Le transfert de savoir-faire entre constructeurs d’automobiles 

By 8 April 2013

5.4 Le transfert de savoir-faire entre constructeurs

Les constructeurs européens et américains ayant rapidement compris que la formidable compétitivité des constructeurs japonais résidait dans leur organisation, ils se devaient d’améliorer leurs méthodes de production. Pour cela deux choix s’offrent à eux :

Collaborer avec les constructeurs japonais afin de profiter d’un transfert de savoir faire et ainsi les imiter ou rechercher de nouvelles méthodes en s’inspirant d’un regard extérieur au modèle japonais.

Pour bon nombre de constructeurs, les accords de coopération ont été un facteur important pour le développement de leurs activités depuis les années 1980. En effet, ces accords avaient pour objectifs d’offrir la possibilité aux constructeurs américains et européens ,d’approcher le concept de la production frugale ou de compléter leur gamme avec des petits modèles japonais. Pour les constructeurs japonais, ces accords leurs permettaient de faciliter leurs implantations aux Etats-Unis et en Europe, tout en limitant les risques.

En raison de la forte crise qu’a connu Ford dans les années 80 et sa prise de participation à hauteur de 24 % de Mazda, le constructeur a été l’un des premiers à profiter du transfert de savoir-faire entre constructeurs Américains et Japonais. En effet, grâce à cette relation, Mazda pouvait démontrer l’efficacité d’autres méthodes de production et proposer à Ford de les apprendre. Ainsi, une équipe Ford fut envoyée durant plusieurs semaines sur le principal site de production de Mazda, à Hiroshima. Il ne fallut que peu de temps à cette équipe pour comprendre l’efficacité supérieure du mode de production frugale16.

La prise de participation de Ford au capital de Mazda lui a donné le droit d’observer le fonctionnement de son partenaire. Ainsi Ford a su rapidement développer de nouvelles techniques de production, améliorer les relations avec les fournisseurs et moderniser les méthodes de développement de nouveaux modèles. En effet, grâce aux informations recueillies par Ford, le constructeur a fixé de nouvelles références de productivité, inspirée des usines Mazda. De plus,

Ford s’est fortement inspiré de l’usine de Mazda à Hofu (Japon) pour construire sa nouvelle usine à Hermosillo (Mexique)17 et à la rénovation de certains sites de production américains.

16 Womack J., Jones D., Roos D. « The machine that changed the world », Rawon Associates, 1990

En échange, Ford permit à Mazda de s’implanter au Etats-Unis en 1987. En effet, le constructeur japonais, en raison de ses faibles parts de marché, n’avait pas la légitimité pour s’y implanter. Ford facilita son implantation en rachetant une partie de la production tout en devenant fournisseur.

Les deux constructeurs ont également collaboré pour la conception de nouveaux modèles tels que la Ford Escort dans les débuts des années 80 et la Novajo fournie par Ford à Mazda pour le marché américain. Enfin, Ford a longtemps utilisé la méthode nippone pour la conception de prototype.

Le géant américain, Général Motors a également opté pour ce transfert de savoir-faire grâce à des accords avec Toyota. Tout comme Ford, GM a envoyé une délégation d’ingénieurs et de responsables américains afin de se rendre compte de l’efficacité du modèle nippon18. Ces accords entre GM et Toyota, vont jusqu’à créer une unité de production commune. Cette unité de production a vu le jour en 1983 et a été baptisée NUMMI, « New United Motor Manufacturing ». Ainsi Toyota pu s’implanter plus facilement aux Etats-Unis tout en limitant les risques. Quant à Général Motors, le constructeur pu compléter sa gamme de modèle tout en apprenant des techniques de production de son partenaire19.

En ce qui concerne l’unité de production commune, elle fut sous la gestion de Toyota et installée dans une ancienne usine fermée par le constructeur américain. L’usine connut peu de modification à sa réouverture et la main-d’œuvre d’entant fut réembauchée, prouvant ainsi la possibilité de réussite du modèle de production frugale dans un environnement américanisé. GM profita longtemps de cette unité de production pour former ces cadres à de nouvelles méthodes. Cependant peu de cadres purent bénéficier de cet apprentissage à cause de la différence de taille entre NUMMI et GM2.

En Angleterre, on se prête également volontiers au transfert de savoir-faire, notamment avec les accords entre Honda et Rover en 1979. Ces accords ont permis à Rover de mettre sur le marché la Triumph Acclaim malgré le fait que le constructeur ne disposait pas des moyens nécessaires au développement d’un nouveau modèle. D’autres modèles, tels que la Rover 800, Honda Legend et la Rover 200 – 400, Honda Concerto, ont été réalisés grâce à la collaboration des deux constructeurs. De plus, les deux constructeurs ont également partagé leurs fournisseurs pendant un temps et Honda est allé jusqu’à prendre une participation de 20 % dans le capital de Rover. Ainsi, l’alliance à permis à Rover de bénéficier d’un transfert de savoir et de ressources dont il manquait dans les années 7020.

17 Business Week, 10/02/1992
18 Womack J., Jones D., Roos D. « The machine that changed the world », Rawon Associates, 1990
19 Womack J. « Multinational JointVentures in the Automobie Inudstry », Mowery D. (ed.), International collaborative ventures in US Manufacturing, Ballinger, 1988

Le regroupement de deux ou plusieurs constructeurs peut donc permettre de bénéficier d’un transfert de savoir-faire dans un échange donnant – donnant. Il existe certes d’autres méthodes facilitant l’apprentissage de nouvelles méthodes, mais la coopération est un facteur favorable et d’actualité. Rappelons la récente coopération de PSA et Mitsubishi, partageant une plateforme commune pour trois modèles de véhicule : le Mitsubishi Outlander, la Peugeot 4007 et le Citroën C- Crosser, dans « un échange gagnant – gagnant entre partenaires égaux »21.

20 Mueller F. « The role of Know How in corporate rejuvenation : the case of Rover », Business strategy Review, Londres, automne 1993.
21 Communiqué de presse psa, www.psa.fr, le 04 février 2005

Lire le mémoire complet ==> (Les « 4R » de la nouvelle ère automobile française)
Mémoire de fin d’études – Reims Management School
Centre d’Etudes Supérieures Européennes de Management CESEM