de la Centrale des Cas, et 4% ont recours à l’European Case Clearing House.

Organisation des cours

Les professeurs interrogés ont pu indiquer s’ils animaient dans leurs cours des séquences de cours magistraux ou participatifs, des simulations ou jeu d’entreprise, ou encore des séances de cas réels ou reformatés.

Les cours magistraux restent, même en finance, au cœur du modèle français puisque 76% des professeurs ont ainsi qualifié leur méthode (contre 35% pour les cours participatifs). Cette proportion augmente même jusqu’à 82% pour les cours animés par des professeurs chercheurs. Et ce paramètre fait une fois de plus apparaître un clivage entre finance d’entreprise et de marché, puisque les proportions d’utilisation de cours magistraux dans ces deux matières sont de 71 et 86%, ce qui s’explique probablement par la part indispensable d’enseignement quantitatif des cours de finance de marché.

Employés à 8% en finance de marché et 5% au global, les simulations et jeu d’entreprise restent très rares, tout comme l’e-learning (4%). En revanche les études de cas ont toujours bonne presse : elles sont employées dans 75% des cours, et encore plus largement en finance d’entreprise (83%). La répartition entre cas réels et cas reformatés est en outre presque équivalente au global, même si les cas reformatés dominent largement dans les universités (56% contre 39% de cas réels).

Enseignement issu de l’expérience

L’utilisation en cours de leur expérience professionnelle ou de recherche par les enseignants en finance est parfaitement généralisée, puisqu’elle concerne 88% des chercheurs et 84% des praticiens.

2.3.2.2 Méthodes d’évaluation employées

La présence en cours fait partie de la note dans 57% des cours. Cette proportion diminue pour les professeurs chercheurs, et est plus élevée aux niveaux d’études les plus bas afin probablement de lutter contre la démotivation d’élèves qui n’ont pas encore fait le choix de leur spécialisation.

En ce qui concerne la forme de l’évaluation des étudiants, l’examen final est le plus répandu puisqu’il conclut 83% des cours. Le contrôle continu et l’évaluation de travaux rendus sont également beaucoup employés, à 45 et 32%. Enfin les tests de mi-parcours et présentations orales sont tous deux employés dans 18% des cours pour noter les élèves. Les travaux rendus ou exposés en cours étant le plus souvent élaborés en groupe, on trouve 15% de cours dans lesquels l’évaluation n’est pas individuelle mais sanctionne surtout des travaux de groupe.

Le type de travail proposé aux étudiants afin de les évaluer est très variable selon l’année d’études et la nature des cours : en effet si globalement les professeurs interrogés ont recours aux études de cas, exercices techniques, questions de cours et QCM dans des proportions de 56, 63, 46 et 31%, les professeurs chercheurs ont par exemple un peu plus souvent recours aux questions de cours (66%). D’autre part les études de cas sont beaucoup plue employées dans les cours de finance d’entreprise qu’en finance de marché (67 contre 39%), dans lesquels les professeurs ont plutôt recours à des exercices techniques et questions de cours que la moyenne (92% et 75%). Enfin la proportion d’utilisation des exercices et questions de cours diminue lorsque le niveau d’études augmente, en faveur des études de cas (de 44% à Bac+3 à 66% à Bac+5).

L’Enseignement de la Finance en France
Mémoire de recherche
HEC Paris – Majeure Finance