L’école : mode de recrutement pour les anciens élèves

By 24 April 2013

3.2.5. Un poids particulier de l’école comme mode de recrutement pour les anciens élèves

Au-delà des distinctions opérées par Lagarenne et Marchal, et des façons de classer les types de recrutement, deux résultats méritent d’être retenus ici : 43% des recrutements de 1994 se sont produits grâce à des relations (de travail, personnelles ou familiales), et derrière les organismes “intermédiaires”, que ce soit l’ANPE, les organismes de formation ou les agences d’intérim, des dimensions relationnelles sont aussi à l’œuvre. Cela devrait augmenter considérablement le poids de ce mode d’accès à l’emploi, même si le contexte propre à chaque organisme n’est pas indifférent. C’est ce que les chapitres suivants s’attacherons à étudier à propos d’un organisme particulier, l’école.

71 Pour Simmel (1908, trad. 1996), toute relation durable entre individus nécessite une connaissance interpersonnelle non réductible à des informations objectives : « Il peut y avoir dans cette connaissance une part d’erreur et de pur et simple préjugé – peu importe. Mais (…), chacun a de ceux à qui il a à faire une connaissance globale assez juste pour qu’un commerce, une relation deviennent possible » (1996, p.7-8). Pour Simmel, rappelant aussi que cette confiance devient de plus en plus nécessaire dans la vie moderne. « Notre existence moderne (…) repose beaucoup plus largement qu’on ne le reconnaît habituellement, sur la foi en l’honnêteté des autres. Nous fondons nos décisions les plus importantes sur un système complexe de représentations dont la plupart suppose la certitude de ne pas être trompés. (…) il serait tout simplement impossible de bâtir la vie moderne, qui est une “économie de crédit”, bien au-delà du sens strictement économique du terme » (1996, p .16). Il s’ensuit selon nous à propos des relations de travail que : 1) confiance et relation sont indissociables dans la mesure où elles se produisent mutuellement dans un processus liant le général et le particulier : il faut avoir confiance en général dans autrui pour engager une relation avec une personne en particulier, puis dans cette relation apparaît une connaissance interpersonnelle source de confiance avec cette personne en particulier, cette confiance avec cette personne en particulier est à son tour à la fois gage de la durée de la relation dyadique et expérience mobilisable dans l’attitude en général face à autrui avant que cet autrui ne devienne l’objet d’une éventuelle prochaine relation en particulier ; et 2) confiance et défiance sont intimement liées , représentant les deux facettes de la connaissance acquise sur autrui : qu’il y ait l’une ou l’autre, ou plutôt quelle que soit leur part respective dans la relation avec une personne en particulier, c’est en fonction de cette connaissance que l’on se détermine ou que l’on agit. Où l’on retrouve l’idée d’encastrement social des actes économiques, l’embeddedness selon Granovetter (1985).
72 Même si bien sûr selon l’intensité de la répétition de l’acte d’achat peut naître l’ébauche d’une relation de fidélité.
73 Voir l’encadré présenté au chapitre 4.

Que peut fournir l’étude du CEE comme indications à propos de l’école ? Tout d’abord, de nombreux organismes interviennent dans ce processus, y compris des organismes dont ce n’est pas a priori l’objet officiel, et parmi eux l’appareil de formation lui-même. L’école et les organismes de formation, au-delà de leur mission de formation, sont bien des acteurs du fonctionnement du marché du travail : près de 3% de l’ensemble des personnes ayant pris un emploi entre le 31 mars de l’année 1993 et le 31 mars de l’année suivante l’ont trouvé de cette façon. Et cela concerne donc l’ensemble des mouvements sur le marché du travail une année donnée.

L’étude permet d’affiner le public plus précisément concerné par ce mode de recrutement. Les auteurs ont mobilisé quelques variables influant sur certains modes d’accès à l’emploi. Trois d’entre elles concernent l’item “ école ou organisme de formation ”.

Tableau 10. Variation du mode d’accès à l’emploi par l’école selon l’âge, selon le diplôme ou selon le statut précédent (repris du tableau de Lagarenne et Marchal 1995, p. 3)

Age % Diplôme % Statut précédent %
15-24 ans 6,2 Diplôme supérieur 5,6 Salariés précédemment
25-29 ans 2,8 Bac + 2 3,7 étudiants ou élèves 12,9
30-34 ans 1,1 Bac ou BP 2,6
35-39 ans 1,1 CPA-BEP 1,8 (pas d’inform° sur les autres statuts)
40 ans et + 0,7 BEPC 3,0
Moyenne 2,9 Aucun diplôme 2,5 Moyenne 2,9
Moyenne 2,9

Lecture : parmi les personnes ayant changé d’emploi entre le 31/03/93 et le 31/03/94, 6,2 % des 15-24 ans, 5,6% des diplômés du supérieur et 12,9% des enquêtés qui étaient l’année précédente étudiants ou élèves ont obtenu leur emploi par l’intermédiaire de l’école ou d’un organisme de formation, contre 2,9 % toutes caractéristiques confondues.

Deux variables montrent que le poids de l’école parmi les moyens d’accéder à un emploi est bien plus important pour les jeunes qui en sortent. Si 2,9% des personnes tous critères confondus ont eu accès à l’emploi via l’école, cela concerne deux fois plus (6,2%) des 15-24 ans, ce qui est une façon de cerner les jeunes en primo insertion. Mais surtout, ce mode d’accès à l’emploi concerne quatre fois plus les personnes qui étaient étudiantes ou élèves l’année précédente (12,9%), ce qui est loin d’être anodin. Et enfin, l’école n’intervient pas de la même façon selon le diplôme obtenu : plus celui-ci s’élève, plus elle constitue un moyen de recrutement mobilisé.

Capital social, école et entreprises sur le marché du travail
Les dynamiques relationnelles des organisations éducatives dans l’accès à l’emploi
Thèse pour obtenir le grade de Docteur En Sociologie – UFR De Sciences Humaines Et Sociales
Université Paris 5 – René Descartes