Les origines de la communication politique : la propagande ?

By 3 April 2013

B) Un sous-contexte de la petite phrase : la communication politique

Le moment est venu de regarder de quelle manière ce discours politique, que nous venons de définir, circule, se diffuse, et à l’aide de quelles techniques. Ainsi, rappelons que nous essayons à travers cette étude d’observer si les « petites phrases » jouent un rôle dans la stratégie de communication d’un homme politique, et plus particulièrement au cours d’une campagne électorale. Aussi, on ne pouvait dans ce mémoire traiter de ce sujet sans aborder précisément la question de la communication politique : celle-ci diffère du discours politique, dont nous venons de dresser le cadre. Elle en diffère par le fait qu’elle fait immanquablement penser à la forme utilisée pour diffuser des idées, quand le discours politique en lui-même concerne plus le fond. Essayons alors de définir ce qu’est la communication politique, en commençant par un bref retour en arrière.

1) Les origines de la communication politique : la propagande ?

« La communication politique, au sens moderne, désignant l’ensemble des pratiques visant à établir des liens entre les professionnels de la politique et leurs électeurs, en usant notamment des voies offertes par les médias (de l’article de presse au clip, du publipostage au courrier électronique, du débat télévisé au blog…), a pris naissance aux Etats-Unis » (Riutort, 2007 : 25). Dans cette définition qui est en même temps une façon de resituer les origines de cette « discipline », le sociologue nous livre plusieurs informations.

Tout d’abord, et en comparaison avec le discours politique, il cite un acteur supplémentaire : le monde des médias, qui serait donc intrinsèquement lié à la communication politique : on comprend aisément que le lien entre un acteur politique et sa « cible », à savoir la population, va se faire par le biais des médias. Ensuite, il nous dit que c’est aux Etats-Unis que la communication politique, selon lui, trouve ses origines : il évoque d’ailleurs plutôt l’opinion publique et la façon dont les politiques vont s’y intéresser, celle-ci tendant « …à s’ériger aux Etats- Unis, dès la fin du XIXe siècle, en principe majeur de légitimation des gouvernants » (ibid. : 26).

L’appellation d’opinion publique est d’ailleurs à rapprocher de celle de relations publiques, qui se développent également aux USA dans les années 1920. A cette époque, « les relations publiques se professionnalisent sous l’influence d’un Edward Bernays, qui y a vu un moyen de ‘cristalliser l’opinion publique’, pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages » (Lhérault/Daklia, 2008 : 205). Dans ces propos, on voit apparaître la notion d’influence des masses et de l’opinion. En filigrane de ces notions en apparaît une autre, fondamentale : la propagande, dont Edward Bernays se voudra l’un des théoriciens, notamment au travers de son œuvre très célèbre : Propaganda (1928). Il y écrit que « la manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes des masses, joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays » (Bernays, 1928 : 31). A travers ces propos où apparaît le mot gouvernement, on perçoit l’importance de l’approche propagandiste dans la communication entre les acteurs politiques et la population à cette époque aux USA.

La « propagande » a pourtant des origines tout autres puisque le terme a été utilisé pour la première fois dans le contexte religieux : congregatio de propaganda fide (congrégation pour la propagation de la foi), instituée le 22 juin 1622 par le pape Gregoire XV pour « répandre la religion catholique et diriger toutes les missions » (Breton, 1997 : 69). Voici une définition très générale de ce terme : « action systématique exercée sur l’opinion pour faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique, social, etc. » (Le Petit Larousse (1995 : 829). Peut-être que cette autre approche, pourtant historique, rappelle l’origine « religieuse » du terme : « La propagande applique les techniques de la foi collective et vise à la socialisation des doctrines politiques et des idéologies » (Delporte, 2003 : 3).

Ramenons le terme dans le champ politique et citons le point de vue du politologue Jacques Gerstlé qui rappelle que « dès 1927, Lasswell publie un ouvrage sur les techniques de propagande pendant la 1ère guerre mondiale. Il la définit comme le management des attitudes collectives par la manipulation des symboles assez proche de certaines définitions actuelles de la communication politique » (Gerstlé, 2004 : 30), Lasswell ayant été un spécialiste américain reconnu des relations entre la communication et la politique. Même si cette notion de propagande semble avoir aujourd’hui une certaine connotation négative, Philippe Breton, nous rappelle que ce terme « n’est devenu péjoratif que depuis peu ». Pour illustrer ses propos, il cite l’œuvre de Serge Tchakholine, Le viol des foules par la propagande politique (1952), dans lequel l’auteur regrette que les méthodes de la propagande « aient été insuffisamment utilisées ‘pour la bonne cause démocratique’ » (Breton, 1997 : 70).

En d’autres termes, même si, dans l’opinion, ce terme de propagande semble le plus souvent associé à des actions menées par des régimes non démocratiques ou pendant des périodes troubles puisque, selon certains, elle « (…) s’appliquait à entretenir le rapport inégalitaire entre les acteurs politiques et la masse par le caractère unilatéral du message (…) » (Delporte, 2006 : 30), il semblerait qu’il puisse également être associé à l’activité politique classique d’une démocratie.

Lire le mémoire complet ==> (a title=”Le rôle des petites phrases de François Hollande dans sa stratégie de communication” href=”http://blog.wikimemoires.com/2013/04/petites-phrases-francois-hollande-strategie-communication/”>Le rôle des “petites phrases” de François Hollande dans sa stratégie de communication)/strong>
pendant la campagne des élections présidentielles 2012, vu à travers deux journaux de la presse écrite
Master 2 Communication Parcours : Métiers de l’information et de la communication organisationnelle
Université Européenne de Bretagne – Rennes 2 – UFR ALC