L’environnement et La communication des ONG

By 8 April 2013

Environnement et communication : les nouveaux enjeux et problèmes – Partie III :

Nous avons pu voir que la communication était essentielle pour les ONG, et qu’elle était particulière en raison de son objet environnemental. Cependant il n y a pas un modèle unique de stratégie. En effet les associations disposent de nombreux moyens. Les médias, la contestation, la coopération… Il est utile d’observer les limites de cette communication, en effet les Organisations Non Gouvernementales (ONG) peuvent faire face à des critiques quant à notamment leur légitimité et leur incapacité à agir concrètement. Se pose ainsi la question de l’efficacité. Les ONG et leur stratégie de communication font face à de nouveaux enjeux. Elles ont évolué et ont emprunté de nombreuses pratiques aux entreprises, est-ce un moyen d’être plus efficaces ou justement renient-elles leur spécificité primordiale. De nos jours l’évaluation est ainsi importante pour juger de la performance mais reste difficile.

Chapitre A : Portée et limites de la communication des Organisations Non Gouvernementales (ONG)

Même si les ONG ont un rôle important, elles peuvent aussi être critiquées. Elles connaissent plusieurs difficultés.

1. Rôles et légitimité importants mais remis en cause

Les ONG représentent la société civile, les citoyens ont confiance en elles. En effet, la première étude consacrée à l’image des ONG, réalisée en septembre 2005 par TMO pour le cabinet de conseil First&42nd, révèle que les ONG constituent pour l’opinion publique l’acteur le plus crédible de l’espace public mais également une valeur refuge face aux risques de la mondialisation. Leur notoriété est élevée, 80% des français connaissent des organisations comme Greenpeace, et leur accordent leur confiance à plus de 50%. 70% des français pensent que «les ONG ont raison de mener des campagnes d’opinion contre les multinationales », perçues comme responsables des dégâts sociaux et environnementaux de la mondialisation. (chiffres cités par Laby sur actu-environnement.com).

A travers les ONG, ils peuvent agir, soutenir des causes, se sentir utiles. Sans elles, ils se sentiraient incapables d’agir. Leur proximité avec les citoyens leur permet de défendre leurs intérêts. Elles sont légitimes en fonction de leur compétence, de leur capacité d’expertise et de pression. Celles ci sont nourries par leur expérience, leurs actions, leur histoire, leurs succès et leurs échecs. Lalégitimité de l’association peut dépendre de sa représentativité, c’est à dire, du nombre de sympathisants qui lui donnent les moyens de son action, du degré de confiance qu’on lui accorde. Dès le début elles ont joué un rôle important dans l’émergence de la notion de développement durable, dans la mise sur l’agenda médiatique de cette problématique. Elles ont tenté d’agir sur toutes les parties prenantes, de défendre l’environnement auprès des politiques, des citoyens… Elles ont donc un poids de pression, de lobbying important. Elles s’entourent d’experts, d’avocats pour avoir une meilleure maitrise des dossiers, et un pouvoir de consultation et de négociation plus important. Pour Isabelle Sommier (2003, p 160), tous ces éléments « crédibilisent la contestation constructiviste ». Elles sont reconnues par les institutions internationales. Elles seraient donc légitimes pour communiquer sur le développement durable.

Nous l’avons vu précédemment le rôle des ONG s’est renforcé. Elles ne se contentent non plus seulement d’être de simples agitatrices d’opinion, dénonciatrices. Elles sont de réelles interlocutrices pour les institutionnels et les entreprises. Les ONG sont observées, elles sont en concurrence, et sont exposées à des risques. Il faut faire attention, par exemple à des scandales financiers ou des conflits internes, qui peuvent, en étant exacerbés par les médias, entacher leur légitimité et leur réputation. De plus les ONG peuvent être critiquées d’opportunisme, de carriérisme, et de faire en quelque sorte elles aussi du business écologique, en gagnant de l’argent sur la cause environnementale. L’utilisation des dons est ainsi souvent questionnée et la peur de détournement est présente. L’argent sert-il à financer la cause ou les salariés ? Une transparence est donc nécessaire. On peut citer l’exemple du tsunami en Asie du Sud Est en décembre 2004 qui avait provoqué une mobilisation et des dons énormes mais nombreuses sont les ONG qui n’ont pas tout dépensé, qui ont conservé les dons ou demandé de les affecter à une autre cause.

Certaines petites Organisations Non Gouvernementales (ONG) ont du mal à se faire entendre et sont inégales face à la grandeur d’autres ONG. Toutes n’ont pas le même écho, n’ont pas les mêmes idées, face à cette multiplicité, dégager une position commune est difficile. Pour Ollitrault et Chartier (2006 p 112), « Les ONG font face à une crise d’identité et de croissance. Les plus anciennes s’étoffent au point de devenir de véritables entreprises transnationales, les plus récentes se multiplient au point de brouiller l’identité première des ONG. Des contestations apparaissent ». Les relations peuvent être aussi tendues avec les autres mouvements de contestation comme les syndicats et les altermondialistes, qui les dénoncent de s’être institutionnalisées. En effet les Organisations Non Gouvernementales (ONG) environnementales ont de plus en plus traité aussi les causes économiques et sociales. Elles se trouvent en concurrence avec leurs adversaires naturels qui se sont de plus en plus intéressés aussi à la problématique environnementale sous la pression sociale.

On remet également en cause en général leur représentativité insuffisante. En effet elles ne sont pas élues démocratiquement. Et les entreprises ou les États contestent leur trop forte volonté d’intervention, d’ingérence et d’opposition systématique.

Mais la critique principale reste une insuffisance de résultats, expliquée par plusieurs facteurs.

2. Une insuffisance de résultats concrets

Aujourd’hui avec la multiplication des ONG environnementales, et leur effort dans la communication et l’éducation, le niveau de connaissances et de compréhension du développement durable du grand public a augmenté, cependant il n’y a pas de réel passage à l’acte.Pourquoi, alors que le niveau de compréhension est de plus en plus élevé, n’arrive- t-on pas à aller au-delà? Pourtant l’opinion publique attend que les ONG soient de réels acteurs de changement, qu’elles réfléchissent aux causes des problèmes en cherchant des solutions et non seulement qu’elles communiquent sur les conséquences.

En effet les ONG n’arrivent pas à atteindre un objectif qu’elles s’étaient fixé : la réalisation d’actions concrètes en faveur de l’environnement. Elles arrivent à dénoncer, à sensibiliser. Mais peu de projets tangibles ont été réalisés, cela est surtout dû au manque de moyens. La défense de l’environnement est également une question morale qui dépend de la bonne conscience et volonté des pays et des citoyens, surtout ceux du Nord. Ce sont aussi des sujets complexes, les citoyens ne maîtrisent donc pas tout. Doan Lebel et Domitille Desforges expliquent (2009) que « Le défi des ONG de défense de l’environnement pour les années à venir est manifeste : passer de la sensibilisation à l’action, tout en continuant à influencer les pouvoirs publics. L’obstacle financier est grand mais des solutions, comme le regroupement en réseau, les initiatives collectives ou encore la mise en œuvre de projets financés par les États, se développent. ».

Selon Anne Versailles (2005), l’information comme levier de changement des comportements est nécessaire mais insuffisant, il faut communiquer sur les possibilités d’agir autrement. Décrire le futur de manière catastrophique peut être contre productif, en entrainant la résignation et la démobilisation. Il ne suffit pas de « s’éloigner de » ce futur, mais plutôt d’inciter les citoyens à être co-créateur du monde de demain et de provoquer du désir pour « aller vers » ce monde meilleur. « Le Développement Durable ne se résume pas à un simple catalogue de procédures environnementales. C’est un projet à construire ensemble » précise Anne-Marie Sacquet, directrice générale du Comité 21, (citée par Dudouble, 2007). Pour Frédérique Dequiedt, chargée de mission à l’association Entreprises territoires et développement, (citée par Dudouble, 2007) « la plupart du temps, lorsque l’on explique le Développement Durable, on s’astreint à commenter ses fondements, ses temps forts, sa théorie. Or, pour une première entrée en la matière, ce message est souvent peu compréhensible. Il faut déconceptualiser et démystifier le développement durable en s’appuyant sur des exemples simples et concrets qui le rendent plus proche des habitants et des acteurs ».

Pierre Auger (2004 p137) explique ainsi que les ONG sont inefficaces, impuissantes, face à « l’inertie des consommateurs », aux multinationales intouchables, aux difficultés du lobbying…

Il cite S.Cohen « la capacité de laisser faire et le refus de prise de conscience sont profondément implantés dans une société saturée d’information. Dans le cas du changement climatique, poursuit-il, nous sommes intellectuellement capables d’en admettre l’évidence tout en éprouvant les pires difficultés à accepter notre responsabilité pour un crime d’une telle importance. Bref, il ne suffit pas d’information, les sondages révèlent un haut niveau de conscience mais pratiquement aucun signe de changement de comportement ».

En effet, à la vue de toutes les manifestations environnementales, de l’échec de Copenhague, de l’échec de la CITES, le chemin et le travail des Organisations Non Gouvernementales (ONG) environnementales restent encore long. Mais le travail déjà réalisé a été nécessaire et a permis avec cette prise de conscience importante, un terreau favorable à une possible future action. Yannick Jadot, sur le site Internet de Greenpeace,affirme que « la mobilisation qui a permis que l’environnement soit au cœur du débat public doit se poursuivre et se renforcer pour que les solutions soient mises en œuvre ».

Pour cela les ONG pensent à faire évoluer leur stratégie de communication pour l’améliorer. Elles se professionnalisent et elles s’inspirent de plus en plus des pratiques des entreprises. Mais des critiques apparaissent. Nombreux sont ceux qui craignent un rapprochement trop poussé avec les logiques de l’entreprise, d’efficacité, de rentabilité au détriment de la logique militante, associative.

Lire le mémoire complet ==> (Les stratégies de communication des ONG environnementales)
Mémoire de Séminaire Economie du Développement Durable
Université lumière Lyon 2 – Institut d’Études Politiques de Lyon