L’éco conception : une notion en plein essor

By 12 April 2013

1 – L’éco conception : une notion en plein essor
1.1 – Le contexte général du développement de l’éco conception
1.1.1 – Le lien entre activité industrielle et politique environnementale

A – Naissance et développement de l’activité industrielle

Historiquement, dès la fin du dix-huitième siècle , l’activité industrielle s’est développée sans tenir compte de l’aspect environnemental . L’évolution démographique et ses implications aussi bien en terme de consommation que de production, favorisent une croissance de produits et de services multiples, facilitée par une évolution rapide du progrès technologique. Cette production voit le jour grâce à une grande diversité de matières premières et d’énergie, sans que les protagonistes ne se soucient des aspects environnementaux et de la dégradation inquiétante de la planète.

Naissance et développement de l’activité industrielle
Source : http://www.citepa.org/pollution/phenomenes.htm

Notons que la pollution dont est victime la Terre n’est pas entièrement imputable à l’activité industrielle. Néanmoins, le secteur industriel, de par sa puissance de capacité d’innovation, est en mesure de trouver une partie des solutions à cette crise environnementale . La nature des modifications à opérer concerne la conception même des produits , ainsi que la mise en place de processus techniques et organisationnels , en vue d’une meilleure prise en compte de l’environnement . Comment est apparu ce mouvement de prise de conscience de l’importance de la protection de l’environnement, aussi bien à un niveau global, qu’à celui de la conception ?

B – Notion de développement durable

Dès 1983, l’Organisation des Nations Unies (ONU) exige la constitution d’une commission indépendante chargée d’enquêter sur la question de l’environnement et du développement.

C’est lors de la remise du rapport final, appelé Rapport Brundtland , en 1987, qu’apparaît pour la première fois la notion de développement durable . Il se définit comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

Il désigne ainsi la capacité de la planète à subvenir aux besoins de la population dans une démarche équitable (nourriture, accès à l’eau potable, santé, éducation…). Ce type de développement demande de concilier l’écologique, l’économique et le social , en vue d’un cercle vertueux entre ces trois pôles. Il se caractérise par des principes de responsabilité et de solidarité à l’échelle planétaire.

En 1992, l’ONU organise à Rio le «Sommet de la Terre». Celui-ci a permis de traduire la notion de développement durable en un programme d’actions concrètes pour le XXIème siècle : l’Agenda 21. Ces initiatives se retrouvent d’ailleurs dans l’orientation de la politique environnementale d’un certain nombre d’acteurs, tels que l’Europe et la France.

C – Prise de conscience européenne en matière environnementale

La préoccupation, à l’échelle planétaire, des impacts engendrés par l’activité humaine et notamment industrielle, a débouché sur un certain nombre de mesures politiques ou normatives au plan européen.

* La « réduction des déchets à la source »

En France, dès la fin des années 80, l’objectif est de « réduire les déchets à la source ». Cette expression est relative à une stratégie de prévention de la production de déchets , en amont, par opposition à des actions correctrices, en aval. Cela signifie que les biens mis sur le marché, de même que leurs emballages, doivent être renouvelés en vue de limiter les déchets. Cette mesure a donc un impact direct sur la conception des produits .

Par exemple, elle amène à s’interroger sur la nécessité des emballages secondaires, tels que ceux qu’il est possible d’observer autour des yaourts. Bien sûr, bien qu’ils soient justifiés par la praticité qui en découle pour l’utilisateur, ils génèrent néanmoins une pollution supérieure. Cet exemple souligne tous les enjeux et les conflits d’intérêts liés à l’introduction d’un critère environnemental : comment lui conférer une place dans la stratégie de conception, sans pour autant délaisser les autres critères de décision comme l’usage, le coût, la qualité…? Nous reviendrons sur ce point dans la partie 1.2.3 – La nécessité d’une approche globale.

* Le recyclage et la valorisation des produits en fin de vie

Dans de plus en plus d’industries, la responsabilité du producteur est désormais étendue jusqu’à la fin de vie de ses produits. Ainsi, la dernière réglementation européenne (13 juillet 2003) sur les Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (DEEE), oblige les fabricants à mettre en place des filières de récupération et de recyclage de leurs produits. Cette directive s’inscrit dans la même lignée de celles concernant les piles, batteries ou encore les véhicules hors d’usage.

D’ailleurs, cette responsabilité étendue ou partagée des producteurs, est sans doute un moteur important pour amorcer une démarche d’éco conception dans les secteurs d’activité concernés. En effet, si le coût de retraitement de fin de vie des produits devient à la charge du producteur, il va sans doute devenir largement supérieur au coût généré par une production effectuée dans le cadre de l’éco conception.

* La Politique Intégrée des Produits1 (PIP)

Au sein de l’Union Européenne, certains pays comme la Suède et la Norvège, dont la sensibilité vis-à-vis de l’environnement est profondément enracinée dans les mentalités, sont à l’initiative d’une Politique Intégrée des Produits (2003). La stratégie de cette politique consiste non plus à s’attaquer aux effets des émissions industrielles ou aux problèmes de gestion des déchets, mais à s’intéresser aux produits eux-mêmes et à leur contribution à la dégradation de l’environnement tout au long de leur cycle de vie.

En parallèle, la PIP doit déboucher sur une coordination de différentes mesures environnementales. Par exemple, le Code des marchés publics français définit une politique d’« achats verts » au sein des administrations publiques. Elle a pour objectif d’intégrer des critères d’ordre environnemental lors des appels d’offre. Cette décision devrait, elle aussi, inciter à la mise en place de l’éco conception.

* La Stratégie Nationale de Développement Durable

Depuis 2003, le gouvernement français lance une Stratégie Nationale du Développement Durable , qui fixe dix grandes orientations à suivre en matière de développement durable pour les cinq prochaines années. Cette initiative génère une réflexion collective sur le thème de l’environnement et du système de valeurs des Français et s’inscrit dans la continuité de la PIP.

1 http://europa.eu.int, site du portail de l’Union Européenne

Le contexte international est manifestement marqué par le développement durable ainsi que par des politiques plus soucieuses des retombées environnementales du secteur industriel. L’accent est désormais mis sur une stratégie amont, de manière à prévenir les problèmes plutôt que de les résoudre après coup. Par conséquent nous allons nous intéresser à l’une des réponses possibles de stratégie amont, à savoir l’éco conception.

1.1.2 – La définition de l’éco conception

L’éco conception peut se définir comme la prise en compte de l’environnement dans la conception des produits et des services. De manière plus détaillée, nous pouvons dire que « l’éco conception a pour objectif la prise en compte de l’ensemble des consommations et des rejets liés à un produit ».2 C’est effectivement lors la phase de conception que résident les leviers les plus importants pour faire évoluer le profil environnemental d’un produit.

Dans une perspective d’éco conception, le terme de produit doit être considéré au sens le plus large possible à savoir :

* L’objet en lui-même
* Les emballages primaires (unité de vente consommateur) et secondaires (emballage de regroupement)
* Les pièces de rechange

Cette stratégie de conception nécessite d’avoir une vue d’ensemble sur le produit non seulement en terme d’exigences environnementales :
* Réglementation
* Normes qualitatives
* Image de marque

2 http://www.ademe.fr, site de l’Agence de l’Environnement et de Maîtrise de l’Energie

Mais aussi en terme de conséquences environnementales du produit :
* Consommations de ressources
* Emissions atmosphériques
* Production de déchets
* Valorisation du produit en fin de vie, etc…

Ainsi, les exigences et les conséquences environnementales doivent être envisagées durant toute la vie du produit (depuis l’extraction des matières premières jusqu’au devenir des produits en fin de vie.), en vue d’obtenir une performance globale de l’éco conception du produit.

En outre, l’éco conception se caractérise par une vision globale, dans la mesure où il s’agit d’une approche préventive et multi critères des problèmes d’environnement (eau, air, sols, bruit, déchets, matières premières, énergie…).

En parallèle, une autre caractéristique de l’éco conception, est de réussir à concilier le critère environnemental à des critères plus classiques tels que le coût, la qualité, les attentes du marché ou encore la faisabilité technique.

Précisons que l’éco conception peut s’appliquer à des phases de conception (fabrication d’un nouveau produit) ou de re-conception d’un produit (améliorations d’un produit par rapport à la manière dont il était fabriqué auparavant).

Enfin, nous pouvons observer que l’éco conception émane d’une démarche volontaire, adoptée par certaines entreprises, soucieuses de proposer sur le marché des biens et services, dont les impacts négatifs sur l’environnement sont minimisés. Comme nous l’avons vu précédemment, il existe tout un contexte économique, législatif et social ambiant qui la favorise :

* pressions d’ordre public : réglementation française et directives européennes en faveur de la protection de l’environnement.
* pressions d’ordre privé : les relations client / fournisseur, la demande des consommateurs.

Lire le mémoire complet ==> (Les enjeux de l’éco conception)
Mémoire de fin d’études – DESS Logistique
Université de Paris 1 Le Roux Claire