Les compétences de production émotionnelle chez l’enfant

By 29 April 2013

3) Les compétences de production émotionnelle

a. Les capacités expressives faciales du nourrisson

Tous les parents en ont fait l’expérience : les bébés expriment des émotions. Même s’ils ne communiquent pas de façon intentionnelle, les signaux qu’ils émettent ont un sens pour l’environnement.

On sait aujourd’hui que tous les nourrissons imitent leurs parents, notamment à travers des expériences faites sur des mouvements de bouche. Le bébé exprime quelque chose, qui est alors interprété par la mère, cette dernière le lui renvoie alors en le ressentant. Et la mère heureuse de voir son bébé s’exprimer, reçoit l’image de contentement (Nadel, In Denigot, 2005a).

Ainsi le nourrisson imite toutes les émotions maternelles mais on ne peut savoir s’ils ressentent ce qu’ils expriment.

Le tout-petit manifeste progressivement des expressions prototypiques de joie, de tristesse, de dégoût, d’intérêt, de surprise, de colère, de peur et il différencie les expressions en fonction de la valeur hédonique (appétence/aversion) de l’émotion maternelle. J. Nadel explique que “c’est bien le bébé qui dirige son propre comportement émotionnel, sur la base des attentes qu’il a pu développer vis à vis de sa mère” (In Denigot, 2005a, p29).

Ainsi l’enfant va peu à peu enrichir son répertoire émotionnel.
Vers 2 mois, il apparaît la véritable fonction de communication des émotions avec notamment le “sourire social”. Entre 4 et 6 mois, c’est tout le corps qui entre en scène dans l’émotion. Entre 9 et 12 mois, il peut simuler des émotions, faire mine de pleurer, exagérer les rires.

R. Soussignan (1999, In Denigot, 2005a, p26) s’interrogent au sujet de l’influence des expériences fœtales sur la modulation des réactions émotionnelles postnatales. Ils montrent que les premières réactions affectives liées aux odeurs peuvent être modulées par un apprentissage prénatal : l’expérience de stimulation olfactive in utero montre que des nouveau-nés révèlent une réactivité faciale spécifique d’appétence à l’égard d’un composé odorant auquel ils ont été exposés in utero. “Cette expérience montre que le cerveau fœtal peut acquérir et mémoriser des informations capables d’influencer les réactions affectives du bébé” résume R Soussignan.

b. Les capacités expressives de l’enfant

Vers 2 ans survient un véritable saut cognitif, nous passons de l’imitation à la manipulation des états mentaux. Grandir c’est apprendre à inhiber les réponses émotionnelles automatiques, à devenir moins naturel et moins spontané, ainsi faire la distinction entre soi et autrui (Nadel, 2002).

La présence d’un détachement entre l’expression faciale et l’état émotionnel est considérée comme un indice d’aptitude au contrôle émotionnel et à la dissimulation d’états émotionnels négatifs.

Entre 3 et 6 ans l’enfant apprend à exprimer des émotions conformes à des règles sociales qui imposent notamment l’exercice d’un certain contrôle sur la motricité faciale. Il découvre par exemple qu’il est bon de rester souriant quand on reçoit un cadeau non désiré.

Chez des enfants d’âge préscolaire (6-12 ans), la connaissance des règles sociales, influençant le contrôle des expressions émotionnelles, semble dépendre de la nature de l’état affectif et du contexte : l’expression émotionnelle serait davantage contrôlée en présence des pairs qu’avec les parents ou seul et elle serait davantage dissimulée pour la colère chez les filles et pour la tristesse chez les garçons.

Pour Tomkins “Toutes les sociétés, à des degrés divers, exercent un contrôle substantiel sur l’expression libre des affects. Aucune société n’encourage ou permet à tout individu de crier de colère […] chaque fois qu’il le veut et où il le veut. Très précocement un contrôle strict sur l’expression des affects est institué” (In Corraze, 2001, p88).

Age Capacités expressives émotionnelles Etudes originelles
Nouveau-né Imitation de toutes les émotions maternelles Soussignan et coll., 1999
Réactivité faciale spécifique à l’apprentissage prénatal
2 mois Apparition du sourire social Nadel, 1986, 2002
Manifestation progressive des expressions de joie, tristesse, dégoût, intérêt, surprise, colère, peur
4-6 mois Emotion exprimée par tout le corps
9-12 mois Simulation émotionnelle
2 ans Manipulation des états mentaux
3-6 ans Contrôle sur la motricité faciale
Expression émotionnelle conforme aux règles sociales
6-12 ans Contrôle des expressions émotionnelles selon l’état affectif et le contexte

Construction d’une échelle d’évaluation des capacités de reconnaissance des expressions faciales émotionnelles
Mémoire en vue de l’obtention du Diplôme d’Etat de Psychomotricien – Institut de Formation en Psychomotricité
Université Paul Sabatier -Faculté de Médecine Toulouse Rangueil