Les motifs de choix du dispositif de formation

By 25 April 2013

5.3.4. Les motifs de choix du dispositif de formation : reconnaissance du dispositif de formation pour lui-même ou porte d’entrée dans le milieu culturel ?

Le comportement des étudiants intervient pour partie dans cette affaire, et certains ont conscience du rôle de porte d’entrée que peut jouer un dispositif de formation. Du moins, c’est un avis qu’ils formulent après leur passage dans le dispositif de formation… : on rejoint ici les questions de mixage entre intentionnalité et contingence abordées au chapitre 2. Il est donc difficile de tirer une conclusion ferme de ces résultats.

Pourquoi ont-ils choisi cette formation ? Une question a permis de caractériser les motivations des élèves160. Les réponses doivent cependant être interprétées avec une certaine prudence161 : la formulation de la question “Quelle est la raison majeure qui vous a fait choisir cette formation ?” comportait en effet une ambiguïté. Elle était posée initialement comme indicateur des raisons “objectives” du choix de ce type de formation, en terme de spécialité, par les étudiants (sous-entendu “pourquoi se destinaient-ils à ce type de profession”) ; or certains (peu nombreux au demeurant mais le doute existe) l’ont interprétée comme une question portant sur le choix du dispositif de formation fréquenté parmi l’ensemble des formations du même type menant aux fonctions d’administration et de gestion dans le secteur culturel162. Ceci explique la présence d’items concernant la “réputation” ou le “contenu” de la formation, apparus en cours d’enquête. L’item “contenu” est ainsi assez élevé pour le dispositif C, qu’il concerne essentiellement.

158 Quoi de commun entre la pratique amateur d’un instrument dans une école de musique municipale par exemple et l’exercice de tâches à titre bénévole dans l’organisation d’un festival qui amène à côtoyer de nombreux professionnels…
159 Nous pouvons seulement dire, avec les précautions évoquées, que seule une petite part d’entre eux avait déjà expérimenté le secteur culturel à travers des engagement amateurs plus ou moins forts…
160 Pour cette question, les enquêtés ont répondu spontanément, sans avoir connaissance des items possibles que nous avions précodés sur le support d’enquête. Le grand nombre de réponses “autres” (près de la moitié) nous a amené à traiter cette question comme une question ouverte, “refermée” a posteriori.
161 Cette question avait été mise en place à la demande expresse de membres du DEP du ministère de la culture participant au groupe de travail.
162 Cf. en introduction générale de ce travail.

Dans la grande majorité des réponses, on peut repérer approximativement quatre grandes logiques (tableau 12, annexe 4) : l’intérêt de la formation en soi (niveau, double formation, adaptation…), l’identification d’une porte d’entrée dans le secteur culturel, l’accès à une fonction de cadre ou enfin le désir de reconversion professionnelle. Ici encore, les formations se distinguent assez bien selon les réponses, mais celles-ci ne prennent tous leur sens qu’au regard du parcours de ceux qui les formulent :

Dispositif A : pour les élèves de ce dispositif, il s’agit de travailler dans le secteur culturel à un niveau de cadre. La double formation est probablement le fait des nombreux étudiants issus d’écoles de commerce, d’ingénieur ou d’institut de science politique (cf. 5.3.3.1.). Pour ces jeunes, ce qui compte c’est d’abord le secteur d’activité (et le poste), le dispositif de formation choisi représentant un véritable point d’entrée dans le secteur culturel et n’étant qu’un moyen d’y accéder.

Dispositif B : l’objectif affiché est assez proche du précédent : là encore, il s’agit de travailler dans le secteur culturel, dans le milieu précis de l’audiovisuel (au sens large) et des problèmes de droits qui s’y posent (“formation adaptée”), et aux pratiques de recrutement (voire de travail) bien identifiées (réseau professionnel solide).

Dispositif C : le secteur culturel n’est pas particulièrement mis en avant, pas plus que la fonction de cadre. Ceci s’explique peut-être par la plus grande maturité des étudiants (âge moyen plus élevé), qui n’éprouvent pas spontanément la nécessité d’afficher leur goût pour le secteur culturel, celui-ci étant plutôt identifié comme un secteur dans lequel il y a un besoin de compétences qui fait défaut (“formation adaptée”, 28%). Une seconde raison tient aussi aux 40% d’anciens professionnels majoritairement issus du secteur culturel (cf. 5.3.3.2.) qui suivent cette formation (“reconversion professionnelle”, 16%). Ceci dit, l’identification du réseau n’échappe pas à certains (6%).

Dispositif D : pour les élèves de cette formation qui accueille 70% d’anciens professionnels, issus du secteur culturel pour partie (5.3.3.2.), l’objectif est d’abord de modifier sa condition professionnelle antérieure (45% des répondants au minimum) : se reconvertir (25%), suivre une formation continue (6%) ou faire reconnaître son expérience professionnelle (14%). Malgré cela, près d’un tiers d’entre eux (items 5, 6, 7 et 8) a bien pris conscience du rôle du dispositif comme point d’entrée dans le secteur culturel… La fonction d’encadrement, peu mise en avant, est convoitée par certains (professionnels en reconversion ?) car c’est pour D que le poids de l’item “accéder à des responsabilités supérieures” est le plus élevé.

Dispositif E : c’est ici que l’item “formation réellement adaptée aux besoins de ce secteur” est le plus fréquent (2/3 des réponses). L’identification passe d’abord par la formation elle-même et son contenu. Ni le secteur culturel, ni la fonction de cadre ne sont particulièrement mis en avant, ce qui suggère peut-être un certain flou dans le repérage du milieu professionnel visé.

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