L’évolution des relations au sein de la Supply chain

By 12 April 2013

2.2 – L’évolution des relations au sein de la Supply chain

La partie précédente a souligné l’importance d’établir de nouvelles valeurs directrices afin d’orienter l’activité industrielle vers de nouvelles manières d’envisager l’activité de conception. Le producteur, grâce à son pouvoir de contrainte sur l’ensemble de ces partenaires situés en amont et en aval, exerce un rôle fondamental.

L’adoption d’un nouveau modèle de conception (définition des matériaux, des technologies, des processus…), sensible aux notions de préservation de l’environnement, aura des conséquences tout au long de la supply chain. Celui-ci demande bien sûr d’instaurer une diffusion et un partage de l’information efficace, afin de bénéficier des retours d’expérience. Ces conditions réunies permettront de constituer des chaînes logistiques encore plus compétitives.

2.2.1 – Les enjeux d’une bonne communication

Comme nous l’avons précisé dans la section 2.1.2, intitulée « Le potentiel d’innovation impulsé par la Fonction Achat », l’application de méthodes d’éco conception ne peut être le simple fait d’une seule entreprise ou d’un seul acteur, mais il résulte d’une action collective au sein de la supply chain.

A – Le partage et la diffusion d’informations

La diffusion de l’information s’effectue à différents niveaux :
* au sein du groupe de projet conception
* au sein de l’entreprise conceptrice
* au sein de l’entreprise étendue ou supply chain

L’importance du dialogue et de la communication entre les différents acteurs est due au fait que des informations pertinentes pourront permettre d’effectuer le meilleur choix de composants ou de technologies. Les personnes concernées doivent être sûres qu’elles travaillent en vue d’un but commun.

A titre d’exemple, l’ACV n’est efficiente qu’à partir du moment où il existe un véritable dialogue au sein de l’ensemble de la chaîne d’acteurs, au sujet de la dimension environnementale des produits. Par exemple, comment l’équipe projet dédiée à la conception peut-elle connaître les impacts de fin de vie de son produit, si l’entreprise spécialisée dans le retraitement qui s’en occupe, refuse de communiquer les données sur les rejets?

Par conséquent, il faut faire parvenir à l’équipe de conception la bonne information au bon moment. Cet un enjeu humain et organisationnel découle de la coopération et de la synchronisation de données des différents acteurs. La remontée des informations par l’ensemble des partenaires concernés est indispensable.

B – Le partenariat

L’éco conception implique de mettre en place des programmes de coopération entre les acteurs en vue de trouver des matières premières ainsi que des procédés en adéquation avec les objectifs fixés. Ainsi, la circulation de l’information exige un partenariat basé sur la confiance, étant donné les aspects confidentiels de techniques de conception. La nature des informations varie en fonction de la position des acteurs le long du cycle de vie, selon leur domaine propre de compétence. De plus, l’évolution des pratiques de conception de l’entreprise a des conséquences sur les partenaires amont et aval (récupérateurs, recycleurs…).

La gestion et le stockage de ces informations en fonction de la durée de vie du produit, sont primordiaux car ils sont les seuls à pouvoir permettre de réduire efficacement les impacts sur l’environnement :

* pour les utilisateurs : comment vont-ils se séparer de son produit, est-il dangereux en fin de vie ?

* pour les professionnels : capitaliser les informations, les gérer et les stocker dans la supply chain, dans le but de pouvoir s’en resservir au moment opportun. Il peut s’agir, par exemple, du moment de la valorisation de fin de vie du produit, qui peut parfois avoir lieu seulement 10 ou 20 ans après la fabrication, dans le cas de biens d’équipement.

Petit à petit, le partage de l’information s’introduit dans les processus de décision et d’apprentissage de l’entreprise et de l’ensemble des acteurs, via une capitalisation des connaissances.

2.2.2 – Le retour d’expérience

Nous venons de voir que le partage d’information sur les performances environnementales du produit, en collaboration avec les différents acteurs, est indispensable à l’intégration de l’environnement en conception. En effet, ce n’est qu’après la phase de lancement, c’est-à-dire lors de l’utilisation, de la maintenance ou de la valorisation de fin de vie du produit que des données réelles vont apparaître. Les méthodes d’évaluation doivent s’adapter à de nombreux paramètres tels que la complexité du produit, sa durée de vie, la connaissance des différents impacts de chaque étape du cycle de vie… Il faut donc s’adapter à chaque environnement spécifique.

De même, la situation de l’entreprise au sein de la supply chain est déterminante. Ainsi, si elle se situe en amont, elle aura la possibilité de demander à l’ensemble des clients les effets du composant ou des matériaux qu’elle utilise. Si elle se situe en aval, elle aura la possibilité de faire remonter auprès de ces fournisseurs les différentes informations qu’elle observe.

A – L’apprentissage collectif

Le retour d’expérience sur la fin de vie des produits est essentiel, car c’est par le biais d’un apprentissage collectif que la démarche d’éco conception sera la plus efficace. En effet, chaque acteur de la chaîne a intérêt à partager ses nouvelles connaissances afin d’en faire bénéficier tous les acteurs du cycle de vie du produit. De cette sorte, chaque acteur profitera des avancées et sera en mesure de prendre en compte les conséquences sur l’étape du cycle de vie du produit dont il a la charge. La diffusion de ce savoir et de ce savoir-faire va permettre de se différencier des autres réseaux concurrents et ainsi de pouvoir bénéficier d’avantages concurrentiels durables.

Le processus d’apprentissage inclut l’entreprise étendue, à savoir :
* les partenaires amont (fournisseurs de matières premières, d’énergie, sous traitants)
* les partenaires aval (distributeurs, recycleurs, réparateurs)
* les utilisateurs qui peuvent aider à la construction de compromis ou de fonctionnalités attendues favorisant des impacts environnementaux plus acceptables.

Chacun tire bénéfice des progrès réalisés et de la valeur ajoutée générée. Par conséquent, cela crée une dynamique favorable à la recherche de situations novatrices et à la diffusion des informations au sein de son propre réseau. C’est la raison pour laquelle une démarche collaborative et intégrative en terme d’apprentissage est très intéressante.

B – L’amélioration continue

L’amélioration continue signifie que chaque entreprise de la filière est capable de mesurer les impacts de ses produits sur l’environnement et de les diminuer avec le temps. L’amélioration de la qualité environnementale d’un produit passe par la mesure des consommations de l’ensemble des ressources naturelles et des déchets engendrés. Cela dépend donc de différents facteurs (matériaux, composants, architecture du produit, procédés de fabrication, mode de traitement du produit usagé…)

Par ailleurs, pour que ce savoir soit actualisé régulièrement, il est indispensable de faire circuler les informations tout au long de la chaîne d’approvisionnement. En effet, pour évaluer les impacts d’un nouveau matériau sur, par exemple, le traitement de fin de vie du produit, il faut que l’acteur qui s’en occupe fasse remonter l’information. La clé de la mise à jour est par conséquent le partage des informations en temps et en heure, afin que chacun puisse en tirer des bénéfices.

Cette démarche se fait bien sûr dans l’intérêt de tous puisqu’elle permet de pratiquer l’amélioration continue au niveau de la conception des produits. Les retours d’expérience vont permettre de faire évoluer la conception en améliorant la prise en compte de l’environnement. Etant donné que les nouveaux produits lancés sur le marché sont très souvent des améliorations des précédents, le retour d’expérience joue donc un rôle très important, car c’est une source d’amélioration continue .

L’installation d’un système d’information facilitant le retour d’expérience ainsi que l’amélioration continue des produits et les méthodes d’évaluation est primordiale. De cette manière, l’entreprise va passer au fur et à mesure du stade de l’éco conception partielle au stade de l’éco conception innovante.

L’apprentissage collectif naît du partage et de la diffusion des connaissances au sein de la supply chain et de la mutualisation des différentes données en vue d’améliorer la conception. C’est une approche intégrative. Durant l’ensemble du cycle de vie du produit, les partenaires vont rechercher les axes d’amélioration, grâce à l’identification des points forts et points faibles. Cette vision commune doit générer de nouvelles connaissances et de nouvelles valeurs afin d’innover encore dans la conception des produits : il s’agit d’un cercle vertueux, d’une logique « gagnant – gagnant ».

Par conséquent, cela renforce la compétitivité du produit et celle du réseau d’acteurs contribuant à sa mise en œuvre.

Lire le mémoire complet ==> (Les enjeux de l’éco conception)
Mémoire de fin d’études – DESS Logistique
Université de Paris 1 Le Roux Claire