Les compétences de reconnaissance émotionnelle du nourrisson

By 28 April 2013

2) Les compétences de reconnaissance émotionnelle

a. Les capacités discriminatives du nourrisson

Les études portant sur la reconnaissance des émotions indiquent que les compétences de décodage des expressions faciales émotionnelles apparaissent très tôt au cours du développement humain.

** Au niveau perceptif et discriminatif

Les capacités discriminatives chez le nourrisson ont été mises en évidence par l’analyse des réactions d’imitation précoces.

Meltzoff et Moore montrent qu’une exposition répétée de mouvements faciaux réalisés par l’adulte entraîne chez le nourrisson de quelques jours des réponses imitatives. Dans les années 80 ces mêmes chercheurs ont trouvé les mêmes résultats chez des enfants dont la moyenne d’âge était de 32 heures (Meltzoff & Moore, 1983).

Ainsi, très tôt, les nouveau-nés ont une capacité d’imitation immédiate. On peut donc dire qu’ils peuvent discriminer des mouvements faciaux entrant dans la composition des expressions de joie, de tristesse, et de surprise (Gosselin, 2005).

Les capacités discriminatives ont aussi été démontrées par l’analyse de la réponse de fixation visuelle avec la technique de préférence visuelle. Elle consiste d’abord à présenter dans le champ visuel du nourrisson deux objets de manière simultanée puis à enregistrer la durée de fixation pour chacun.

On voit de cette manière que dès le 3eme mois le bébé distingue une expression de joie d’une expression neutre (Kuchuk, Vibbert & Bornstein, 1986, In Gosselin, 2005).

Par une autre technique, à savoir celle de habituation, qui consiste à présenter plusieurs fois une même expression émotionnelle jusqu’à ce que la durée de fixation correspondante diminue significativement, on voit que (In Gosselin, 2005) :
– vers 3 mois le nourrisson distingue la joie de la surprise (Young-Browne, Rosenfeld et Horowitz, 1977)
– vers 4 mois il différencie la joie de la colère (Labarbera, Izard, Vietze et Parisi, 1976)
– vers 5 mois il distingue la colère de l’expression neutre (Wilcox et Clayton, 1968).

Récemment, d’autres travaux (In Gosselin, 2005), qui utilisent cette technique avec des expressions de joie et de peur, réalisées par des personnes différentes, fournissent un élément essentiel sur le développement de l’aptitude à reconnaître des traits faciaux communs à plusieurs personnes : on voit que le nourrisson de 7 mois distingue mieux pour la joie différentes manière de l’exprimer que pour la peur (Bornstein et Arterberry, 2003).

** Au niveau interprétatif

Des expériences dites de “référenciation sociale”, décrites dans l’article de Gosselin (2005), apportèrent des informations quant à la signification de positivité et de négativité que donne le nourrisson aux expressions faciales, c’est ce que l’on nomme la valence émotionnelle.

Boccia et Campos, en 1989, observent que le nourrisson de 8 et 9 mois, mis en présence d’un adulte étranger, va regarder sa mère et être influencé par l’expression du visage de celle-ci. Ainsi le bébé a plus tendance à sourire à la personne étrangère lorsque sa mère émet une expression de joie que quand elle émet une expression de peur.

De même, Klinnert, en 1984, observe que le bébé de 12 mois, confronté à un objet inhabituel, a tendance à regarder sa mère et à moduler son comportement en fonction de l’expression faciale qu’elle émet. Ainsi il se rapproche davantage d’elle si elle émet une expression de peur que si elle émet une expression de joie.

Aussi il est plus enclin à manipuler l’objet si l’adulte exprime de la joie face à un objet plutôt que du dégoût (Hertenstein et Campos, 2004).

Sorce et coll. (1985) observent la réaction du bébé de 12 mois face au dispositif de la falaise visuelle. Les résultats, indiqués dans l’article de Gosselin (2005), montrent que lorsque la mère présente l’expression de peur, aucun des bébés ne traversent, alors qu’environ 75% des bébés traversent, quand la mère manifeste une expression de joie. De même l’intérêt de la mère pousse la majorité des bébés à traverser, tandis qu’une expression de colère les rebute quasiment tous. Quant à l’expression de tristesse, elle décourage deux tiers des bébés de 12 mois.

Ainsi on peut voir indiscutablement l’effet de l’émotion maternelle sur le comportement de son bébé. Le nourrisson de 12 mois serait donc capable d’utiliser l’avis maternel avant d’agir.

L’ensemble de ces travaux indique que le nourrisson semble donner une signification positive aux expressions de joie et d’intérêt et une signification négative aux expressions de colère, de peur, de tristesse, de dégoût.

Construction d’une échelle d’évaluation des capacités de reconnaissance des expressions faciales émotionnelles
Mémoire en vue de l’obtention du Diplôme d’Etat de Psychomotricien – Institut de Formation en Psychomotricité
Université Paul Sabatier -Faculté de Médecine Toulouse Rangueil