Les magasins de IKEA et ses détracteurs

By 27 April 2013

III. IKEA et ses détracteurs

Si l’enseigne investit autant dans son image environnementale et sociale, c’est que « contrairement à ce qu’affirme IKEA, les bas prix ont eu – et ont toujours – un coût social considérable » 37, dénoncent certains de ses détracteurs…

En 2006, en publiant « IKEA, un modèle à démonter » 38, l’ONG Oxfam dénonçait le concept de l’enseigne (basé sur le « modèle jetable », « l’incitation au gaspillage » et « une consommation effrénée »), tout en reconnaissant ses efforts en matière écologique et sociale. La sortie de ce livre a été de pair avec une campagne de l’ONG pour que IKEA :
– « s’engage, comme point de départ, à ce que ses fournisseurs et sous-traitants garantissent par contrat aux travailleurs un salaire décent qui atteigne le minimum vital dans le pays concerné;
– garantisse dans la filière de production le respect du droit d’association, de liberté syndicale et de négociation collective, notamment à propos du code de conduite IWAY;
– modifie ses pratiques d’achat à ses fournisseurs afin de créer les conditions de respect de son propre code de conduite. IKEA ne peut reporter tout le poids de ses engagements sur ses sous-traitants et ses fournisseurs;
– publie la liste de ses fournisseurs et permette un contrôle par un organisme indépendant de la mise en œuvre de son code de conduite ».

En interne aussi, IKEA a dû faire face à la contestation. En 2010, 23 de ses 26 magasins français ont connu un mouvement de grève sans précédent. Estimant le bénéfice du groupe à 52 millions d’euros, et pointant du doigt que le PDG de IKEA figurait parmi les dix plus grandes fortunes du monde, les salariés réclamaient une hausse de salaire de 4% alors que la direction en proposait 1,2% seulement. En plus de la question de l’augmentation de leurs salaires, les salariés dénonçaient aussi les horaires « flottants » de 8 heures à 23 heures, sans oublier les ouvertures du dimanche.

Par ailleurs, fin février 2012, le site « Mediapart.fr » a mis en cause IKEA dans des pratiques de surveillance illégales de ses salariés et de ses clients. Des mails échangés à partir de 2003 entre l’enseigne et une société de sécurité montrent des demandes de renseignement sur la vie privée ou le passé judiciaire de tel salarié ou client. A Brest, au fur et à mesure de ses recrutements, l’enseigne a demandé des informations sur les antécédents des candidats à l’embauche. Depuis ces révélations, le parquet de Versailles a ouvert une enquête préliminaire, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) et l’inspection du travail ont décidé de se saisir de l’affaire, la Fédération Commerce de la CGT a porté plainte contre X pour violation des libertés fondamentales, entre autres. Dans l’attente d’une éventuelle décision de justice, IKEA a récemment annoncé le départ de quatre de ses cadres dirigeants mis en cause, dont l’ancien directeur général d’IKEA France et son ancienne directrice des ressources humaines. Dans un même temps, une « association des victimes d’IKEA » est née.

Pour l’heure, ces critiques et ces affaires ne semblent pas avoir d’incidence chez la grande majorité des près de 500 millions de clients de l’enseigne à travers le monde. Chaque annonce de projet d’un nouveau magasin est d’ailleurs accueillie avec joie par ses futurs clients comme par les élus concernés. Ainsi, en 2004, un conseiller municipal de Stockport en Grande-Bretagne s’exclamait : « Un Ikea sur le territoire de la commune, c’est la gloire ! »39. A l’été 2006, des habitants de Mougins dans les Alpes-Maritimes rassemblaient en quelques semaines plus de 2 000 signatures pour leur pétition en faveur de l’ouverture d’un magasin IKEA. « Si vous aussi vous en avez plus qu’assez de passer deux heures en voiture, rouler plus de deux cents kilomètres (aller-retour), tout ça pour pouvoir faire vos courses dans un magasin Ikea, alors saisissez la chance (peut-être la dernière) qui vous est offerte de voir enfin s’ouvrir un magasin Ikea dans les Alpes-Maritimes ! » 40. Cette mobilisation des habitants de Mougins venait en réaction aux difficultés rencontrées par IKEA pour s’implanter sur leur commune. A signaler qu’en juin 2010, IKEA Family Village a essuyé ici un nouveau refus de la part de la Commission Nationale d’Aménagement Commercial (CNAC). « Ce projet est encore plus important aujourd’hui pour le bassin de vie de Mougins car il est créateur d’emplois (450 sur le site, 300 induits) et de richesses (près de 150 millions d’euros d’investissements et 600 000 euros de taxe professionnelle) »41, regrettait Richard Galy, maire de Moulins, alors que dans la commune limitrophe de Mouans-Sartoux, le maire André Aschieri affichait sa satisfaction après ce troisième rejet du projet. Marie-Louise Goudon, adjointe au maire et conseillère générale a expliqué que Mouans-Sartoux n’était pas contre IKEA mais que c’était le positionnement du projet qui posait problème. En effet, l’implantation du magasin, envisagée à moins de 500 mètres du centre-ville de Mouans-Sartoux aurait occasionné un surcroît de 10 000 véhicules par jour en semaine, et le double le week-end…

Lire le mémoire complet ==> (L’implantation d’IKEA à Bayonne : Quels impacts, mutation, et enjeux sur le(s) territoire(s) ?)
Mémoire de Master 1 « Géographie : Dynamiques, Territoires, Pasages »
Université d’Argers