Le profilage en prison : une méthode pour étudier des individus

By 6 April 2013

B. Le profilage en prison :

Le profilage est une méthode pour étudier des individus, selon des critères déterminés afin de pouvoir anticiper leurs réactions et de les identifier au plus vite. Ainsi, le profilage de certains individus peut être utilisé dans les établissements pénitentiaires. D’ailleurs cette méthode commence à se développer surtout dans les maisons centrales sécuritaires. En effet, M. Maurel, directeur adjoint à la maison centrale de Moulins-Yzeure, propose d’utiliser cette méthode afin de gérer les incidents majeurs dans les établissements pénitentiaires91. C’est ce qu’il a donc instauré dans cette maison centrale.

Evidemment le profilage ne peut être utilisé pour tous les détenus. Seuls ceux pouvant causer un incident majeur sont concernés. L’avantage de cette méthode vient du fait qu’un certain nombre de détenus ayant un problème psychologique, échappe au système psychiatrique ouvert ou fermé. Les critères de dangerosités à retenir sont les violences, les potentialités d’évasions, les auteurs d’incidents majeurs en détention, comme les mutineries, les prises d’otage. Ces derniers sont plus dangereux, car ils déstabilisent le fonctionnement de l’institution carcérale. Par conséquent, ce ne sont pas forcément les tueurs, les pervers qui vont être profilés.

Pour l’administration pénitentiaire, « le profilage n’a d’intérêt que dans un but utile à l’institution et donc s’il comprend un double objectif : la sécurité ou la réinsertion »92. Cette classification des détenus dangereux est comparable à peu de choses prés, à celle que font les établissements ou le fichier des DPS. Néanmoins, le résultat voulu est totalement opposé. Le profilage permet en effet de réagir en fonction du profil du détenu, auteur d’un incident majeur, alors que les autres fichiers ont un rôle préventif.

Dans le cas d’une prise d’otage, accompagnée ou non d’une mutinerie, l’élément central afin de rétablir la sécurité, reste la négociation avec le forcené. D’ailleurs, en règle générale, la prise d’otage a pour objectif l’obtention d’un résultat. Les directeurs et leurs adjoints sont souvent les seuls à pouvoir engager la discussion pendant l’attente des équipes du RAID ou du GIGN par exemple93.

Tout pourparler doit être obligatoirement préparé. Dans le cas contraire, la situation peut s’aggraver. La négociation est donc déterminante pour la suite des évènements. Ainsi, le fait d’avoir des informations sur la personnalité même du détenu avant tout contact, permet d’optimiser le dialogue. La préparation de véritables « fiches de négociations »94 seront d’une aide importante pour la conduite de l’entretien avec le ravisseur. « La manière d’aborder le détenu, la façon de lui parler, la gestuelle à adopter seront variables en fonction de son histoire, de sa globalité psychologique, des raisons de sa participation à cette action violente. » Ainsi, « un repérage d’arguments, de techniques d’approches, de questionnement » peut être réalisé au préalable et utilisé en cas de crise. De cette manière, grâce à la biographie du détenu, à son observation, à l’évolution de son comportement, mais aussi grâce aux expertises psychologiques qui peuvent permettre de réactualiser les données, la fiche de négociation peut être individualisée. Des réunions pluridisciplinaires se déroulent au sein de l’établissement, permettant de dégager des synthèses sur les détenus ciblés (à Moulins, ces réunions se déroulent tous les quinze jours). La limite du profilage concerne les mouvements de groupes. En effet, un individu profilé ne réagira pas de la même manière s’il est seul ou s’il est en entouré d’individus. Dans ce cas, il faut une psychologie de groupe où peut jouer tout de même le profilage des intéressés.

91 M.Maurel, Directeur adjoint à la maison centrale de Moulins-Yseure, Cellule de crise et gestion des incidents majeurs dans les établissements pénitentiaires, 1999, Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure.
92 Citation tirée de l’article de M.Maurel, Le profilage des détenu et la gestion des crises en établissement pénitentiaire, p133, extrait de l’ouvrage de M.Montet, Profileurs, PUF, novembre 2001.
93 En décembre 1997, une prise d’otage s’est déroulée au quartier d’isolement de la maison centrale de Moulins. Au bout d’une heure trente de négociations avec la direction, le forcené s’est rendu avant que les équipes d’intervention n’arrivent sur les lieux.
94 Rapport de M. Maurel, p77, B) Le profilage des détenus dangereux et la préparation à la négociation.

A cela s’ajoute le travail du Centre National d’Observation95. Ce centre est chargé comme son nom l’indique, d’observer le détenu condamné à plus de dix ans de détention, afin de l’affecter dans un établissement adapté à son comportement. Ainsi, pour cela, le centre utilise le profilage des détenus. Ce travail sert de base aux directeurs d’établissement pour établir les fiches individualisées.

Le profilage dans les établissements pénitentiaires a un avantage par rapport aux autres services travaillant également sur des situations de crises. En effet, ces derniers ne travaillent que sur des « profils théoriques ». Par exemple, le RAID utilise des fiches types par rapport à un trait de personnalité comme les tendances psychotiques, paranoïaques, schizophréniques, etc.96 A l’inverse, dans l’administration pénitentiaire, les profilages qui peuvent être réalisés, sont réels puisque les sujets sont connus et repérés.

Le profilage des détenus est donc un bon outil pour anticiper à l’avance une situation de crise, comme le font en parallèle les différents plans. Néanmoins, son utilisation dans les établissements pénitentiaires n’est pas institutionnalisée et aucune formation interne n’est réalisée. C’est ce que déplore M. Maurel, qui a pu pourtant étudier les nombreux avantages de ce système, dans son propre établissement et par lui- même. En effet, en quatre ans, il a pu mettre en application ces procédures lors de trois prises d’otages, dont une en tant que victime. A chaque fois, la fiche de négociations l’a aidée à désarmer le forcené, sans problèmes majeurs.

Grâce à cette anticipation, l’établissement essaye le mieux possible de se préparer à toute situation. Quand cela se produit, son fonctionnement se modifie, afin de dissiper le plus rapidement possible l’incident. Pour cela une véritable organisation se met en place, c’est ce qu’on appelle « l’état d’alerte ». Deuxième paragraphe

95 Le CNO est installé à la maison d’arrêt de Fresnes, où les détenus sont regroupés par petits groupes (une soixantaine d’individus) dans une unité spéciale. A ce sujet, M. Duflot préconise la création de Centres Régionaux d’Observation, afin de faciliter justement l’observation des détenus, et de rendre plus effective et plus rapide leur affectation.
96 Citation tirée de l’article de M.Maurel, Le profilage des détenu et la gestion des crises en établissement pénitentiaire, p134, extrait de l’ouvrage de M.Montet, Profileurs, PUF, novembre 2001.

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Mémoire de DEA droit et justice
Ecole doctorale n° 74 – Lille 2